Art contemporain

Une lecture intéressante : La Grande falsification, de Jean-Louis Harouel. L’auteur s’y attaque à l’art contemporain et en expose toute l’imposture.

Tout commence avec l’invention de la photographie, progrès technique immense en ce qui concerne la représentation de la réalité. Les peintres ne peuvent soutenir la concurrence dans ce qui constituait jusqu’alors leur monopole, et sont contraints de trouver de nouvelles voies artistiques. S’ensuit un appauvrissement de la maîtrise graphique des peintres, couplé à une progressive divinisation de l’artiste, dont la personne, sorte de médium inspiré par une réalité cachée, éclipse l’oeuvre. Désormais, ce ne sont plus les oeuvres qui témoignent de ce qu’un homme est un artiste ou non. C’est le statut d’artiste qui confère à tel ou tel objet le statut d’oeuvre d’art, et ce jusqu’à l’imposture ultime, initiée par Duchamp. Tout et n’importe quoi peut être une oeuvre d’art, pourvu qu’elle porte la signature d’un individu reconnu comme artiste.

Dès lors que des milliardaires se mêlent de l’affaire, l’art contemporain devient pur objet de spéculation et domine sans partage le marché, éclipsant ainsi les artistes plus authentiques, qui n’ont pas le goût du « n’importe quoi » qui caractérise la production des artistes côtés, personnages dont le culot et le narcissisme sont les traites dominants.

Pour Harouel, les bases théoriques nécessaire à ce retournement se trouvent dans la philosophie idéaliste allemande du XIXème siècle et dans la vogue occultiste de ce même XIXème siècle. Les racines intellectuelles profondes plongent jusque dans le néo-platonisme et la gnose. Il est intéressant de mettre cela en lien avec le livre du regretté Philippe Muray Le XIXème siècle à travers les âges, livre un peu touffu dans lequel sont mis en parallèle l’émergence de l’occultisme et du socialisme.

Le livre de Harouel est cependant un peu répétitif à mon goût, et aurait pu être réduit d’une bonne moitié sans que le propos en souffre. L’auteur a parfois des jugements un peu rapides et définitifs sur certains artistes, et on aimerait qu’il creuse certains thèmes, comme la dimension décorative d’une partie de l’art. J’en recommande cependant la lecture, car il met explicitement le doigt sur un point essentiel : l’art est d’abord et avant tout un travail et une maîtrise technique, et non l’expression sans limite de l’ego d’un homme.

Je remercie Franck Boizard de m’avoir fait découvrir cet auteur, bien que je cherchais au départ le livre Revenir à la nation qui est manifestement épuisé.

 

 

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9 commentaires pour Art contemporain

  1. tschok dit :

    Peut être que Harouel n’est pas exactement l’homme qu’il faudrait pour parler d’art contemporain, du moins si vous cherchez à rentrer dans la complexité de la chose.

    Mais si vous cherchez un auteur qui peut vous fournir des éléments de langage propres à vous fortifier dans la conviction que l’art contemporain est une imposture, c’est l’homme qu’il vous faut, quoique, d’après ce que vous dites, son livre aurait pu être amputé d’une bonne moitié sans que son propos en souffre, ce qui laisse entrevoir un certain simplisme de la réflexion.

    Simplisme qui semble contagieux.

    Vous tranchez promptement, par exemple, le problème de la personnalité de l’auteur:

    « l’art est d’abord et avant tout un travail et une maîtrise technique, et non l’expression sans limite de l’ego d’un homme. »

    Sans l’ego de l’artiste, une œuvre d’art ne serait qu’un travail d’artisan, sans doute brillant et méritoire, mais il lui manquerait ce petit quelque chose qui fait toute la différence.

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    • Je reconnais sans peine que Harouel a parfois des jugements limités et définitifs, mais vous tombez dans le piège de la modernité en demandant une personne « qu’il faudrait » pour parler d’art contemporain. Seul l’art contemporain impose la nécessité d’une explication par un expert qualifié, et c’est bien là qu’est l’imposture. Une oeuvre d’art doit parler par elle-même. Il est évident qu’on ne peut saisir toutes les implications d’une oeuvre, qui renvoie toujours à un contexte donné, mais elle doit pouvoir se passer de discours. C’est là que Harouel est intéressant : il pointe le fait que l’oeuvre n’est plus rien sans le discours conceptuel qui va avec.
      Point n’est besoin de discours compliqué pour saisir ce qu’il y a de beau dans une statue de Michel-Ange, quand bien même on viendrait de Chine. A contrario, l’urinoir de Duchamps n’a aucun intérêt si on ne vous explique pas la démarche de « l’artiste ».

      Il en va de même pour le problème de l’ego : des milliers de statues ornent nos cathédrales, et personne ne peut nier qu’il s’agit d’authentiques oeuvres d’art – oeuvres qui pourtant ne sont pas signés, et dont les « auteurs » étaient avant tout des artisans qui travaillaient sur commande. Toute la notion de l’artiste comme individu exceptionnel a largement été fabriquée au XIXème siècle. Et quand bien même on ne peut que reconnaître la supériorité de certains individus dans leur domaine, comme Albrecht Durer – qui était d’un grand narcissisme, je vous l’accorde – les artistes restaient au départ et avant tout des artisans possédant une technique. Les plus grands étaient simplement meilleurs que les autres, souvent à force de travail.

      Pour finir, le fond de ma pensée est que la notion même d’oeuvre d’art est vide. Une oeuvre d’art, cela n’existe tout simplement pas : c’est un pur concept intellectuel.

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    • Arnaud D dit :

      Aude de Kerros partage le même point de vue qu’Harouel sur la grande imposture de l’art comptant pour rien, cependant comme elle est elle-même artiste, elle argumente plus profondément.

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  2. tschok dit :

    Je ne demande rien, je remarque juste que Harouel n’est pas le mieux placé pour faire comprendre la complexité de la chose, puisque d’emblée il pose que l’art contemporain est une imposture, sans saisir d’ailleurs que l’art en général, en tant que reproduction du réel, tente toujours de se faire passer pour ce qu’il n’est pas.

    Le Penseur de Rodin ne médite pas: il est fait de bronze et le bronze, ça ne pense pas. Une peinture marine de Turner figurant une frégate qu’on remorque vers un radoub pour la démolir n’est pas cette frégate, ni même l’acte de sa démolition. La décollation de St Jean Baptiste du Caravage, peinture à la fois sombre, lumineuse et sanglante, n’est pas une décapitation. Pas plus que la Moldau de Smetana n’est une rivière tchèque: elle n’est pas faite de molécules H2O, mais de notes de musique correspondant à des vibrations de l’air se déroulant sur une ligne mélodique et une ligne rythmique, flanquées d’un accompagnement, qui donnent l’impression d’un écoulement virevoltant.

    C’est le B-A-BA de l’art: c’est une transformation du réel qui se fait passer pour. Partir de l’idée d’imposture pour faire le procès de l’art contemporain, c’est se mettre directement le pied le tapis.

    Et le reste est de la même veine:

    – « Seul l’art contemporain impose la nécessité d’une explication par un expert qualifié » dites-vous: allez contempler les fresques de la chapelle Sixtine et venez soutenir que sans l’éclairage d’un expert le profane pourrait tout décrypter, vous ferez rire tout le monde.

    – « C’est là que Harouel est intéressant : il pointe le fait que l’oeuvre n’est plus rien sans le discours conceptuel qui va avec. » Ceci n’est pas propre à l’art contemporain: soutenez vous que l’art sacré, dédié un culte de Dieu, a été conçu ex nihilo et de façon indépendante de la religion qu’il est censé servir? Là encore, tout le monde se marre.

    – « Point n’est besoin de discours compliqué pour saisir ce qu’il y a de beau dans une statue de Michel-Ange, quand bien même on viendrait de Chine. A contrario, l’urinoir de Duchamps n’a aucun intérêt si on ne vous explique pas la démarche de « l’artiste ». » Vous confondez le beau et le sens ou l’idée. Cela n’a pas d’inconvénient pour un ignare qui ignore qu’il ignore, mais pour celui qui veut se cultiver, la confusion entre les deux a une conséquence: ne pas être capable de voir que le David de Michel-Ange , par exemple, n’est pas seulement beau: il a aussi un sens.

    De même que l’Hercule au repos, de la collection Farnèse du Musée archéologique de Naples n’est pas seulement beau: il a aussi un sens. On peut le capter ou pas, mais faire l’éloge de l’ignorance pour faire le procès de l’art contemporain, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux.

    La Fontaine de Duchamp, que vous fustigez, fait ce distinguo entre le beau et l’idée. C’est tout bête à la base.

    – « Les artistes restaient au départ et avant tout des artisans possédant une technique. » Picasso, qui maitrisait à la perfection toutes les techniques de son art n’est plus là pour vous dire le contraire, puisqu’il est mort, mais l’ensemble de son œuvre vous hurle que l’art est possible, non pas sans un minimum de maîtrise formelle, mais sans utilisation des techniques figuratives classiques.

    Là encore il y a confusion: une œuvre d’art moderne ou contemporain peut contenir un haut degré de maîtrise technique, invisible aux yeux du profane qui s’en moque, et qui passe inaperçu parce que l’œil du spectateur ne voit la maîtrise technique que dans le procédé figuratif (la reproduction la plus parfaite et fidèle possible du réel). Pour le spectateur ignare, toute œuvre non figurative n’est pas technique. C’est un gribouillis.

    Pour l’oreille du vulgaire, une œuvre de Ligeti ne vaut rien: faute de mélodie précisément identifiable, il ne détecte pas la technicité.

    – « Pour finir, le fond de ma pensée est que la notion même d’oeuvre d’art est vide. Une oeuvre d’art, cela n’existe tout simplement pas : c’est un pur concept intellectuel. » Là, vous tenez deux propos antagonistes: la notion d’œuvre d’art est vide, car une œuvre n’existe pas. Versus: une œuvre est un pur concept intellectuel.

    Un concept intellectuel existe, mais il n’est pas matériel. En droit, on dirait que c’est un bien meuble incorporel, ce qui ne l’empêche pas d’exister. La pensée humaine est capable de faire exister l’immatériel depuis que le progrès humain nous a fait atteindre le stade de l’abstraction, il y a quelque chose comme 100.000 ans.

    En 2015 après Jésus Christ, il est regrettable de tenir encore des discours limitant l’existant à la seule sphère matérialiste (les choses concrètes qu’on peut toucher ou tenir). Maintenant si vous voulez dire qu’une œuvre d’art n’existe qu’à travers le regard de l’humain qui la contemple, on est d’accord, mais c’est valable pour la totalité de l’univers qui n’existe, pour nous, que parce que nous existons. Si on meurt tous, l’univers existera sans doute pour lui-même, mais plus pour nous.

    Question métaphysique qui est, là-dessus je suis bien d’accord, au centre de l’art.

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    • Vous êtes un habile sophiste. Votre problème, c’est que vous restez dans la pure logique verbale, à l’aide de laquelle on peut démontrer tout et son contraire.
      Vous n’avez manifestement pas compris une chose : n’importe quel individu, même sorti du fin fond de l’Amazonie, peut être émerveillé par la chapelle sixtine, même s’il n’en comprend pas toutes les implications (évidence que votre logique verbale sophistiquée vous fait perdre de vue), alors que le même individu, placé face à un monochrome de Klein ou à l’urinoir de Duchamp, éprouvera au mieux curiosité ou perplexité. L’explication face à la chapelle sixtine est UTILE mais pas NÉCESSAIRE, alors que l’explication face à l’urinoir de Duchamp est NÉCESSAIRE pour en faire une oeuvre d’art. Sans le discours qui va avec, la chapelle sixtine reste une représentation qui se suffit à elle-même, sans le discours qui va avec, l’urinoir de Duchamp est une pissotière ordinaire. Ne vous laissez pas tromper par les mots, revenez au phénomène.

      La question de la « haute technicité » est trompeuse : un smartphone est un objet extrêmement complexe, ça n’en fait pas une oeuvre d’art pour autant.

      Vous défendez habilement un monde de concepts, et feignez de croire que le refus du pur intellectualisme est un matérialisme vulgaire. Je vous invite à méditer sur deux choses : premièrement, si vous crevez un pneu, aucun concept ne vous aidera à changer votre roue, il faudra bien mettre les mains dans le cambouis. Deuxièmement, le christianisme, religion hautement intellectuelle s’il en est, est toute basée sur un phénomène à la fois simple et miraculeux : L’INCARNATION.

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      • Ceci dit, soyons clairs : je n’ai rien contre la plupart des délires de l’art contemporain, et si les « artistes » trouvent des milliardaires pour acheter leurs « oeuvres » à prix d’or, tant mieux pour eux. Si vous souhaitez avoir un urinoir dans votre salon ou un homard en plastique dans votre chambre, c’est votre problème. Ce qui me gêne, c’est que tout cela se fait parfois avec l’argent des contribuables et nous est imposé physiquement dans l’espace public et intellectuellement dans la sphère médiatique.
        Notez cependant que je condamne très fermement certaines « performances » qui relèvent d’une pornographie morbide et souvent scatologique, dont le seul but semble être la dégradation et la négation de la dignité. Exemple particulièrement choquant : « l’oeuvre » d’un « artiste » du Costa-Rica qui consistait à montrer au cours d’une exposition un chien attaché et affamé. Voila où mène le narcissisme du pur concept : à la barbarie.

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  3. tschok dit :

    Peut-être tombez-vous dans le travers de la pensée auto-centrée: croire qu’un individu très différent de vous, comme un type venant du fin fond de l’Amazonie, réagira comme vous pensez qu’il doit réagir devant la chapelle Sixtine ou un monochrome de Klein.

    En fait, c’est juste une supposition: votre amazonien peut ne rien éprouver du tout à la vision des fresques de Botticelli ou de Michel Ange. Le Jugement dernier pourrait très bien le laisser tout aussi perplexe et curieux qu’un bleu de Klein. Ou, autre supposition, notre amazonien pourrait être émerveillé par un monochrome de Klein.

    Or, vous pensez qu’il doit nécessairement se comporter comme vous le prévoyez et éprouver ce que vous avez prévu qu’il doit éprouver, selon vous.

    Cette façon de projeter un comportement sur autrui n’est pas anodine et ne traduit pas seulement une tendance à universaliser vos modes de pensée. Elle traduit aussi le fait que le regard qu’on porte sur une œuvre d’art est codifié, ce qui explique que vous vous attendiez à ce que notre amazonien partage les mêmes codes que vous.

    Une œuvre d’art n’existe que parce que nous décidons qu’elle en est une: nous construisons le code qui lui permet de se distinguer des autres objets, en tant qu’œuvre d’art. Il n’y a pas d’œuvre d’art en soi, ex nihilo. La catégorie d’objets dites « œuvres d’art » ne s’impose pas en soi parce qu’elle existe, mais parce qu’elle est une création de l’esprit humain.

    En conséquence, toute œuvre d’art, ou objet déclaré tel, contient un code plus ou moins complexe et qui la rend plus ou moins accessible au regard du spectateur. Sous cet angle on peut alors parier qu’un amazonien aura un accès plus ou moins facile à certaines œuvres plutôt qu’à d’autres, car ces œuvres correspondent à des codes qu’il connait ou qu’il peut décrypter, alors que celles qui lui semblent étrangères correspondent sans doute à des codes qui lui sont inconnus.

    Mais on ne peut guère aller au-delà de ce pari.

    De fait on constate, et c’est d’ailleurs ce que je dis moi-même, qu’une œuvre d’art est plus ou moins accessible au public. En ce sens, toute œuvre d’art a besoin d’une explication, qu’elle relève de l’art moderne ou contemporain, ou d’un genre ou d’une période plus classique, car aucune œuvre d’art n’est évidemment œuvre d’art en soi.

    En réalité, si la Joconde est à nos yeux évidemment une œuvre d’art, c’est parce qu’on nous l’a expliqué depuis notre enfance, pas parce que ce serait marqué dessus.

    Je ne donne donc pas dans une conception de l’œuvre détachée du réel, bien au contraire: c’est un phénomène concret de construction sociale. En revanche, je pense que le concept de l’incarnation est bien, lui, un pur concept intellectuel. Et je suppose que vous déduisez du concept de l’incarnation qu’une œuvre d’art est en soi œuvre d’art dès sa création, par son ipséité même, du moment qu’elle atteint un certain degré de mérite artistique.

    je suppose encore que ce qui vous dérange le plus dans l’art contemporain est sa façon désinvolte de décider que tel objet est œuvre d’art, en dehors de tout mérite artistique, ce qui ne peut que heurter la conception ex nihilo ou intrinsèque de l’œuvre d’art en soi, qui semble être la vôtre.

    Mais en fait, l’art contemporain est une autre façon de penser l’art, selon des codes qui sont autres, qui souvent déjouent nos intuitions esthétiques et qui sont parfois complexes au point de rendre l’œuvre assez hermétique.

    Quand on ne comprend pas cela, ou qu’on ne l’accepte pas parce qu’on estime que c’est du flan, on ne peut évidemment que voir l’imposture dans l’art contemporain et que voir la dupe dans tout ceux qui l’aiment, le comprennent et l’apprécient.

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    • Je n’ai pas parlé de dupe : je pense que ceux qui défendent et aiment l’art contemporain jusque dans ses pires travers le font justement avec cette arrière-pensée « hermétique » dont vous vous faite le champion, et qui n’est qu’un snobisme intellectuel qui permet de se sentir supérieur au vulgaire. L’art contemporain est cynique, il n’est rien d’autre que ce que vous dites : un club fermé de gens qui se sentent importants parce qu’ils croient que le second degré est une manifestation d’intelligence.
      Je ne dis pas qu’on ne peut pas l’aimer sincèrement, je pense même qu’il peut produire des objets divertissants, mais je dis qu’il faut assumer son snobisme et ne pas le camoufler par des arguments intellectuels compliqués. Ce qui me dérange dans l’art contemporain, ce n’est pas sa façon désinvolte de décider ceci ou cela, c’est sa façon désinvolte de s’incruster partout, jusque dans le château de Versailles. Ce qui est intéressant dans l’expo Koons à Versailles, c’est Versailles, et vous le savez très bien.
      Qu’on arrête de nous enfumer publiquement avec des plugs anal géants, c’est tout ce que je demande. Laissez-nous être stupides et vulgaires. Laissez-nous respirer un peu. Chez vous, vous faites ce que vous voulez.

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      • tschok dit :

        Bien sûr que si vous parlez de dupes, puisque vous parlez de falsification, de tromperie, d’escroquerie et d’enfumage. Il faut bien qu’il y ait des dupes quand on parle de cela. Une escroquerie sans victime, moi, je ne sais pas ce que c’est.

        Mais ce dont vous parlez est en réalité différent: vous parlez de l’envahissement de la sphère publique par une forme d’art dont vous voulez qu’elle reste cantonnée à la sphère privée, ce qui rappelle étrangement le discours qu’on peut tenir en France à propos de toute religion.

        Et vous en parlez comme d’une pollution qui vous empêche de respirer.

        C’est une façon très particulière d’envisager l’art contemporain: vous définissez un espace public dans lequel cette forme d’art ne doit pas chercher à s’imposer. A vrai dire, et vous avez raison de souligner son caractère élitiste, cela ne risque pas de se produire.

        Les brefs moments où l’art contemporain ose sortir le bout de son nez du terrier sont souvent accompagnés du parfum du scandale: les galeries, les musées, les expositions, les manifestations qui osent montrer cette forme d’art sont en définitive assez rares. Trop rares, trop timides et restreints à un public choisi pour qu’on puisse vraiment parler d’une invasion de l’espace public, sauf, éventuellement, sous sa forme la plus esthétique: le pop art, qu’on retrouve aussi dans le design de votre machine à café et de la mienne, ou la signalétique des WC publics dans les aéroports.

        Je veux vous rassurer: vous pourrez continuer à jouir en toute quiétude des formes d’art qui vous conviennent dans l’alcôve de votre cocon intérieur et même dans l’espace public où, après tout, il vous suffit de détourner le regard pour ne pas voir.

        Une petite remarque personnelle: franchement, je suis un être assez primitif et vous auriez grand tort de me classer dans une catégorie d’individus qui, par exemple, contempleraient un joint d’étanchéité en caoutchouc autrement que ce pour quoi il est fait: assurer l’étanchéité.

        Je suis vraiment très con de ce point de vue là. je suis même beaucoup plus con et primitif que vous. Et je vous le dis en toute sincérité.

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