Calais

J’ai vu Calais. Il faisait nuit, il pleuvait, et je ne suis pas sorti de l’autoroute, qui m’a mené directement au port. On peut embarquer à Calais sans rien voir de la ville, sans presque savoir qu’elle est là. Mais on ne peut manquer les barrières.

Les derniers kilomètres de l’autoroute qui se transforme en voie rapide pour se déverser dans le port sont encadrés de grillage. Un beau grillage blanc, tout neuf, qui s’étend des deux côtés, qui enferme la route. Ce n’est pas une simple barrière de métal, c’est une double clôture de plus de cinq mètres de hauteur, couronnées de barbelés, qui forme comme un no-man’s land de quelques mètres de large, une sorte de couloir entre les deux grillages. Dans cet espace, il n’y a rien. Au delà de la clôture, des réverbères éclairent vers l’extérieur, pour que personne ne puisse approcher à la faveur de la pénombre.  Ce long grillage possèdes des portes à intervalles régulier, devant lesquelles des camions de CRS veillent en permanence, gyrophares allumés. Si on n’était pas prévenu, on se dirait qu’on longe une zone militaire ultra-sensible. C’est le genre d’endroit qu’on imagine parfaitement dans un film de science-fiction apocalyptique. Un couloir de la peur qui empêche des hordes de zombies ou de mutants d’attaquer les vivants. Mais non, c’est à Calais. La jungle, je l’ai aperçue de loin, sous la pluie. Une vague étendue de bâches en plastique qui se perdaient dans la nuit, rien d’autre. Il n’y avait presque personne sur la route ce soir-là. L’ennemi est demeuré invisible. Nous avons pu aller au bout de cet étrange couloir sans menace ni peur.

On peut imaginer une sorte de futur hostile, divisé entre zones sécurisées et grillagées et un extérieur violent, agressif, dangereux. Un monde dans lequel les portions de territoires contrôlés seront de plus en plus ténues, un monde dans lequel tout ce qui ne sera pas sous étroit contrôle policier finira dans l’abandon et l’anarchie. Ce grillage, c’est notre mur d’Hadrien contre les barbares, c’est notre limes. Absurdité de la chose : l’édifice est dressé non plus aux confins de l’empire, mais au coeur même de notre territoire. Ce n’est pas une frontière : la division est déjà là.

De toutes façons, les murs contre les barbares n’ont jamais été vraiment efficaces. Ils finissent tôt ou tard par céder. La seule chose qui ait jamais fait reculer un envahisseur, c’est la détermination d’un peuple à ne pas se laisser faire. Alors les grillages de Calais et les quelques flics trempés qui patrouillent toutes la nuit, ça laisse comme un drôle de doute. Un jour aussi ce grillage finira rouillé et plein de trous.

 

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Un commentaire pour Calais

  1. Popeye dit :

    Tout obstacle doit être battu par les feux.

    INF202, règlement d’emploi de la section d’infanterie, chapitre coopération inter-armes, paragraphe Génie.

    Donc si on n’est pas déterminé à « battre l’obstacle par les feux » on gagne un peu de temps, mais cela revient à uriner dans un Stradivarius.

    J'aime

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