Un homme, un vrai

Comme bon nombres de gens, j’ai regardé l’interview de Bashar El Assad sur France 2, et je dois reconnaître que pour une fois, je n’ai pas souhaité la disparition totale et définitive du calamieux « service public ». Au moins, on a enfin donné la parole à cet homme. Qu’il y ait derrière tout cela des intentions manipulatrices, c’est possible, mais cela au fond importe peu : nous avons vu que Bashar El Assad était un chef d’une trempe exceptionnelle.

L’homme se tient droit, un peu raide peut-être. Il est calme, ne s’emporte jamais, et surtout ne cède pas une fois au piège de la justification. Face à lui, David Pujadas est comme écrasé dans sa chaise, sorte de nabot contrefait qui serre fébrilement contre son corps frêle quelques vagues feuilles de papier en penchant maladroitement de côté sa tête trop grosse pour son corps. Pour une fois, reconnaissons-le, Pujadas fait ce qu’on attend normalement d’un journaliste : il pose les questions qui dérangent. On peut juste regretter qu’il l’ait parfois fait sur le ton de procureur que prennent trop souvent les journalistes français, et qu’il se soit comporté par moment comme s’il avait à faire non pas au chef d’un pays de 23 millions d’habitants secoué par une guerre civile, mais plutôt comme s’il avait en face de lui un second couteau du FN. Il a même été grotesque lorsqu’il a péniblement agité devant lui une dérisoire photo d’hélicoptère qui semblait avoir été téléchargée à la va-vite sur internet, pour, croyait-il, confondre le chef d’État syrien. Ça n’a pas marché.

Pujadas a aussi eu l’outrecuidance de lui demander s’il était prêt à un dialogue. Là encore, Bashar El Assad ne s’est pas emporté, il a répondu calmement et dignement. N’oublions pas qu’en fait de dialogue, Laurent Fabius, qui a ma connaissance est toujours ministre, s’était illustré en disant que Bashar ne devrait pas exister. Une attitude indigne doublée d’une faute professionnelle : quand on dirige la diplomatie d’un pays comme la France, on se doit de ne pas se comporter comme un minable petit voyou de banlieue. Mais Fabius, toujours responsable mais jamais coupable, semble étranger à ce genre de considération. Placé dans une situation aussi critique que celle du leader syrien, il ne tiendrait pas longtemps avant de se liquéfier sur place.

Certes, il ne faut pas se méprendre : Bashar El Assad nous raconte ce qu’il veut, et s’il a effectivement utilisé des gaz de combat, il ne va pas venir s’en vanter. Je ne crois pas un instant que cet homme soit un ange, mais ce n’est pas exactement le profil qu’il faut pour tenir un pays en guerre. Ce que je retiens, c’est que Bashar El Assad est un homme d’une trempe exceptionnelle, qui n’est pas sans rappeler Poutine. Il est droit dans ses bottes, ne louvoie pas, ne baisse pas le genou face au premier venu. Cet homme tient, et tient ferme. Il n’a rien d’un dictateur brutal ou d’une fashion victime du désert comme l’était Khadafi. Il est calme et déterminé. Rien de commun avec la fausse bonhommie autosatisfaite de Hollande ou l’hystérie permanente et stérile de Valls.

Cet homme est un vrai chef, et on comprend mieux pourquoi son régime est toujours debout. Nous ferions bien d’en prendre de la graine.

Publicités
Cet article, publié dans Politique, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s