Fils et fille de…

Pour bien commencer l’année, un petit conseil de lecture : Fils et filles de…, une enquête journalistique qui expose en détail le népotisme chronique qui sévit en France dans tous les domaines. Politique, affaires, et surtout spectacle, l’hérédité prime. On en est revenu à l’Ancien Régime, l’hypocrisie en plus.

Le meilleur chapitre concerne l’éducation, et c’est celui qui m’a le plus énervé. On y (re)découvre toutes les écoles pour les rejetons de nos élites. Ils s’y côtoient tous dès le plus jeune âge dans des conditions extrêmement favorables. Que l’élite veuille le meilleur pour ses enfants, c’est bien naturel, et après tout, s’ils en ont les moyens, ils auraient tort de se priver. Sauf que ce sont souvent les mêmes qui nous expliquent que l’école républicaine pleine de divers, c’est ce qu’il y a de mieux. Pour nous les gueux, bien sûr.

Dans un genre différent, on visite aussi le monde merveilleux des dynasties du cinéma et de la chanson. Il semble que la quasi-totalité de la génération actuelle de comédiens soit des fils ou filles de – ce qui au passage explique peut-être l’état de créativité proche de zéro du cinéma français. Je connais le problème de près, et pourtant j’étais loin de tout savoir ! Je regrette juste que les auteurs du livre n’aient pas mentionné que c’était aussi une manière de conserver le fric dans la famille : devenir comédien de premier plan quand on est jeune assure rapidement des revenus que même des gens très qualifiés ayant fait carrière dans des branches bien rémunérées n’obtiennent qu’après de longues années.

En politique aussi, le népotisme est de mise, et il est rare que cela permette l’émergence de personnalités remarquables, bien au contraire. Le seul domaine dans lequel la transmission intra-familiale soit à mon avis justifiée, c’est celui des affaires, où l’on comprend aisément que le fondateur d’une entreprise qui fonctionne souhaite la transmettre à son héritier.

Le livre se lit vite et n’est pas avare d’exemples. C’est le genre de bouquin qui m’énerve au plus haut point, et me désespère en même temps. Une fois la lecture terminée, on se sent comme un manant, un gueux, et on se dit qu’en France, rien n’est possible si personne ne peut vous mettre le pied à l’étrier. Au fond, que les privilégiés restent entre eux, pourquoi pas. Le problème, c’est que pendant ce temps, ils nous chargent de gérer au quotidien les dommages collatéraux de la diversité et nous crachent à la gueule dès que nous remettons en question l’impact que tout cela a sur nos vies.

Tout ceci est finalement assez triste. J’aimerais pouvoir admirer nos élites, je ne peux que les détester. Je n’ai jamais eu beaucoup de sympathie pour la période révolutionnaire, mais parfois, je comprend que certains aient pu éprouver le plaisir mesquin et jaloux de promener des têtes sur des piques.

 

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Un commentaire pour Fils et fille de…

  1. Popeye dit :

    je crains malheureusement que nombre de têtes qui ont roulé n’étaient pas celles qui l’auraient le plus mérité…
    Tout changer pour que rien ne change…et rester du bon côté, celui du manche.

    J'aime

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