Pourquoi les politiques ne se remettent jamais en question

En ce moment, pour me changer de la désastreuse et déprimante situation politique française qui ne cesse d’empirer jour en jour,  je lis Ce que sait la main, livre consacré à la culture de l’artisanat par Richard Senett, universitaire anglo-américain apparemment de renom mais dont je confesse n’avoir jamais entendu parler auparavant. Un passage m’a particulièrement frappé :

« …l’insuffisance de la prestation personnelle blesse autrement que les inégaliées de la position sociale héréditaire ou les singes extérieurs de la richesse (…) vouloir faire activement du bon travail et s’apercevoir qu’on n’en est pas capable mine l’idée qu’on se fait de soi. »

Richard Senett parle ici du fait qu’au siècle des lumières, la mise en avant de l’artisan par les encyclopédistes consacrait la supériorité de celui qui agit sur celui qui hérite – perspective révolutionnaire évidente. Pour Senett, le problème de l’estime de soi face à l’échec est le point aveugle de cette idée. Par extension, je ne peux m’empêcher de penser que le népotisme chronique qui sévit dans le monde politico-médiatique au sens large vient démontrer cette idée en creux.

Nous sommes revenus à une sorte d’ancien régime dans lequel le mérite n’est plus rien, et le réseau tout. Du cinéma jusqu’à la politique en passant par le journalisme, dès qu’on enquête un peu, on se rend compte qu’un tel est fils de tel autre, que celle-ci est mariée avec celui-là et que le père de tel autre occupait déjà une position conséquente. Il suffit de lire la lettre bi-mensuelle d’Emmanuel Ratier Faits et documents pour s’en convaincre. J’en tire l’idée que tous ces gens, qui ne doivent leur position ni à leur travail ni à leur talent, mais bien souvent au simple fait d’être né et d’avoir eu des parents en capacité de passer les bons coups de fil, n’ont jamais connu l’épreuve de l’échec ou du succès, et ne peuvent donc douter un instant d’eux-mêmes. Pour ainsi dire, on peut imaginer qu’il ne savent rien ni du succès ni de l’échec, n’ayant qu’une fausse image de la réussite. Ils sont imbus d’eux-mêmes et persuadés de cette sorte de légitimité à front de taureau que donne la naissance. Aucune remise en question ne leur est accessible : ils s’imaginent être les meilleurs car ils n’ont jamais eu à descendre dans l’arène. Protégés de l’affront de l’échec, ils montrent tous les jours la morgue des grands sans en avoir la solidité acquise dans l’épreuve qui forge les caractères et les légitimités.

Paradoxalement, le népotisme donne à nos élites aux pieds d’argile une assurance accrue qui retombe sur nous sous forme d’un mépris sucré. Leur nullité devient une force, car ils ne doivent rien faire que de s’occuper de perpétuer un système qui les a fait. Jamais mis face aux conséquences de leurs actions, ils peuvent se croire des génies. C’est tout le drame du pouvoir sans responsabilité. Ces gens croient dur comme fer à eux-même. C’est leur force, face à nous qui savons que nous ne sommes pas si bons que nous le croyons parfois, et qui connaissons le sens du mot humilité.

 

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Un commentaire pour Pourquoi les politiques ne se remettent jamais en question

  1. Arnaud D dit :

    A ceci près que sous l’ancien régime, l’aristocratie payait l’impôt du sang, autre manière de servir la patrie et qui contribua à la disparition de bon nombre de lignage. De nos jours, nos supposées élites ne rechignent pas à envoyer les soldats au feu, sans toutefois y aller. La victoire de la bourgeoisie a signé l’arrêt de mort de valeurs comme l’honneur, le devoir. A quoi bon amasser du fric si on risque de laisser sa peau dans un engagement. En fait, la république méprise bien plus le bas peuple que nos rois et seigneurs.

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