Souvenirs du Goulag

Un peu d’anticommunisme primaire ne faisant jamais de mal, je ne vais pas me priver, surtout si c’est l’occasion de parler de bons livres. On imagine rarement à quel point les camps soviétiques ont poussé l’horreur, et il est bon de le rappeler, surtout dans un pays comme le notre où un parti se réclame encore explicitement de cette saloperie nihiliste et criminelle qu’est le communisme, dont l’autre nom est socialisme – c’est Marx lui-même qui utilisait indifféremment les deux mots pour désigner la même aberration idéologique sortie de son cerveau malade de parasite inutile et raisonneur.

Baldaev_goulag

Gardien de camp – Tatouages et dessins du Goulag est un livre qui met directement sous nos yeux la réalité concrète de ce qu’était un camp soviétique. Son auteur est Dantsig Baldaev, un gardien de camp qui a déjà publié une Encyclopédie des tatouages criminels russes en trois volumes (disponible uniquement en anglais à ma connaissance), sorte de recueil iconographique explicatif des nombreux motifs qu’il a pu relever sur les condamnés russes qu’il a côtoyé durant sa carrière. Cette publication visait plutôt, en occident, un public hipster fasciné par la culture des tatouages criminels, culture popularisée ensuite par le film Les promesses de l’ombre. Gardiens de camp est beaucoup moins cool et glamour. La partie consacrée aux tatouages n’apporte rien de plus que les précédents ouvrages. Ce sont les multiples dessins et leurs légendes qui sont intéressants : il s’agit de la description minutieuse des tortures et sévices qui avaient cours au goulag.

Dans cette sorte de bande dessinée morbide, on voit représentées les femmes sous-nourries dont l’utérus pend hors du vagin, les prisonniers qui préfèrent se jeter sur les barbelés et être abattus plutôt que de continuer à supporter l’enfer du goulag, ou encore les cadavres sortis en masse des wagons à bestiaux grâce à des crochets de bouchers. Chaque dessin donne à voir l’horreur quotidienne et le sadisme illimité d’une institution conçue pour briser et détruire les hommes. Supplice des rats durant lequel une femme est assise sur une bassine en métal qu’on chauffe et dans laquelle sont enfermés des rats (on imagine comment les bêtes affolées trouvaient le moyen de sortir…), utilisation de l’écarteur pour garder bien ouvertes les jambes d’une femme qu’on laissait en forêt avec une tige dans le vagin pour que les insectes trouvent leur chemin… Tout cela relève d’une pornographie brutale et sadique dont le plus horrible est qu’elle est vraie – et tous ces actes ont été perpétrés sur des « ennemis du peuple » qui avaient le tort de déplaire, pour une raison ou une autre, au régime soviétique.

Il faut noter aussi que Baldaev rapporte que les criminels de droit commun, les fameux bandits tatoués, pire engeance qu’on puisse imaginer, était utilisés systématiquement comme kapos pour opprimer et briser de la plus horrible façon les autres détenus, lesquels étaient des gens ordinaires, victimes faciles et toutes désignés pour les voyous. Tout ceci était évidemment planifié et voulu, et Baldaev remarque que cette caste criminel occupait dans les camps la position privilégiée et confortable qu’ont dans la société les bureaucrates. Sinistre.

Le livre de Baldaev est préfacé et édité par une sociologue sans intérêt qui nous pond en introduction un baratin universitaire aussi long qu’inintéressant et tout truffés de termes creux. On en évitera la lecture avec profit.

Varlam_Chalamov_EssaisPlus intéressant en revanche est de faire le lien avec Varlam Chalamov, écrivain soviétique déporté au goulag, auteur notamment de Essais sur le monde du crime, un livre qui corrobore les descriptions de Baldaev. Chalamov y revient longuement sur l’état d’esprit des criminels, sur la prédation qu’ils exerçaient sur les prisonniers politiques avec l’aval et l’encouragement des autorités du camp. Une fois de plus, on voit comment le régime soviétique, criminel par essence, s’assurait naturellement le concours des criminels de droit commun pour mater les opposants. Un livre court et instructif dont je recommande vivement la lecture.

Sojénitsyne_archipel_goulagLes plus courageux d’entre vous pourront s’attaquer au maître en la matière : Soljénitsyne et son massif Archipel du Goulag. Beaucoup plus long, parfois un peu indigeste, ce livre aborde un peu le sujet des criminels de droit commun, considérés par le régime comme des « socialement proches »  – des individus dont le parcours n’était que le résultat de l’oppression de la société, ce qui rappelle directement les conceptions angélistes de nos politiciens actuels, Taubira en tête. Glaçant. Soljénitsyne est aussi particulièrement intéressant sur le fait que toutes les condamnations au goulag avaient une base légale : le régime soviétique n’envoyait personne dans les camps sans avoir obtenu des aveux (par les méthodes qu’on imagine, amplement décrites dans le livre), aveux qui permettaient la condamnation à l’issue d’un procès expéditif sur la base d’une loi bien réelle. J’ignore pourquoi un régime totalitaire avait besoin de cette façade de légalité vis-à-vis de lui-même, mais je note que la loi peut parfois tout permettre à un régime socialiste – et ceci devrait fort nous inquiéter.

Bonne lecture à tous, et n’oublions jamais qu’il s’agit là de socialisme. Quant à savoir s’ils étaient pire que les nazis, je laisse cela à votre appréciation, mais je me permets de noter que dans certains camps nazis, c’était les prisonniers communistes qui étaient les kapos, et non les criminels…

 

 

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Un commentaire pour Souvenirs du Goulag

  1. bebert dit :

    Le NKVD a formé la Gestapo à ses débuts,l’URSS a aidé le régime nazi de sa création à Barbarossa

    J'aime

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