« J’y ai perdu une partie de mon âme… »

Dans une interview filmée pour un documentaire dont je n’ai malheureusement pas retrouvé la trace, Hélie de Saint Marc déclare à propos de la guerre d’Algérie et des tortures qui y ont été commises par l’armée française : « Je n’y ai pas perdu mon honneur, mais j’y ai perdu une partie de mon âme. » Je crois que jamais on a mieux résumé les conséquences de l’obligation éthique du soldat, qui est parfois, et même presque toujours, de faire le sale boulot. Voila un homme qui avait une colonne vertébrale.

Robert Ménard, maire de Béziers, a rebaptisé une rue au nom de Hélie de Saint Marc, changement d’autant plus symbolique que cette rue portait auparavant la date de la fin de la guerre d’Algérie. Comme on pouvait s’y attendre, les bonnes âmes y sont allées de leurs indignations et jérémiades, Valls en tête – lui qui ne manque jamais une occasion de se faire remarquer par une déclaration faussement virile sur le FN. On invoque, contre Ménard et contre Hélie de Saint Marc, la République – en oubliant un peu vite et un peu commodément que c’est précisément la République, et elle seule, qui a diligenté la réponse militaire à ce qu’on appelait alors les « événements d’Algérie ». C’est même un gouvernent socialiste qui a lancé la machine fatale, gouvernement dans lequel on trouvait certainement des politiciens professionnels parmi lesquels l’actuel premier ministre aurait parfaitement trouvé sa place. Ce sont eux, et eux seuls, qui à chaque fois lâchent les chiens mais refusent de porter la responsabilité des inévitables dégâts que cela provoque. Ce sont des lâches et des hypocrites, comme presque toujours.

J’imagine bien que Robert Ménard doit avoir dans cette affaire quelques raisons clientèlistes d’agir, et tout ce qui touche aux pieds-noirs d’Algérie et à l’O.A.S. m’est relativement étranger. Cependant, il convient de saluer ce geste car il témoigne d’un refus de la repentance systématique qu’on nous impose depuis des lustres, et sur laquelle prospèrent donneurs de leçons et profiteurs de tous bords. Il faut enfin qu’on puisse dire clairement que si l’armée française a du mettre les mains dans le cambouis jusqu’au coudes et même au-delà, c’est parce que le camps d’en face était infiniment pire, et que les événements qui ont suivi le retrait de la France ont été encore plus terribles.

Oubliés-guerre-algérie-delpardJe vous invite à lire sur le sujet un ouvrage pas toujours facile à trouver, Les oubliés de la guerre d’Algérie, par Raphaël Delpard. Tout y est éloquent, et certaines choses qui y sont rapportées dépassent en horreur tout ce qu’on peut imaginer.

Au-delà de toutes les polémiques, il me semble cependant que la seule question qui vaille la peine d’être posée est la suivante : puisque la France et les Français étaient de si méchants colons en Algérie, comment se fait-il que des millions d’Algériens soient venus, et continuent de venir, s’installer en France ? Leur pays une fois libéré du joug colonial est-il donc si peu agréable ? C’était bien la peine de se débarrasser des Français si c’est pour n’avoir cesse de les rejoindre.

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