« Un Français » : film nul pour un pays nul.

Nous n’étions que 6 dans la salle ce soir pour voir « Un Français », film navrant d’un dénommé Diastème, qui soit dit en passant aurait pu choisir un pseudonyme un peu plus attrayant que le mot qui désigne l’écartement particulier des dents qu’on peut observer par exemple chez Yannick Noah. D’ailleurs, j’ai toujours pensé que se présenter uniquement avec un prénom était d’abord et avant tout une marque de prétention, qui ne semble pas porter chance, du moins au cinéma : on se souvient à peine, sinon pas du tout, du calamiteux Pitof, et on songe avec commisération à Maïwenn. « Un Français », donc, est tout simplement un mauvais film, non pas car il ferait polémique, mais tout simplement car il est chiant à mourir. Le scénario est décousu, tout fait d’ellipses ratées, et les personnages sont désespérément plats – faute à l’absence totale de psychologie tout autant qu’à la médiocrité de l’acteur principal. Au bout d’une demi-heure de ce triste pensum, on avait l’impression d’être dans la salle depuis une éternité, et pourtant les scènes les plus intenses étaient déjà passées. J’ai courageusement attendu jusqu’au bout que le film meurt lentement, tout comme meurt le cinéma français dans son ensemble – et ça n’est que justice.

Nous étions 6 mâles blancs, probablement célibataires, âgés de 20 à 40, à être venus s’ennuyer devant ce navet, et nous avons été rejoint au bout de quelques minutes par un jeune maghrébin en jogging qui a passé la séance à manger bruyamment et à répondre au téléphone. Il ne s’est d’ailleurs intéressé au film que très brièvement, lorsqu’on y voit quelques images du match France-Brésil lors de la coupe du monde de foot en 98. J’avais envie de le choper par le col et de le cogner, mais je me suis dit, comme en tant d’autres circonstances : à quoi bon ? Il y avait là comme une ironie étrange : c’était bien le seul à mal se conduire devant un film sensé nous expliquer que ceux qui sont méchants, ce sont les vilains skinheads français racistes. À sa décharge, le film n’était pas suffisamment intéressant pour qu’on puisse vraiment lui en vouloir de s’absorber dans la contemplation de son téléphone.

Film mauvais, certes, mais pas pour autant dénué d’enseignements. On y voit les sempiternels clichés sur les skinheads façon années 80 et sur le FN de pré-Marine, mais l’honnêteté force à reconnaître que ces clichés ont quelque chose de très vrais, comme tous les clichés, comme tous les stéréotypes. Les skinheads finissent mal, cela semble être le seul message du film. Simpliste, pas franchement un scoop, mais au fond, vrai. Le réalisateur se fait un peu plaisir en se payant la soupe au cochon et la manif pour tous, mais au fond, peut-on vraiment lui en vouloir ? Il ose un contraste facile entre les drapeaux français agités par les nationalistes, et ceux arborés aux Antilles par les supporters de l’équipe de France. Procédé grossier, basique, tarte à la crème, mais finalement pas si inutile. Car, à son insu, le film nous montre une triste vérité : le nationalisme est destiné à crever par ce qu’il adore. Les nationalistes brandissent le drapeau tricolore de la République, la manif pour tous agite le code civil : stupide carnaval qui ne peut aboutir qu’à la ringardisation totale et définitive. Ne comprenez-vous donc pas que ce drapeau, cette république, ce code civil, c’est ce dont nous crevons à petit feu ? Ne comprenez-vous pas que la république n’a plus rien de ce qu’elle a pu avoir de glorieux, et qu’elle étouffe la France ? Ne comprenez-vous pas que c’est la France que nous vend ce film qui est devenue la réalité ? Ce que recouvre cette connerie de drapeau tricolore, ce n’est plus ce que vous croyez. Les skinheads, repentis ou non, ne sont qu’un prétexte, et je ne suis pas sûr qu’ils intéressent qui que ce soit, à part les nostalgiques des années 80. Tout ce film nous présente les nationalistes comme une bande de nazes, de réacs ringards et racistes, et il faut bien avoir le courage de reconnaître que c’est la vérité. Les nationalistes ont passé leur temps à labourer la mer. Le résultat est sous nos yeux, tous les jours.

Je suis sorti de la salle, et j’ai marché dans la nuit, seul blanc ou presque sur le pavé. Je ne suis pas sûr d’aimer ce que ce pays est devenu. Mais je sais une chose : tout le folklore nationaliste n’a mené nulle part. Et même ses dénonciateurs n’arrivent pas à en faire un film convaincant. Décidément, les nationalistes sont des pantins inoffensifs.

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