On se détend

Thierry Marignac était l’invité de Méridien Zéro l’autre jour. Je vous engage vivement à écouter cette émission, on ne s’y ennuie pas une seconde ! De la gouaille, du vécu, de l’authenticité, de la finesse… Et puis, bien sûr, lisez ses livres. Si vous ne devez en retenir que trois, je vous conseille évidemment Fasciste, trait de génie écrit à tout juste 25 ans, À quaiprobablement sont meilleur livre, tout en ambiance – et Renegade Boxing Club, authentique plongée dans le monde de la boxe au coeur des ghettos noirs américains.

L’homme est un boxeur, un poète et, quelque part, un punk. Et un gentleman. Il vaut le détour. Et pendant que vous y êtes, faite un tour sur son blog : http://antifixion.blogspot.fr/

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Nous partîmes cinq cents

« Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort / Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port »

C’est beau, hein ? Sauf que ça pourrait être la légende illustrant les photos de ces hordes de migrants qui marchent sur les routes de Slovénie ou de je ne sais où. Il paraît qu’en 10 jours, 100 000 migrants sont entrés dans ce petit pays, soit l’équivalent de 10% de la population. Ça commence sérieusement à ressembler à une invasion, et il semble que la source ne soit pas près de se tarir. Je me demande comment tout cela va finir. Mal, très certainement. Entre les viols, les bagarres générales et les caillassages de flics, on ne peut s’empêcher de sentir comme un vague malaise pas très charlie. Surtout quand on apprend que des CRS se voient interdire de patrouiller dans le secteur musulman de la jungle à Calais. Ce qui, en un sens, est une bonne nouvelle : il y a des secteurs non-musulmans, c’est toujours ça de pris. Enfin, au moins un. Si tout cela n’est pas de la ségrégation religieuse instaurée par les migrants eux-mêmes, ça y ressemble furieusement. En tous cas, ces cohortes semblent se renouveler infiniment, et pour le coup, je ne pense pas qu’il soit excessif de commencer à s’inquiéter sérieusement, surtout que les pouvoirs publics ne semblent pas vouloir faire grand-chose pour endiguer le flot, bien au contraire. J’essaie de trouver un point positif à tout cela, mais j’ai du mal.

Au cas où vous auriez encore des doutes

Le maire PS de Clichy-sous-Bois a inauguré une stèle à la mémoire des deux ados qui, il y a dix ans de ça, ont fuit stupidement un contrôle de police et ont eu la bonne idée d’aller se faire griller la couenne dans un transformateur EDF. Leurs corps, si je me souviens bien, ont été inhumés « au pays », c’est-à-dire en Afrique. Belle leçon de patriotisme, ça fait chaud au coeur de voir des petits Français aussi Français que vous et moi dont les parents aiment tant la France qu’il ne lui confierait pour rien au monde les restes de leurs chers disparus. Bon. Comme si ça ne suffisait pas, les deux mômes ont aussi droit à leur rue. Histoire de bien rappeler à tout le monde qui fait la loi dans ce pays. Et aussi pour les politiciens d’assurer un peu leur clientèle électorale. Vous avez compris le message ?

Évidemment, pas une pensée pour les deux pauvres types qui sont morts suite à des agressions pendant les émeutes qui ont suivi. Ils s’appelaient Jean-Jacques Le Chenadec et Jean-Claude Irvoas, et avaient le malheur d’être de braves contribuables honnêtes. Eux ont probablement été inhumés en France.

Bref, tout ça me fout la gerbe. Des petits voyous valent plus que nous, pauvres cons de Français tout justes bon à payer, et payer encore. Et histoire de bien s’énerver, relisons un peu l’article hagiographique à la gloire de ces petites frappes de quartier qu’à osé écrire à l’époque une journaliste du Monde. Y’a de quoi devenir cinglé. Dans ces moments-là, je comprends que les politiciens ne veuillent surtout pas que les citoyens honnêtes aient des flingues chez eux. Tout ce cirque, on pourrait avoir envie que ça finisse une bonne fois pour toute. Hélas, les clowns et les fauves vont continuer leur numéro encore un peu. Ils auraient tort de se priver, tant que les spectateurs payent…

Putain de camion

Un car plein de vieux se prend un camion. Full frontal sur une route bien sinueuse. Plein de morts. Bon, ben désolé, mais ça arrive. Ça s’appelle un accident : imprévu, statistiquement inévitable. À moins d’arrêter totalement toute circulation de tout véhicule quel qu’il soit pour les siècles des siècles, il y a aura toujours des accidents. Pas de chance, c’est la vie. Mais voila : c’est une bonne aubaine pour les politiciens de tous bords, qui vont montrer leurs sales faces et leurs mines faussement contrites dans un grand rassemblement médiatique. Un hommage comme si ces morts étaient des héros, alors que ce sont juste des gens qui n’ont pas eu de chance, et qui, probablement, avaient vécus amplement – à part le petit garçon de 3 ans qui, lui, avait un avenir, et qui, du point de vue de la vie pure, est une plus grande perte. C’est ridicule. C’est grotesque. Foutons la paix aux familles endeuillées, ça sera déjà bien. Tout cela n’est pas une catastrophe nationale, c’est juste un accident débile et dramatique, qui, au bout du compte, fait nettement moins de morts que les suicides annuels d’agriculteurs, par exemple… On a les héros qu’on peut, et c’est bien ça qui me pose problème. Quand on se met à traiter des victimes impuissantes comme si elles avaient résisté au feu de Verdun, c’est qu’il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond. Mais tout cela finira comme d’habitude : un jolie plaque sur le bord de la route, quelques discours bien sentis pour justifier un peu plus de radars sur les lignes droites des autoroutes, et c’est tout. Pour la caste politico-médiatique, ce n’est que business as usual.

Hail to the King

41A3r76NFFL._SX309_BO1,204,203,200_J’ai aimé John King immédiatement. C’était il y a plus de 10 ans maintenant, je découvrais son premier livre  : Football Factory. Une histoire de hooligans, brute, directe, authentique. Un style précis, sobre, vécu. Premier ouvrage d’une trilogie. Suivront England away et Headhunters. Toujours les hools. Et à travers eux, la véritable working class anglaise. Peut-être là encore un monde en voie de disparition. John King est, authentiquement, un écrivain qui sait de quoi il parle. Un mec qui a vu la vie dans le dur. L’anti Nick Hornby, en quelque sorte. D’un côté le bobo sympathique, de l’autre le prolo punk. Deux faces de l’Angleterre. D’un côté, l’humour désabusé du blanc cultivé, de l’autre l’humour rugueux de celui qui aime le foot et la castagne. Dans les deux cas, la musique est toujours là, et on imagine bien que les deux ont chanté Wondewall sinon au pub, du moins sous la douche.

Human_PunkSon meilleur livre est, à mon sens, Human Punk. Moins brutal. Plus poétique. Plus abouti. Plus personnel peut-être aussi. On y touche de plus près la mélancolie, presque le désespoir de cette lower-middle class qu’il dépeignait rageuse et goguenarde dans sa trilogie hooliganesque. Sous la violence, une sorte de blessure et de nostalgie.

Suivent ensuite White Trash , et The Prison house, que je n’ai pas eu la chance de lire, et le plus récent, Skinheads, sorte de fresque dans laquelle se lit clairement la nostalgie de l’époque bénie où le skin anglais était un authentique représentant d’une sous-culture vivante avant que d’être juste un épouvantail journalistique. Ce dernier opus n’est pas aussi fort que les premiers livres : on a comme l’impression que John King n’a pas réussi à complètement formuler ce qu’il voulait dire. Mais un bon livre quand même.

Lisez John King. Cet homme est pour moi une grande source d’inspiration.

 

Remerciements

Merci à tous ceux qui sont venus me voir et, pour certains, m’acheter mon livre vendredi soir à la soirée Livr’arbirtre. N’hésitez pas à me faire part de vos critiques et commentaires.D’autres aventures suivront, n’en doutez pas.

Si vous aimez ce livre, je vous conseille vivement de lire aussi Les petits blancs, d’Aymeric Patricot, dont j’ai déjà parlé. C’est une autre approche, un autre style, mais tout y est frappant.