Héros

Je ne peux m’empêcher de repenser à ces jeunes Américains et à cet Anglais qui ont stoppé un terroriste musulman dans le Thalys. Je ne peux m’empêcher de me demander si moi aussi, j’aurais eu le courage d’attaquer ce type, ou si je serais resté stupidement tétanisé sur mon siège. On ne peut jamais savoir ce genre de chose, évidemment. Mais le fait que ces héros soient américains et anglais n’est pas anodin. Certes, il y a le hasard pur, le fait d’avoir été au bon endroit au bon moment. Certes, l’un d’entre eux au moins était un militaire ayant eu l’expérience de situations dangereuses au combat. Mais cela ne fait pas tout. Il y a au fond de cela un trait de mentalité collective qui, semble-t-il, manque aux Français – à mon grand regret. Ce trait, c’est la possibilité d’être un héros, c’est-à-dire de prendre un risque, de faire un sacrifice, et de faire une action exceptionnelle sans en attendre de récompense autre que de conserver son honneur intact. Il me semble que ce trait soit cultivé au États-Unis et trop peu en Europe. Le cinéma en est un bon exemple. Je regardais l’autre jour Troie, adaptation de L’Illiade dans laquelle Brad Pitt joue le rôle d’Achille, héros parmi les héros. Oui, le film est un blockbuster, sorte de néo-péplum parfois balourd, dont certaines scènes sombrent franchement dans le kitsch. Mais les thèmes sont là, et parfois traité avec plus de finesse qu’il n’y a paraît. On pourrait en dire autant de nombreux films américains : une fois dépouillés de leurs oripeaux tape-à-l’oeil et de leur scènes d’actions spectaculaires à l’extrême, les blockbusters héroïques ont tous une veine profonde qui parlent de la même chose : le courage et l’action au service d’autre chose que de soi-même. Le cinéma populaire américain donne le bon exemple.

Peut-on en dire autant du cinéma français ? Bien évidemment non. Coucheries bourgeoises, pitreries charlie-compaptibles de tel ou tel comique issu de la diversité, apologie des criminels ou nombrilisme psychologisant, voila les thèmes quasi-exclusifs des films français. Bref, des films qui incitent fortement à rester vissé à son siège de Thalys au cas ou un musulman un peu nerveux vous pointerait une kalachnikov sur la poitrine dans l’intention manifeste de vous tuer. Je ne dis pas que s’enfiler des films de super-héros à la chaîne fera de vous une personne courageuse, mais il me semble que la production cinématographique, média populaire s’il en est, donne une bonne idée de la moralité dominante d’un pays. Il y a là un effet réflexif, presque dialectique : le cinéma parlent de ce que nous sommes, bien malgré lui, et en retour, ceux qui le regardent y trouve une forme d’inspiration pour leur vie. Ce qui explique l’effroyable succès de films comme Bienvenue chez les Cht’is ou Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu : les Français aiment se voir en prolos stupides mais sympas ou en amoureux de la diversité, peut-être parce qu’au fond ils n’aspirent à rien d’autre qu’à être cela. Évidemment, face à des gens qui s’identifient plutôt au Tom Cruise de Mission Impossible, les Français risquent de ne pas faire le poids. Résultat : deux soldats américains en vacances et un sexagénaire anglais maîtrisent un terroriste pendant que les employés de la SNCF, entreprise franco-française s’il en est, vont se planquer. Décidément, il nous faudrait un peu plus d’Illiade, et un peu moins de Cht’is.

Principe de précaution

Werner Herzog et le principe de précaution (les passages en gras sont soulignés par moi)

« Regardons les choses en face, le monde est incroyablement allergique au risque aujourd’hui, et les angoisses sont totalement hors de proportion par rapport à la réalité. Il y a quelques années, durant la crise de la vache folle, il était évident pour moi que bien plus de gens allaient mourir en traversant la rue pour aller chez le boucher qu’en mangeant de la viande contaminée. Aujourd’hui, des enfants de six ans ont cinq sortes de casques différents : casque pour le roller, casque pour le baseball, casque pour le vélo, casque pour se promener dans le jardin, casque pour Dieu sait quoi. Les parents envoient même leurs enfants au bac à sable avec un casque. Tout ça est répugnant. Je ne ferais jamais confiance à un homme qui a eu plusieurs casques avant l’âge de cinq ans. Se protéger dans tous les sens est dévastateur, car les enfants sont conditionnés à ne pas être intrépides ; ils ne deviendront jamais des savants qui sautent par-delà les frontières au coeur de l’inconnu. Et chaque fois que je vois des tubes de désinfectant pour les mains, comme on en trouve accroché aux murs partout en Amérique, j’ai envie de les arracher. C’est une abomination. Je n’ai jamais pris d’antibiotiques de toute ma vie et j’ai avalé au mieux dix aspirines dans toute mon existence. Des choses pareilles nous conduiront tous à la mort. Une civilisation qui cherche à soulager la douleur au moindre événement est condamnée ; nous ne pouvons savoir ce que c’est qu’être vraiment humain sans l’expérience d’un certain niveau d’inconfort et d’opposition physique. Si vous lisez dans un récit de voyage que l’auteur est parti dans la jungle avec un kit contre les morsures de serpent, c’est que le bouquin est tout juste bon à allumer un feu de camp. La vie ne connaît pas la sécurité. La seule certitude, c’est que nous allons mourir, même avec tous les casques et toutes les assurances-vie du monde. De nos jours, les gens se coupent le doigt ou s’écorchent les genoux et s’imagine que c’est une expérience de vie. »

Werner Herzog, dans A guide for the perplexed – conversations with Paul Cronin. Traduit pour l’occasion par mes soins.

Trimestriel

Et voilà ! L’actualité me force à sortir de ma torpeur estivale. À peine trois mois sont passés depuis le dernier attentat à très forte connotation islamique – rappelez-vous, un brave gars s’était fait décapiter en juin dans l’Isère sur fond de drapeau Daech – que la nouvelle édition est déjà sortie ! Génial, non ? Cette fois-ci, c’est un type qui a tenté une fusillade dans le Thalys. Paul Fortune serait-il un devin ? J’avais bien dit qu’il faudrait s’habituer à tout cela, et malheureusement, il semble que les événements me donnent raison. Donc d’ici trois mois, on devrait en avoir un autre. Bon, tout cela ne nous réjouit pas, mais ce qui me réjouit encore moins, c’est que les médias prennent toujours plus de pincettes pour minimiser l’affaire et nous enfumer. Évidemment, il ne faut pas sauter trop vite aux conclusion, mais un type d’origine marocaine qui a fait l’objet d’un signalement pour « radicalisation » en Espagne, on se doute bien que ce n’est pas parce qu’il a pris sa carte au parti radical-socialiste de Daladier et de Herriot. Décidément, la trouille des médias à ne pas appeler un chat un chat est ce qu’il y a de plus écoeurant dans toute cette affaire.

Comme j’aime bien les symboles, je n’ai pas pu m’empêcher de noter que ce sont deux jeunes soldats américains en vacances qui ont permis d’éviter un carnage en maitrisant le terroriste. Bref, il semblerait que même le hasard veuille nous rappeler que nous sommes devenus trop mous et trop lâches pour nous défendre, et qu’on doive se reposer sur les USA pour notre sécurité. Ironie du sort. Les Dieux se foutent bien de notre gueule, on dirait.

J’ai bien aimé la réaction d’un des Américains : « C’était mon premier voyage en Europe et nous avons stoppé un terroriste, c’est dingue… » L’Europe, un endroit où l’une des attraction potentielle est de tomber sur un terroriste. Ça fait envie.

Zone de confort

Pour progresser, quelle que soit l’activité qu’on pratique, il faut régulièrement sortir de sa zone de confort. En permanence, nous aimons rester dans cette fameuse zone, faire ce que nous savons faire, sans prendre de risque. Cela permet au mieux de maintenir une compétence, une condition physique, cela peut aider à parfaire un geste, une pratique, mais aboutit fatalement à la stagnation. Celui qui veut progresser doit, de temps à autre, prendre un risque, aller plus loin, au-delà de ce qu’il sait faire. Il doit sortir de sa zone de confort.

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Mad Max ou le féminisme désséché

Il y a des oeuvres qui en disent long sur leur époque bien malgré elles. Mad Max – Fury Road en fait partie. Au premier abord, c’est un gros divertissement d’action un peu bourrin, à l’esthétique baroque franchement écoeurante, qu’on dirait issue de la collaboration entre un geek metalleux des années 80 et un fan de Pimp my ride. Certes, la photo est magnifique et la réalisation d’une maîtrise technique qui approche de la perfection. On ne s’ennuie pas, pourvu qu’on aime les cascades les plus délirantes, et il faut bien le reconnaître, on est tenu en en haleine pendant la quasi-totalité du film. Ceci dit, George Miller aurait peut-être mieux fait de ne pas sortir de sa maison de retraite qu’on imagine médicalisée et bien pourvue en infirmières jeunes et court vêtues, si on en juge par les fantasmes de vieux pervers impotent que véhicule le film.

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