Petit maître et morgue intellectuelle

Nicolas Lebourg, historien de son état, est apparemment fasciné par l’extrême-droite qu’il ne cesse d’étudier et de décrire. Je n’ai lu qu’un seul livre de lui sur le sujet, et je n’en recommande pas la lecture  : c’est banal, ennuyeux, et ressemble beaucoup à une collection de coupures de journaux. Malgré tout, il me faut bien parler de lui car il vient de donner une interview intéressante au Figaro à propos d’un collage fait par un obscur mouvement nationaliste prônant la « remigration » sur les murs du Palais de la porte Dorée, magnifique monument de style art-déco qu’on a récemment transformé en un inutile et peu visité musée de l’immigration. Ce qui est intéressant, ce ne sont pas ses cris d’orfraie aussi convenus qu’insincères sur le « palier franchi par l’extrême-droite », mais l’attitude de mépris de classe qui suinte de tous ses propos.

Pour lui, c’est clair, si le collage a été fait sur le musée de l’immigration,  c’est parce que les militants d’extrême-droite sont des abrutis issus des classes populaires et qu’ils veulent attaquer la culture. Il faudrait lui faire remarquer que ce n’est pas la culture, si tant est que cela veuille dire quelque chose, qui est ciblée, mais un symbole technocratique du discours des élites sur l’immigration. Et on voit mal en quoi un musée de l’immigration peut avoir un rapport avec l’art contemporain auquel Nicolas Lebourg fait référence dans son interview.

Ce qui est amusant, c’est que dans sa suffisante candeur, il déclare que « l’extrême-droite considère l’art contemporain en particulier, comme par exemple le Tree de Paul McCarthy installé récemment sur la place Vendôme, comme un entre-soi, une désaffectation, une arrogance. » Pour quiconque connaît un tant soi peu le milieu de l’art contemporain, cette description est largement en-dessous de la vérité ! Comme si poser un gros machin en plastique dont tout le monde se fout en plein Paris était une marque d’humilité. Que cette chose, si elle est si géniale que cela, soit installée au fin-fond de la Corrèze, et on verra bien si les masses se déplacent pour aller l’admirer. Je me permets d’ailleurs de faire remarquer que ce ne sont pas quelques militants d’extrême-droite qui détestent l’art contemporain, mais bien la majorité de la population, qui le regarde au pire avec indignation, au mieux avec une indifférence circonspecte.

Tout cela semble échapper au vaillant professeur qui ne se rend pas compte que c’est justement parce que les élites diplômées (lui parle de gens possédant un « capital culturel normé », j’imagine que ça fait plus intelligent) restent entre elles et méprisent cordialement le bon peuple que ce dernier développe une détestation de tout ce qui est produit ou encensé par cette élite.

petits_blancs_patricotJe lui conseille donc la lecture du livre d’Aymeric Patricot Les petits blancs. Il comprendrait un peu mieux que d’extrême-droite ou pas, ce que les classes populaires détestent, ce ne sont pas tant les immigrés que ces élites suffisantes et pleines de morgues dont il est en l’espèce un porte-parole particulièrement méprisant.

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3 commentaires pour Petit maître et morgue intellectuelle

  1. kobus van cleef dit :

    le jour venu,on risque de manquer de murs…
    vous m’avez compris

    J'aime

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