L’homme qui n’aimait pas les hommes

La personnalité d’Emmanuel Macron m’intrigue car il semble qu’aucun président n’a été plus explicable par sa psychologie qu’aucun autre auparavant. Les autres, voyez-vous, pouvaient être suspectés d’ambition personnelles et d’intérêts matériels triviaux, parfois même d’aveuglement idéologique ou de lâcheté face au qu’en-dira-t-on journalistique. Macron, lui ne semble être mu par rien de tout cela en priorité. Oh, bien sûr, l’ambition est là, et il en faut pour devenir président, mais le narcissisme impitoyable du personnage va bien au-delà.

Songez comme cet homme a fait preuve de dureté. Il a été inflexible face à la grève des transports – ce qui d’ailleurs n’aura pas que de mauvais effets puisqu’il paraît assuré qu’il a cassé les reins des syndicats pour un bon bout de temps. Il fallait de la ténacité en la matière, mais il s’est avéré par la suite qu’elle ne relevait pas d’un courage hors-norme ou d’une vision politique assurée, mais bien plutôt de l’application d’un programme qui au fond ne dépendait pas de lui mais pour lequel sa rigidité et son absence totale d’empathie en faisait le candidat idéal. On pourrait même dire que c’est justement pour cela qu’il a été choisi : cet homme obéira à ceux qui l’ont fait sans se poser de question, et avec toute la brutalité nécessaire.

Il l’a d’ailleurs amplement prouvé par la suite : la seule réponse qu’il a trouvé face aux gilets jaunes a été celles de la violence policière exacerbée et de l’autoritarisme, autoritarisme qui donne sa pleine mesure depuis les débuts de la crise du covid et qui s’appuie sur un appareil policier prêt à exécuter avec un zèle inquiétant toutes les basses besognes qu’on lui confiera.

Macron n’est absolument pas un homme politique. C’est un gestionnaire inflexible, sourd à tout ce qui fait l’humain. Par ses déclarations autant que par ses actes, il montre chaque jour qu’il ne comprend pas ce qui peut agiter le cœur des hommes. Toutes ses interventions sonnent creux et porte la marque de l’insincérité la plus totale. Non content de prendre systématiquement de mauvaises décisions, il semble incapable de les assumer. C’est toujours la faute de quelqu’un d’autre : les Français, bien sûr, qu’il n’aime pas, mais aussi le fameux conseil scientifique derrière lequel il s’abrite, comme s’il n’avait pas la décision finale entre ses mains. Ses ministres et subordonnés, qui n’appliquent rien assez vite ou assez bien, et auquels il préfère les conseils d’un cabinet anglo-saxon qui facture fort cher et sur lequel il pourra porter le blâme. Non seulement il semble incapable d’assumer le moindre reproche et ne semble pas se rendre compte que celui qui est au pouvoir porte in fine des responsabilités, mais il est apparemment persuadé d’être dans le vrai, d’être le seul à être dans le vrai.

Je ne dirai rien de la bizarrerie de son choix conjugal : il me semble que la situation parle d’elle-même. Elle est suffisamment inédite pour qu’on s’en défie instinctivement.

Cet homme ira jusqu’au bout avec une bonne conscience totale. Et nous expliquera jusqu’à son dernier souffle que c’est lui qui avait raison, et que nous somme les imbéciles qui n’ont rien compris. Le seul problème, c’est qu’il n’y a rien à comprendre, et que lui-même ne le sait pas.

Je crois pourtant comprendre une chose à propos de lui. Il est de la génération X. Celle qui a été mal aimée, mal éduquée, laissée à elle-même. C’est le premier de cette génération à accéder au pouvoir, et il montre tout ce qu’elle recèle d’impitoyable.

On a négligé de lui apprendre l’humanité.

Propagande

La révélation a eu lieu un jour de février à 6h00 du matin dans la salle à manger d’un hôtel de province sous la forme d’un homme qui prenait son petit-déjeuner les yeux fixés sur un écran de télévision qui diffusait le journal continu d’une célèbre chaîne d’information dont le nom commence par BFM et finit par TV. Cet homme enfournait dans sa bouche une nourriture dont il n’était pas même conscient, absorbé qu’il était par l’écran qui proclamait la terreur covidienne. J’ai compris qu’il serait presque impossible de lutter face à une hypnose si évidente et si brutale. Si facile.

Une propagande efficace est d’une simplicité désarmante. Il n’y a qu’une seule chose à faire : répéter. Sans cesse. Inlassablement. Partout.

Même la thèse la plus délirante finit par être crue du plus grand nombre. C’est tout ce qui importe. Le petit nombre d’indécis ou de sceptiques ne compte pas. Leurs arguments n’auront aucun poids  sur la masse des convaincus qui raisonneront toujours de la façon la plus simple : si tout le monde, ou presque tout le monde, le dit c’est que ça doit être vrai. Celui dont l’opinion est dissonante sera perçu au mieux comme un original, au pire comme un élément dangereux. La raison en est fort simple : l’homme est un animal social et ne craint rien tant que l’exclusion du groupe. Il se conforme à l’opinion dominante et se méfie de celui qui apporte la contradiction et dérange ses certitudes.

La propagande, quel que soit le sujet, doit juste délivrer un message simple et propre à provoquer une émotion fondamentale : peur, joie, tristesse, colère. Éventuellement, elle cherchera à gagner la confiance ou déclencher la répulsion. Puis il suffit d’occuper le terrain. Partout, tout le temps, sans laisser aucune place à une opinion contraire.

C’est atrocement simple. Point n’est besoin de longs développements, de techniques publicitaires et psychologiques compliquées, de stratégie de référencement ou de positionnement. Tout cela vaut pour les petits, ceux qui essayent de vendre un produit hasardeux dans un monde qui n’en a pas besoin. Pour les grandes choses, la répétition.

La peur du covid est un exemple quasiment parfait. Depuis février 2020, les médias nous délivrent en boucle un seul message, tous les jours, sur tous les supports : il y a une maladie grave et mortelle qui sévit dans le monde. Cela suffit. Je vois ici et là des esprits lucides se plaindre de l’absence de débat, des exagérations, de l’incompréhension par le public des subtilités chiffrées. Tout cela est vain. Le seul moyen de lutter contre cette propagande serait de dire le contraire, de façon simple, dans tous les médias, tous les jours. C’est tout. Et c’est évidemment impossible.

Les arguments rationnels portent en petit comité. Entre gens prêts à réfléchir. Mais pour influencer massivement, une seule chose à faire. Répéter. Inlassablement. À force, le doute s’installe, puis la conviction. Juste parce qu’il est trop fatigant de réfléchir.

Alors répétez. Tout le temps. Partout où vous le pouvez : le covid n’est qu’un prétexte pour nous priver de liberté.

2021 : le retour

Face à la demande populaire, je vais relancer ce blog. Je ne sais pas encore la direction que je vais lui donner. Peut-être celle d’un journal. J’essaierai d’être régulier sans être trop gourmand. Une fois par semaine me semble un rythme honnête pour tenir la distance.

Ma réflexion de ce début d’année porte sur ce qu’il convient de faire, ce que nous pouvons faire, noyés que nous sommes dans un océan dont tous les courants et les vents nous sont contraires.

L’opposition est entre l’évangéliste et l’ermite. La position active serait d’évangéliser autour de soi, sans relâche, sur tous les sujets qui nous tiennent à coeur. Cela ne va pas sans inconvénient. Les premiers chrétiens, puisque je prends leur exemple, ont eu à faire face à des persécutions. Il est toujours difficile de supporter l’isolement social et la réprobation que suscitent les opinions dérangeantes.

Reste alors la posture de l’ermite. Se taire. Rester sur son quant-à-soi. Cultiver son indépendance d’esprit seul. Le risque est de finir oublié. De passer tellement inaperçu qu’on ne compte plus pour rien. Puis finalement que notre idée disparaisse avec nous.

Nous oscillons entre ces positions, tout autant que nous sommes partagés entre espoir et découragement.

Quoi qu’il arrive, il ne faut pas rester isolé. Le réseau est la vraie force. Se retrouver. Savoir que quelque part, d’autres partagent notre vision et seront capables de la porter et de la transmettre. Nous ne devons pas nous dire « Les autres le feront » pour nous dédouaner d’agir, mais plutôt : « Je fais un peu. Si quelque part un autre fait un peu, tout n’est pas perdu ».

Soyons le chiendent. La mauvaise herbe qui repousse sans cesse. Inlassablement.

Un peu chaque jour

Se soumettre, c’est un peu comme faire de l’exercice : ça marche beaucoup mieux si on le fait un peu chaque jour, sur le long terme. Les dernières déclarations de Nicole Belloubet concernant le fait qu’insulter une religion serait une atteinte à la liberté de conscience font très bien dans le tableau. Cela ne semble qu’une stupidité de plus, doublée d’une interprétation assez particulière du droit. En réalité, c’est une réhabilitation du délit de blasphème, et toujours au profit de qui vous savez. C’est donc la plus haute responsable de la justice qui nous explique qu’il faut se soumettre, ne surtout pas avoir le moindre propos qui pourrait être mal interprété. Et nous savons combien certains croyants tendent à avoir une susceptibilité à fleur de peau.

Le résultat, c’est que la jeune Mila, qui avait déjà suffisamment d’ennuis comme cela, fait l’objet d’une enquête pour savoir si elle n’a pas eu des propos incitant à la haine – formule bien pratique qui permet de mettre tout et n’importe quoi, depuis la critique argumentée jusqu’à l’insulte la plus brute. D’ailleurs, il est fort possible que si on vous exposait en détails, avec calme et pondération, tout ce dont est fait l’islam (ah, oui, c’est de cette religion qu’il s’agit, j’avais oublié de le préciser), vous pourriez commencer à avoir un sentiment qui pourrait être teinté d’une certaine hostilité.

Pour dire les choses simplement, le pouvoir valide le « elle l’a bien cherché, qu’elle assume ». Cette caste au pouvoir sont décidément nos pires ennemis. Si les musulmans veulent prendre le pouvoir, ils n’auront pas à se fatiguer beaucoup : nos élites sont prêtes à le leur donner, un renoncement après l’autre.

L’étourdie

Elle s’appelle Mila, elle a 16 ans, elle se revendique lesbienne et s’est lâchée en des termes assez rugueux sur le sujet épineux de l’islam, apparemment poussée à bout par une petite bande de mahométans durant un live sur je ne sais quelle plateforme. Les conséquences ne se sont pas faites attendre : la canaille islamique s’est répandue en menaces de tous ordres sur les réseaux sociaux et la jeune étourdie a été forcée de quitter son lycée.

On peut tout-à-fait contester sa vision peu amène de l’islam, on peut trouver à redire à la forme un peu trop spontanée et franchement vulgaire avec laquelle elle a fait passer sa désapprobation de cette religion pleine de bienveillance, il n’en reste pas moins que tout défenseur de la liberté d’expression et de la liberté tout court se doit de la soutenir. Parce qu’en face, nous avons à faire à des gens qui ne sont jamais avares de menace, d’intimidation et même de violence physique jusqu’au meurtre. Ils l’ont déjà prouvé maintes fois, et je crains bien qu’il se trouve ici ou là un individu qui tentera cette fois encore de mettre à exécution les menaces proférées par ses coreligionnaires.

L’appel au meurtre nominatif ne relève pas de la liberté d’expression et devrait être sévèrement puni, d’autant plus que bien souvent ceux qui s’y adonnent sont trop lâches pour agir eux-mêmes et attendent qu’une brute sans scrupules ait le cran de commettre le crime à leur place. Malheureusement, je crois que la justice française se concentre plutôt sur la chasse aux gens qui écrivent des discours exprimant un certain scepticisme quant aux bienfaits de l’immigration, mais cela est une autre histoire. En attendant, la racaille menace impunément. Nous ne devons pas céder, car ils ne peuvent avancer que dans la mesure où nous reculons.

Refuser de soutenir cette jeune étourdie, c’est se mettre de facto du côté de ceux qui veulent lui faire la peau. Nous ne sommes pas dans un débat, mais dans une lutte dans laquelle une des parties au moins considère qu’il est légitime de tuer pour faire taire le critique importun. Ce n’est pas nous qui avons décidé de lancer cette lutte à mort. Nous n’avons pas le choix.

À ceux qui disent « je suis pour la liberté de critiquer les religions MAIS elle a été provocante », je réponds que toute leur lâcheté est dans ce « mais ». Il n’y a pas de mais. Si les fidèles d’une religion sont incapables de prendre la mesure d’une critique faite par une jeune étourdie, s’ils sont incapables d’apaisement et de pardon, alors ils n’ont rien à faire avec nous, et tous ceux qui justifient leur attitude sont en réalité des soumis. La liberté d’expression, c’est justement la liberté d’être provocant, dérangeant, méchant parfois.

D’autres encore pointent l’ingratitude de cette jeune fille qui n’a pas manquée de faire la fine bouche sur un certain nombre de soutiens, trop fachos à son goût. Correction : le message de cette jeune fille dédaignant certains soutiens était un faux, je me suis fait avoir. Peu importe. Au-delà de sa petite personne, il faut voir la masse de ces gens, souvent jeunes, qui sont prêts à se mobiliser contre quiconque leur déplaît. Ils sont nombreux et ils ne tolèrent rien. Nous ne devons pas reculer. Ils ne s’arrêteront pas tout seuls. Ce n’est pas une lycéenne à cheveux bleus que nous défendons. C’est notre peau à nous aussi.

Le baillon

Renaud Camus, qui s’est rendu célèbre en forgeant l’expression de « grand remplacement », vient d’être condamné à de la prison. Avec sursis, deux mois. C’est peu. Mais c’est uniquement en raison d’un discours, discours qui ne m’a pas semblé extrémiste, violent ou de nature à inciter au désordre et au bain de sang. Il faut bien prendre conscience que les tribunaux affirment leur volonté d’enfermer les voix dissonantes. On ne mesure pas assez à mon avis à quel point ce verdict est choquant. La France est devenue, depuis près d’une dizaine d’années, un pays dans lequel on prononce des peines de prisons contre des gens qui se contentent d’écrire des textes. Il y a là quelque chose de fondamentalement inacceptable pour toute personne qui aime et défend la liberté.

Quand j’étais jeune, très jeune, on nous racontait que les pays dictatoriaux enfermaient tous ceux qui se refusaient à penser comme le parti au pouvoir et osaient l’écrire. La police venait frapper un matin à leur porte et, pour un simple poème parfois, les emmenait pour les envoyer bien loin, dans ce qu’on appelait le goulag. C’était même la caractéristique principale, le reproche essentiel qu’on faisait en ce temps aux dictatures qui étaient souvent communistes : le déni totale de la liberté d’expression. En cours, les professeurs qui se sentaient des sympathies de gauche attiraient immanquablement notre attention sur le fait que dans la France d’ancien régime, toute critique du roi, tout blasphème ou désaccord avec les autorités civiles ou religieuses pouvaient vous envoyer en prison. De droite comme de gauche, une chose semblait acquise : mettre les gens en prison pour leurs écrits ou leurs opinion était la marque des régimes dictatoriaux, et j’ai grandi avec l’idée que jeter les gens en prison pour ce qu’ils disent ou écrivent étaient une des pire choses qu’un régime puisse faire.

Je ne suis pas naïf. Je comprends qu’on puisse demander des comptes, et éventuellement condamner des gens qui se rendent responsables de diffamation ou qui appellent ouvertement et nominativement au meurtre ou à la violence. Mais il est évident que les tribunaux français ont depuis longtemps perdu de vue, volontairement peut-être, le rôle de gardiens de la paix civile pour devenir des censeurs.

J’avais tendances à trouver excessif les gens qui me parlaient de nos élites et de nos institutions comme des ennemies déclarées du peuple qu’elles détestaient et cherchaient à détruire. Plus maintenant. Nous plongeons progressivement dans la tyrannie. Demain peut-être, ce sera le goulag. Excessif ? Je ne crois pas. Il ne se présentera pas directement sous cette forme, mais l’esprit y sera. La traque est organisée. Le régime tolère de moins en moins les voix dissidentes. Sous couvert de lutte contre « la haine », la chasse aux hommes libres est ouverte.

Demain, ce sera peut-être vous ou moi. Dans l’URSS de Staline, nul n’était à l’abri, et pourtant personne n’était condamné sans procès. Il n’y a aucune limite à ce que peuvent faire des gens convaincus d’être du côté du bien.

Le technicien

Je me suis souvent interrogé sur la personnalité de Macron, qui demeure quand même une sorte de mystère bizarre. Rien chez ce type n’est vraiment normal, à commencer évidemment par son histoire avec Brigitte. Le fait est qu’il est impossible à cerner vraiment, et je crois bien qu’il incarne exactement ce fameux « homme sans qualité » dont parlait Musil (que je n’ai évidemment pas lu).

Blague à part, Macron n’est pas un politicien, pas un chef, pas un dirigeant. C’est un technicien. Il résout donc les problèmes de façon technique. La violence de la police est une réponse technique et, qu’on le veuille ou non, relativement efficace à court terme. Elle a du moins réussi à contenir les gilets jaunes, avec l’appui non-négligeable de la récupération gauchiste qui, elle relève plus de la manoeuvre politique que le la réponse technique.

Notre technicien n’a rien de ce qui fait un président en France : la dimension sinon monarchique, du moins paternelle du personnage une fois qu’il a endossé la fonction. Chirac était une calamité mais il savait y faire avec les gens. Même l’apparatchik falot Hollande avait cette capacité à faire croire aux gens qu’il pouvait les comprendre, ce qui était probablement dû à son physique mollasson qui lui donnait un air à la fois inoffensif et bienveillant. Sarkozy était plus raide mais ses dérapages et son ridicule lui donnait un air parfois sympathique qui contrebalançait son énergie agressive. C’était le moins français de tous les présidents – et j’ai toujours pensé que si on lui avait donné l’opportunité de diriger le Honduras ou le Danemark, ça aurait été la même chose pour lui – mais il avait tenté tant bien que mal de faire croire qu’il était proche du peuple. Macron est une statue de cire. Robotique, raide, moulé dans son costume slim de journaliste chez Canal, on ne peut deviner chez lui aucune empathie pour qui que ce soit. C’est une sort de Yann Barthès qui ne ferait même pas l’effort de faire semblant. On imagine que pour lui, tout est un « cas » sur lequel il faut travailler, un dossier empli de chiffres dont il faut tirer des tableaux excel pour aboutir à une présentation powerpoint léchée qui convaincra un comité de direction grâce à quelques concepts anglicisants et une poignées d’icônes sobres et infiniment déprimants.

Macron est une sorte de Patrick Bateman apprivoisé en fait. Il ne croit en rien. Il trouve des solutions. Il met des chiffres dans des colonnes. Il s’assure que le rapport soit propre, lisible et convaincant. Et si quelque chose vient troubler son ouvrage, il appelle l’agent de sécurité.

Avant la morale

Ce que nous aimons dans les animaux est leur innocence. Ils la partagent un temps très court avec les très jeunes humains, lorsque ceux-ci ne sont que des nourrissons. Puis vient l’éducation, la pensée, la morale, bref, la civilisation. La fascination actuelle pour la cause animale vient probablement de cette innocence fondamentale que nous décelons chez les animaux. L’animal ne pense pas à mal – si tant est qu’il pense, ce qu’il est parfois de bon ton de mettre en doute mais que la réalité affirme : certains animaux, notamment les corbeaux, sont capables d’utiliser des outils selon des processus qui requièrent plusieurs étapes avant d’arriver au résultat final, preuve qu’il y a un début de capacité d’abstraction chez eux. L’animal, surtout à l’état sauvage, se contente de vivre.

Il tue, il est tué, et rien de tout cela ne peut être entaché de la moindre considération morale. L’animal domestique même ne connaît ni bien ni mal, à part peut-être certains animaux dressés qui sont capables de comprendre quand ils ont fait quelque chose qui plaît ou déplaît à leur maître. L’éducation, sous sa forme la plus simple de dressage, en fait des sujets pré-moraux : on ne peut véritablement dire qu’ils ont conscience du bien et du mal, mais ils comprennent que certaines choses se font et d’autres non. J’oserais même aller jusqu’à dire que certains animaux développe une sorte de notion du juste et de l’injuste, me basant sur une expérience personnelle. Quand j’étais jeune, nous avions un chien de bonne taille. Un jour, mon père s’énerva contre lui à tort : ce fut la seule fois où le chien se retourna contre lui et le mordit, et il était manifeste, pour quiconque assistant à la scène, que le chien se sentait en quelque sorte lésé.

Mais dans l’ensemble, l’animal n’est pas moral. Il peut connaître les mêmes émotions élémentaires que l’homme : la peur, évidemment, probablement aussi la colère, l’affection, la joie et la tristesse. Mais il ne connaît ni honte ni dégoût. Il est pure action et vit dans l’instant. Nous ne pouvons lui reprocher grand-chose, et par conséquent, il nous semble injuste de lui faire du mal. Car l’animal est sensible – et nous lui prêtons parfois à tort une sensibilité aussi complexe que la notre.

Il est bon de s’abstenir de cruauté envers les animaux et de respecter leur innocence, la seule qui soit réelle. Mais il est dangereux de vouloir en faire nos égaux : nous y dissoudrions notre responsabilité et notre morale. Nous ne serons jamais aussi innocent qu’un animal, mais c’est justement parce que nous pouvons réfréner en nous la violence sans remord dont ils sont capables.

La pire chose qui puisse nous arriver est de perdre notre responsabilité. C’est-à-dire de nous croire nous aussi innocents de tout.

Capitale

Je viens de prendre connaissance d’un enième fait-divers horrible et crapuleux. Deux racailles se sont introduits chez une octogénaire de Besançon pour la cambrioler. Ils en ont profité pour la torturer et la tuer puis ils ont pris des selfies avec le cadavre en écoutant, ô surprise, du rap (ce qui ne nous renseigne en aucun cas sur leurs origines « sociales », c’est évident). C’est exactement le genre de chose qu’on voyait dans le film à la fois pervers, dégueulasse, mais par moment génial C’est arrivé près de chez vous. Et cette fois, c’est effectivement arrivé près de chez vous. En vrai.

J’aimerais bien avoir l’opinion de Badinter là-dessus. J’aimerais voir ses contorsions dialectiques pour m’expliquer que ce genre d’individu ne mérite pas de passer par la Veuve. Face à ce genre de comportement, je ne vois aucune autre punition – d’autant plus que le risque d’erreur judiciaire, invoqué par les lâches, est ici exclu, les criminels ayant eux-mêmes pris soin de fournir toutes les preuves de leur crime.

La peine capitale est la prise de responsabilité ultime de la société et de la justice face aux criminels, et attribue au criminel la plein et entière responsabilité de ses actes. La responsabilité est une forme de courage, et à mon sens, les sociétés qui refusent la peine capitale sont celles qui refusent également le poids de la responsabilité.

Certains avancent que la peine capitale n’a que peu d’exemplarité. Je ne le crois pas. Comme tout autre châtiment, elle dissuade les moins déterminés mais laisse indifférents les plus endurcis. Elle est donc doublement utile : elle fait hésiter et renoncer les premiers et nous débarrasse des seconds qui de toute façon ne reculent devant rien ni personne et sont donc irrécupérables.

Qu’on nous rende la guillotine. Elle tuera moins que ne le font les criminels, et de moins innocents qu’eux.

Bayonne

Un octogénaire a craqué. Il en a eu tellement marre de l’islam qu’il est passé à l’action. Résultat : une voiture brûlée et deux vieux musulmans blessés. Pas glorieux. Je passe sur les amalgames qui sont en l’espèce parfaitement autorisés, et même encouragés. Ils valent brevet de citoyenneté, et ce sera sans surprise que la meute journalistique va s’en donner à coeur joie, impliquant probablement Zemmour et ses horribles discours de haine dans la manoeuvre. On connaît la chanson. Et ils n’ont d’ailleurs pas tort à mon avis. Il y a beaucoup de gens en France qui ne doivent pas complètement désapprouver l’acte de ce lundi. Papy fait de la résistance, c’est un archétype qui parle aux Français. Comprenons nous bien : je réprouve bien sûr toute forme de violence, c’est l’évidence même. Ça va sans dire mais ça va encore mieux en le disant. Il n’empêche qu’on peut quand même se demander pourquoi ce genre de chose n’est pas arrivé plus tôt. À force d’attentats autrement plus meurtriers (le Bataclan ? Nice ? ça vous dit quelque chose ?) par des sectateurs de la religion de paix et d’amour, à force de déséquilibrés n’ayant rien à voir avec l’islam mais ayant quand même une fâcheuse tendance à en citer la profession de foi, on se demande comment les Français faisaient pour garder leur calme. Ils sont d’une patience d’ange ces gens-là, voyez vous, surtout que les pouvoirs publics ne donnent pas vraiment l’impression d’une volonté inébranlable de se tenir aux cotés du peuple pour lutter contre l’ennemi. La fautes aux amalgames, comme d’habitude.

Qui sait ce qui sortira de tout ça. Peut-être rien du tout. Peut-être une détermination implacable de nos élites à protéger l’islam. Peut-être aussi que ce sera une étincelle qui mettra le feu aux poudres. Et Dieu sait si la France est une véritable sainte-barbe.