Mad Max ou le féminisme désséché

Il y a des oeuvres qui en disent long sur leur époque bien malgré elles. Mad Max – Fury Road en fait partie. Au premier abord, c’est un gros divertissement d’action un peu bourrin, à l’esthétique baroque franchement écoeurante, qu’on dirait issue de la collaboration entre un geek metalleux des années 80 et un fan de Pimp my ride. Certes, la photo est magnifique et la réalisation d’une maîtrise technique qui approche de la perfection. On ne s’ennuie pas, pourvu qu’on aime les cascades les plus délirantes, et il faut bien le reconnaître, on est tenu en en haleine pendant la quasi-totalité du film. Ceci dit, George Miller aurait peut-être mieux fait de ne pas sortir de sa maison de retraite qu’on imagine médicalisée et bien pourvue en infirmières jeunes et court vêtues, si on en juge par les fantasmes de vieux pervers impotent que véhicule le film.

Bien loin de la brutalité effrayante et désespérée du premier Mad Max, qui était un authentique chef-d’oeuvre, cette resucée est d’une banalité effarante dans son propos. Le film est d’un féminisme grossier : le méchant est un vieux tyran obscène et mauvais qui garde enfermé un harem de jeunes filles pour procréer et donner ainsi naissance à une armée de jeunes guerrier musclés, fanatiques et stupides, grâce auxquels ce patriarche domine une population de gueux difformes et miséreux. Toutes les figures masculines peu ou prou en position de pouvoir sont des êtres difformes, hideux, brutaux et antipathiques. Par contraste, c’est une figure féminine qui incarne la force, la liberté et le sacrifice à une cause juste : Furiosa – nom transparent- incarnée par Charlize Theron, est belle, juste et courageuse. Cependant, cette figure parfaite de vierge guerrière possède un défaut qui ne trompe pas : elle est amputée d’un bras, ce qui symboliquement, la rend évidemment infertile, et peut-être aussi coupée de sa part émotionnelle. En portant fièrement son handicap, elle a abandonné toute autre forme de fragilité authentiquement féminine. Déjà, le féminisme touche à sa limite : il exclue en définitive toute sexualité.

Car c’est ce qui manque cruellement dans ce film. On a droit rapidement à un fantasme hamiltonien caricatural quand les jeunes femmes libérées par Furiosa, toutes de blanc vêtues, abandonnent leurs ceintures de chasteté et se lavent à l’aide d’un tuyau d’arrosage en plein désert. On est à la limite de la séquence t-shirt mouillée qu’on croirait sortie d’un porno soft des années 80 – probablement un vague souvenir de jeunesse de George Miller. Le ridicule est atteint, bien malgré le film, lors de la rencontre avec une improbable bande de vielles amazones grisonnantes et ménopausées, dont les passe-temps sont, semble-t-il, faire de la moto et tirer au fusil sur des hommes. Écologiquement et matriarcalement correct, le film leur donne la garde des semences végétales, semences dont est aussitôt avouée l’infertilité : on se demande bien en effet ce que de vieilles peaux planquées dans les dunes sans homme à l’horizon peuvent bien avoir de fertile. C’est là à nouveaux que le féminisme bon ton de George Miller se prend le mur de la réalité : ces improbables guerrières qui ressemblent plutôt à des lesbiennes californiennes finissantes issues d’une communauté new-âge ne pourront être d’aucun secours à donner la vie. Elle savent tuer, mais pas enfanter.

La seule idylle, bien sage au regard des excès visuels du film, se tisse entre un jeune guerrier gagné à la cause rebelle et une des jeunes filles nubiles. Union chaste qui se matérialisera par un rapide bisou sur la joue et un gentil câlin tout mignon. Le féminisme latent révèle ici une pudibonderie excessive et ridicule, qui ressemble fort à une peur panique du sexe.

Un peu perdu dans tout cela, Tom Hardy, qui joue Mad Max en personne, promène une virilité brute mais relativement douce, dont la puissance monolithique paraît totalement désemparée et inutile dans ce monde terrorisé par le sexe. Lui-même semble ne pas trop savoir que faire de sa masculinité que le film tente maladroitement de cacher au départ derrière une sorte de pseudo-folie à laquelle on ne croit guère. Évidemment, on attend que Max se tape Furiosa : Tom Hardy et Charlize Theron, voila un couple qui pourrait sacrément bien repeupler le monde désert du film. Mais non, il ne se passera rien, et à la fin, Max préférera tourner le dos et repartir dans son coin. En effet, que peut donc bien faire un homme, un vrai, dans un monde où la seule femme un peu intéressante est une vierge guerrière amputée de sa féminité, et où l’avenir semble être la domination d’une bande de jeunes bombasses pénibles de pruderie et de naïveté sur un peuple de clochards difformes ?

Paradoxalement, c’est la grande leçon de ce film : face au monde ultra-féminisé qui se prépare, il vaut mieux se tirer.

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3 commentaires pour Mad Max ou le féminisme désséché

  1. kobus van cleef dit :

    c’est pas con
    se tirer
    aller chercher les vraies femmes ailleurs
    dans leur majorité , elles peuplent les sites de rencontre exotiques ( asie du sud est) et slaves
    c’était d’ailleurs le sujet d’un navet avec michel blanc il y a quelques années (« je vous trouve très beau »)
    il est d’ailleurs assez symptomatique que les filles slaves raffolent des ouest-européens un peu complexés et mollassons et se contentent de mecs qui ne picolent pas plus que de raison et ne leur collent pas de dérouillée hebdomadaire
    et que les filles ouest-européennes , sur diplômées et revendicatrices , finissent en général avec des machos moyen-orientaux qui les trompent ( lorsqu’ils ne les avoinent pas ) et foutent le camp au bled avec les gosses ( les garçons , pas les filles ) ou alors finissent seules
    avec un chat et une bibliothèque progressiste

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  2. Vous caricaturez. Les européennes surdiplômées finissent avec des mecs qui leurs ressemblent, c’est-à-dire avec des femmelettes surdiplômées. Des mecs façon youtubers promus par canal+, du genre le loukoum de « Bref » qui se pignole sur ses problèmes de trentenaire pré-pubère. En face, y’a des abrutis illettrés qui carburent à la boxe thaïe et à la compète de quad entre deux fusillades, et qui ne rechignent pas dès qu’il faut remettre les gonzesses en place. Devinez qui va gagner à la fin.

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    • kobus van cleef dit :

      ha , je l’ai vu ce film , finalement
      dans l’avion au dessus de l’atlantique ( y avait rien d’autre d’interessant)
      parceque je suis insomniaque dès qu’on bouscule mon nycthémère ( c’est pas un gros mot )
      ffectiv’ment , ça dégouline de féminisme bien gluant avec des gros morcifs de bon sentiments dedans
      à la décharge du cinéaste, si le héros mâle avait foutu le camp en laissant les moukères dans la panade, ça aurait abrégé le moovie ( il faut tenir 90 mn , format imposé ….on est loin des 7 heures de satantango par bèlà tarr ……dont j’ai savouré chaque minute )
      le seul truc qui m’a amusé c’est les war-boys ( vous allez dire qu’il m’en faut peu , et qui suis je pour vous contredire ) et les trouvailles verbales ( globulard est très adapté comme terme pour un donneur universel…..)

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