Orwell n’avait rien vu

Lorsque j’étais collégien, nous avions étudié en classe Le meilleur des mondes de Aldous Huxley, livre qui décrit une sorte de futur dans lequel les hommes sont fabriqués in vitro et réparties selon un système de castes très strictes, au sein desquelles la liberté sexuelle est d’autant plus totale qu’elle est affranchie de toute procréation. Ce livre était un des deux piliers sensés nous prévenir contre les dangers du monde à venir, l’autre étant l’incontournable 1984 de George Orwell.

Ces deux livres étaient essentiels, et nous sentions bien alors l’importance de l’horreur qu’ils décrivaient. Les références, par des gens qui parfois ne les ont pas lu, à ces livres abondent dès qu’il s’agit de parler du totalitarisme et de l’oppression que peut exercer un État tout puissant sur les citoyens dans un monde en proie à l‘hybris scientifico-technique. J’avoue humblement que si j’avais été impressionné par Huxley, à un point même que son livre m’a toujours mis très mal à l’aise, j’ai mis du temps à lire le second, auquel j’ai moi-même longtemps fait référence sans avoir lu autre chose que le quatrième de couveture – mais il faut bien que jeunesse se passe, n’est-ce pas… Mais surtout, je dois reconnaitre que si je percevais bien la gravité potentielle des événements que décrivait ces livres, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’ils allaient un peu trop loin. Huxley autant qu’Orwell me paraissaient pousser le bouchon, et comme probablement tant d’autres, je me disais qu’on n’en arriverait quand même jamais là. Je me trompais lourdement.

Huxley avait en quelque sorte pressenti la GPA et la PMA, Orwell les lois sécuritaires et la langue de bois actuelle. Le pire, c’est que si Huxley nous parlait clairement d’un futur cauchemardesque et incertain, Orwell voulait nous mettre en garde contre un présent qui se développait à son époque dans les pays socialistes de l’Est de l’Europe. Or il semble qu’Orwell ait été encore moins entendu que Huxley, preuve que l’expérience ne sert parfois de rien.

Pourtant, il est un facteur que Orwell n’avait pas vu, et que Huxley n’avait qu’improbablement esquissé : la catastrophe multiculturaliste. Pour avoir une idée complète de l’enfer qui se construit sous nos yeux, il faut ajouter Jean Raspail et son prophétique Camps des saints. Alors le tableau est complet, ou presque. En fait, si l’on observe avec un peu de finesse, tout notre monde a déjà été prévu, mais comme la plupart des prophètes et devins, les écrivains ne peuvent toujours dire précisément ce qu’il va advenir, et ce n’est qu’une fois la prophétie réalisée qu’on saisit enfin le sens de leurs sybillins écrit.

Huxley avait vu les délires eugénistes actuels qui prennent forment sous nos yeux, mais il ne pouvait imaginer – ou écrire – que ce serait les féministes et les lobbies homosexuels qui seraient les fers de lance de cette abomination. Orwell pensait que la novlangue et l’intrusion sécuritaire serait le fait d’un État socialiste, ce en quoi il avait raison, dans un monde gris et accablant, ce en quoi il avait tort : l’oppression se fait dans un monde qui se veut festif et empli de vélib’ et de smarphone pour tous. Raspail avait vu ces navires chargés de miséreux, il avait dit comment les élites gauchistes leur ouvrirait la porte, mais il n’avait pas su décrire la violence et la haine que porteraient avec eux ces miséreux, pas plus que leur implantation progressive et inexorable au coeur même de nos terres. Burgess enfin, avec son Orange Mécanique, nous mettait en garde contre la violence urbaine et son jargon spécifique, sans avoir pu nous dire que ce jargon ressemblerait surtout à du verlan dit avec l’accent des cité, et que la violence, loin d’être gratuite et esthétisée, serait bien plus la manifestation de tensions ethniques et culturelles toujours grandissantes, violence qui se déploie au son d’un rap primaire, agressif et haineux plutôt que sur la 9ème de Beethoven.

Cette atroce révolution qui se met en place sous nos yeux a été prédite. Ce qui n’a pas été entrevu, c’est le moyen de nous en sauver – si tant est que cela soit possible. Car le plus inquiétant, c’est qu’aucun des écrits dont je viens de parler n’envisage d’issue heureuse. Il semblerait que si Rome a péri, il puisse en aller de même pour nous.

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