L’invasion des profanateurs

Je trouvais que tout était plutôt calme après le week-end pascal. C’était simplement que l’hydre républicaine se préparait à ressortir de son marécage, toujours plus répugnante. L’horreur ne peut que nous saisir quand nous apprenons que nos cadavres pourront être profanés le plus légalement du monde.

Oh, bien sûr, cela ne s’appelle pas ainsi. Il s’agit pour les sbires de l’État de pouvoir procéder à un ou plusieurs prélèvements d’organes sur un cadavre sans être obligé de demander l’avis des proches. Tout cela pour sauver des vie, biens sûr. Notons qu’il ne s’agit pas de « don », puisque le mort, par définition, ne peut plus exprimer la moindre volonté. C’est répugnant. Notre corps ne nous appartient plus, et nous sommes considérés comme des sacs d’organes dont la puissance publique peut disposer à volonté. Je trouvais que le film Matrix racontait un peu n’importe, je dois humblement reconnaître que j’avais tort au moins sur un point : nos corps sont considérés comme des ressources.

Tout cela est profondément inhumain – on n’ose écrire barbare, car les barbares qui s’adonnaient à ce genre de pratique avaient pour eux l’excuse d’une métaphysique brutale mais sincère. Ici, tout n’est qu’utilitarisme collectiviste, avec une tendance morbide évidente. Sous prétexte de soigner, sous prétexte de vie, on nous impose une culture de mort, qui, comme par hasard, n’est aucunement le fait d’un méchant capitalisme libéral, mais d’un État socialiste. Ce que Jack l’Éventreur faisait en secret dans les rues embrumées de Londres, il sera désormais possible de le faire en toute tranquillité dans la morgue d’un hôpital.

Bien sûr, on m’opposera toujours le manque d’organe, les malades qui souffrent, les gens qui pourraient être sauvés par un rein, un foie… On pourra m’agiter la photo d’une petite filles en attente de greffe, dont les grands yeux inquiets pourraient retrouver la joie si seulement quelque personne compatible venait à mourir et sur laquelle le praticien scrupuleux et dévoué pourrait aussitôt prélever l’organe tant attendu sur le corps encore chaud. Cela fait peut-être de moi un monstre, mais je crois devoir répondre que je ne souhaite pas donner mes organes du tout, et si je devais le faire, pas à n’importe qui. Qui, en effet, me garantira que la personne qui survivra grâce à une partie palpitante de mon intérieur sera une bonne personne ? Qu’on me permette même de choir dans l’ornière du point Godwin, dont j’assume la facilité : qui de ceux qui ont voté une telle loi voudrait donner des organes à Hitler ?

Que des gens souhaitent faire don de leurs organes, ma foi, cela ne me gêne pas. Mais ce n’est pas mon cas. Je tiens à mon intégrité physique, et même dans la mort je souhaite pouvoir exercer ce que l’humanité a toujours tenu pour sacré : les dernières volontés. Ce sont les ennemis haïs que l’on jette aux chiens et aux corbeaux, alors que les héros, fussent-ils du camp adverses, voient leurs vainqueurs du jour laisser leurs proches venir recueillir leur ultime dépouille. Relisez donc l’Illiade, ô socialiste ignares, incultes et barbares, et vous comprendrez la valeur du cadavre d’un homme, que rien n’autorise à profaner sinon la haine.

Nous somme une fois de plus en présence d’une démesure morbide qui ne voit en l’homme qu’une matière malléable à merci. La sépulture est, paraît-il, un des premiers signes d’humanité et de civilisation. Il serait bon de s’en souvenir. Non, mes organes ne seront pas votre matériel, dussé-je me faire tatouer cette ultime volonté sur l’abdomen.

Le socialisme n’est pas qu’une idéologie inefficace et criminel. C’est aussi le mépris de ce qui fait de nous des humains plutôt que de la viande. Le socialisme est le plus froid des monstres froid. Je ne doute pas cependant qu’une telle décadence ne soit un jour punie par les dieux – mais j’en crains la violence.

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Un commentaire pour L’invasion des profanateurs

  1. kobus van cleef dit :

    la mesure a fini par passer lors de l’adoption de la loi santé sous l’égide de tournesol migraine, not’ bonn’ miniss’
    il paraît qu’on peut se déclarer contre le prélèvement de ses organes sur le site de france transplant
    mais je n’ai pas trouvé ce dernier

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