Auto-édition

En tant qu’auteur auto-édité – vous aurez bientôt l’occasion de pouvoir lire mon premier livre – je ne peux que me réjouir de la progression du livre numérique, et j’ai été évidemment très intéressé par un article de Contrepoints sur le sujet.

Mon point de vue sur le problème du livre numérique en général et d’Amazon en particulier est assez simple, et il est tiré de l’expérience, libre de toute spéculation théorique. Mon manuscrit a été refusé par un grand nombre d’éditeurs, petits ou gros. Je ne leur en tient pas rigueur : ils ont tous été professionnels dans leur réponse (sauf Le Dilettante, qui sont de vrais cons, et dont j’espère qu’ils crèveront lentement et dans la souffrance), et je comprends très bien que les contraintes d’éditions sont assez lourdes en terme de coût pour un retour sur investissement très hasardeux. De plus, je veux bien croire que mon manuscrit ne soit pas parfait, loin de là. Bref, ils n’ont pas voulu de moi, et en fait, je m’en fous complètement, pour une bonne et simple raison : il est maintenant très facile de s’auto-publier à peu de frais grâce à l’existence du livre numérique.

Techniquement, il suffit à peine de 15 minutes pour charger son manuscrit sur Amazon, qui devient un ebook diffusé sur leur site le lendemain. Si on veut faire les choses bien, cela prend un peu plus de temps, et les détails de mises en forme sont parfois fastidieux à régler, mais avec un peu de bonne volonté, on finit par y arriver. Grâce à l’innovation technique et au dynamisme d’Amazon (ainsi que d’autres plateformes plus restreintes), n’importe qui peut écrire et diffuser son livre. Je ne dis pas que le succès est nécessairement au rendez-vous, car le problème du marketing et de la publicité pour atteindre les lecteurs reste entier, mais enfin, il est possible de se passer des services d’un éditeur.

Forcément, on comprend que les éditeurs commencent à se sentir mal à l’aise devant la suppression de leur rôle d’intermédiaire entre le producteur et le consommateur, à savoir l’écrivain et le lecteur. J’ouvre ici une parenthèse destinée au bigots de l’écriture qui n’ont généralement rien écrit ni rien vendu : oui, le lecteur est aussi un consommateur. Il n’est pas que cela, mais le rapport d’un écrivain à ses lecteurs est aussi celui d’un marque face à des consommateurs. Il est inutile de s’enfermer dans le puritanisme de « l’art » : un livre génial dont personne n’a entendu parler et que personne n’a lu, c’est un livre qui n’a aucune existence. Et pour être lu, il faut aller chercher le lecteur, au moins au début. Fin de la parenthèse. Suppression d’intermédiaire, disais-je : pas exactement. Remplacement, et à moindre frais.

Amazon vient donner une possibilité de distribution, et la rétribution est meilleur en proportion pour l’auteur. Le sang des éditeurs se glace, et c’est bien normal : on n’a plus besoin d’eux. J’avoue que je connais mal le monde de l’édition, mais ce que j’ai pu en apprendre se résume assez facilement : les éditeurs ont surtout l’avantage de pouvoir assurer une promotion efficace, car ils ont le réseau ad hoc : journalistes, jury de prix et autres. Ils ont une sorte de légitimité bien française : celle des gens déjà dans la place, par opposition au type qui sort de nulle part et qui n’est personne. Si j’étais à leur place, je commencerais sérieusement à me demander comment changer mon métier pour prendre le tournant du  numérique. Mais ils sont un peu comme les taxis face aux VTC : ils préfèrent ronchonner sur leur modèle économique qui devient obsolète plutôt que de trouver des solutions. Cependant, la technique aura raison d’eux, exactement comme le moteur à explosion a rendu les hippomobiles caduques, et comme l’imprimerie a enlevé aux copistes le privilège de l’écrit.

Soyons honnête : à partir d’un certain point, un écrivain ne peut tout faire tout seul. Il lui faut au moins les services d’un relecteur ou préparateur de copie, un conseil juridique dans certains cas, et éventuellement une aide sur le marketing, qui est la phase la plus délicate. Mais tout ces services peuvent se trouver facilement – moyennant finance, mais dans des proportions raisonnables. Il est bien fini le temps où publier « à compte d’auteur » coûtait très cher et ne rapportait généralement rien d’autre qu’une fierté passagère et un bon trou au portefeuille.

Il est des esprits chagrins pour déplorer la disparition du livre papier. C’est idiot. Le livre papier ne va pas disparaître, il va seulement perdre sa place prédominante. J’entends les arguments en faveur de la sensualité inhérente au livre, qui possède une odeur, une texture, un poids. J’aime moi aussi l’objet livre, sa présence, et rien ne réchauffe autant l’âme et le coeur que d’être entouré d’une bibliothèque. Il m’arrive moi aussi de céder au fétichisme du livre en tant qu’auteur, et rien ne flatte plus l’ego que de voir son nom sur la couverture d’un livre. Mais il ne faut pas oublier la finalité d’un auteur, qui est d’être lu : ce qui est au coeur de l’écriture, c’est le texte, quel que soit son support. Et ce qui fait d’un écrivain un écrivain, c’est qu’il écrit, peu import que ce soit à la plume d’oie ou sur un ordinateur. Et ensuite, il est écrivain car il est lu par des lecteurs : que ces lecteurs trouve le texte dans un livre, un magazine ou sur un site internet, peu importe.

Oui, je l’avoue, mon amour pour le livre me pousse aussi à fabriquer une édition papier. Cela revient plus cher, mais je cède au fétichisme de la matière dont mon ego réclame la caresse. Mais là encore, la technique me permet de me passer de l’aval d’un éditeur : un livre imprimé est aujourd’hui un simple fichier qui peut être imprimé à la demande.

En tant qu’auteur indépendant, personne ne me fera dire du mal du livre numérique en général, et d’Amazon en particulier : voici qu’enfin tout auteur peut se publier sans passer sous les fourches caudines de l’édition. Fini l’examen de passage, la bonne note distribué au bon vouloir d’un juge inconnu. Le livre numérique, c’est un progrès pour notre liberté. Quant à la qualité des oeuvres, elle ne dépend que des hommes.

 

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