La vodka du président

Il y a 10 ans de cela, j’étais dans le transsibérien. Je ne parlais pas un mot de russe, ou presque, mais le voyageur finit toujours par se faire comprendre. Question de nécessité souvent, mais aussi de simple besoin de communiquer avec un frère humain. Voila donc que je devais partager un compartiment avec trois Russes. Un couple et un ancien soldat, qui me montra fièrement son tatouage des forces spéciales. Ils étaient étonnés de rencontrer un improbable Français si loin de chez lui au coeur de l’hiver sibérien, avides de questions. Je leur ai fait comprendre tant bien que mal que j’allais en Chine, et eux, probablement impressionnés du périple, m’ont aussitôt proposé de la vodka. Une bouteille dont l’étiquette annonçait « Putinka ». Et fièrement, les deux hommes russes – car la femme parlait peu – m’ont expliqué que c’était la vodka du président. Et ma foi, ils en étaient sacrément fiers.

Poutine, c’est un peu l’homme qui a redonné sa fierté à la Russie après les calamiteuses années Elstine. Après le chaos post-communiste dans lequel se mouvaient allègrement les mafias et les oligarques. Voyez tout simplement Un Nouveau Russe de Pavel Loungnine, qui décrit assez bien la période. Poutine, avec son image de dirigeant inflexible, fort, impitoyable, impressionne. Surtout en occident parmi les patriotes et autres nationalistes de tous poils. À l’inverse, il fait contre lui l’unanimité de la caste politico-médiatique, ce qui, il faut bien le dire, suffit à le rendre sympathique. Un homme détesté par nos élites ne peut être totalement mauvais. À dire le vrai, je ne crois pas être bien versé dans tout ce qui concerne la Russie. Mon bref passage dans cette contrée, qui date un peu maintenant, m’a laissé l’impression d’un pays immense qui devrait être au moins aussi puissant que les États-Unis. Mais je ne peux me laisser aller à une admiration inconditionnelle pour la Russie, qui m’a toujours parue un peu provinciale, un peu plouc, et surtout très lointaine. Cette immense terre, toute de continent, m’angoisse. Je me sens mal trop loin de la mer, et s’il est bien une puissance terrienne dans ce monde, un heartland, c’est la Russie. L’âme russe me met mal à l’aise : mélange de brutalité, d’exaltation, d’épanchement sentimental et de froid calcul. J’avoue ne pas vraiment comprendre ces gens, même s’ils sont capables d’être authentiquement généreux et sympathiques, comme j’ai pu l’expérimenter personnellement.

Je comprends cependant que Poutine puisse inspirer de l’admiration, surtout par contraste avec les chiffes molles qui tiennent lieu de politiciens en occident. Mais je ne me laisse pas totalement subjuguer par ses gros muscles de judoka ou ses discours sur un monde multipolaire. En vérité, ce qui nous impressionne chez Poutine, c’est le fait, qui devrait pourtant être banal, que cet homme fait la politique de son pays, et pas celle d’un autre. Il semble que nous ayons un peu oublié cela, nous dont les élites sont ouvertement hostiles à la population. Nous sommes pour eux moutons à tondre ou ennemis à détruire. Au mieux marchepieds de leurs ambitions. Au contraire, Poutine semble se soucier d’abord et avant tout de l’avenir de son pays. Mais cela ne doit pas nous aveugler : il ne viendra pas nous sauver juste pour nous faire plaisir, et je pense que si demain il lui paraissait vital de torpiller la France, il n’hésiterait pas un instant. Pour l’heure, il me semble plus digne de confiance que nos dirigeants, et je crois même qu’il se soucie nettement plus qu’eux du bien-être du peuple français. Pourvu que cela puisse durer. Ceci étant, notre actuel président est un ancien de l’ENA. Poutine, lui, était au KGB. Forcément, ça ne joue pas dans la même cour.

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7 commentaires pour La vodka du président

  1. Bonjour mon cher,
    vous avez été plutôt productif ces derniers temps et tant mieux.
    Pour ce qui est de la Russie, j’aime ce peuple et ses us et coutumes.
    J’ai l’immense privilège de séjourner en 2011 à St-Petersbourg où j’ai pu profiter de la richesse culturelle et historique locale.
    Entre cathédrales et L’Hermitage, sans parler des très jolies poupées russes que j’ai croisées, nous sommes loin du côté « plouc » que vous dénoncez mais il est sûrement vrai qu’il s’agit d’une exception St-Petersbourgeoise, la Russie est tellement vaste.
    Je partage complètement votre avis sur Poutine.
    Bonne continuation.
    Amitiés.

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    • Le mot de « dénoncer » me paraît un peu fort. Disons que je ne me sens pas trop d’affinités avec la Russie, même si j’en reconnaît les qualités. Quand je parle du côté « plouc », il faut l’entendre par rapport à l’occident, dont viennent quand même les choses les plus stimulantes. Simple exemple que les amateurs de moto comprendront : Triumph est une marque anglaise, on aurait du mal à trouver l’équivalent en Russie, que ce soit en terme d’esthétique ou de performance. Ceci dit, rien ne vaut la kalachnikov sur ces critères, avec en plus l’avantage de la rusticité.
      Mais quoi, les Sex Pistols, les Rolling Stones et Kasabian sont Anglais…

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      • kobus van cleef dit :

        triumph c’est aussi une marque de sous vêtements féminins….
        ceci dit , si mes finances étaient en hausse et si personne ne dépendait de moi, je m’offrirais bien une bonneville ….

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  2. Arnaud D dit :

    A reblogué ceci sur Chroniques désabuséeset a ajouté:
    Voilà, tout est dit dans ce billet qui exprime bien ce que j’éprouve au sujet de Poutine.

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  3. kobus van cleef dit :

    ha….st petersbourg c’était en 2004
    au lendemain de l’attentat à l’avion piégé ,et la prise d’otage de beslan
    j’ai d’ailleurs assisté à une baston dans le métro entre souchards et culs noirs ( caucasiens )
    ça déboîtait sévère
    faut croire que j’ai pas trop la tronche d’un mahométan puisqu’ils m’ont laissé peinard
    il me plairait infiniment de me baguenauder en trans sibérien, il ne me reste qu’à convaincre madame van cleef
    autant dire que c’est mission impossible

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  4. Robert Marchenoir dit :

    Poutine ne se soucie nullement de son pays. Vous confondez les faits et la propagande. Vous croyez tout ce que dit François Hollande ? Non ? Alors pourquoi croyez-vous tout ce que dit Vladimir Poutine ?

    Quant à faire l’éloge du KGB par rapport à l’ENA… Où avez-vous vu que les dictatures militaires soient mieux dirigées, plus prospères, plus pacifiques et plus heureuses que les pays menés par des civils ? A l’école du KGB (qui existe effectivement, et qui a un statut assez comparable à l’ENA), on apprend entre autres choses à mentir et à tuer sans traces. Vous pensez sérieusement que cela fait des bons chefs d’Etat ?

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    • Je ne crois pas ce que dit Poutine, je crois ce qu’en disent des Russes du peuple que j’ai rencontrés. Ceci dit, oui, je crois que Poutine se soucie un peu plus de la Russie que Hollande de la France. D’ailleurs, je crois en partie ce que dit Hollande : toutes les conneries qu’il fait, ils les a d’abord annoncées, on ne peut pas se plaindre qu’il ait menti sur sa campagne électorale.

      Le KGB contre l’ENA : vous manquez d’humour apparemment. Mais là encore, l’ENA ne peut pas se targuer de fabriquer des gens aussi efficaces que le KGB. Le KGB a fabriqué au moins un bon chef d’État, alors que l’ENA n’en a fait aucun. Mais vous êtes peut-être totalement hostile à Poutine, ce que je peux comprendre. Je ne cherche pas à vous convaincre.

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