Buster Keaton

Le vrai génie comique du cinéma muet, c’est Buster Keaton et non pas Charlie Chaplin. Chaplin était un virtuose et un travailleur acharné, mais il n’avait pas le génie de Keaton. Buster Keaton était à l’évidence un acrobate et un cascadeur hors-pair, talent nécessaire à une époque où se faire doubler pour les scènes dangereuses était hors de question. Sa gestuelle aussi bien que ses gags sont extraordinaires et fonctionnent toujours aujourd’hui, à presque 100 ans de distance. Ses films n’ont pas pris une ride. Son personnage d’homme qui ne sourit jamais, tout en distance et en détachement, donne une force insoupçonnée à la moindre situation. Il n’est pas victime des événements : à la fois protagoniste et témoin intrigué, c’est toujours le flegme qui prend le dessus. Cet homme donne toujours l’impression qu’il aurait aimé être ailleurs, mais que puisqu’une situation se présente, il faut bien l’affronter.

Un de ses successeurs les plus marquants est Jackie Chan, qui lui aussi effectue toute ses cascades et travaille des gags visuels dans lesquels aucun trucage ne vient s’immiscer. On peut ne pas aimer le contexte très chinois de ses films (sa carrière américaine est plutôt faiblarde à mon avis), mais la dynamique de Jackie Chan est impressionnante. Lui cependant est une sorte de clown sympathique, alors que Buster Keaton était d’autant plus intéressant que son personnage n’était absolument pas drôle ; sérieux sans être sinistre, Keaton gardait envers et contre tout une extraordinaire dignité dans tous ses gags.

Par comparaison, Chaplin n’a jamais été qu’un clown triste et franchement creepy, comme disent les américains, c’est-à-dire un personnage à la fois inquiétant et malsain. Ce demi-nabot contrefait, victime et maladroit m’a toujours été insupportable et me met très mal à l’aise. Il y a chez Chaplin un perfectionnisme indéniable et des trouvailles mémorables, notamment certaines scènes du Dictateur (qui est par ailleurs un film de propagande assez grossier) mais dans l’ensemble, sa carrière parlante est peu intéressante. Chaplin me fait souvent penser à Bourvil qui se complaisait dans un personnage de demi-débile tout aussi malsain dont je ne comprends pas qu’il ait pu susciter un tel engouement. Il est même inquiétant de penser que les Français aimaient apparemment se voir représentés comme des attardés mentaux sympathiques.

Buster Keaton avait amené si haut le comique visuel qu’il s’est naturellement arrêté avec l’arrivée du cinéma parlant, dans lequel il n’avait plus sa place. On peut d’ailleurs le voir faire une apparition dans Sunset Boulevard de Billy Wilder, justement dans le rôle d’une gloire éteinte issu du muet.

Ses courts-métrages sont à voir et à revoir sans modération. Les longs-métrages sont bons, mais fonctionnent un peu moins bien aujourd’hui pour nous qui sommes habitués à des rythmes différents dans la durée. Et n’oubliez pas non plus Harold Lloyd, qui est presque aussi bon.

Tout cela a au moins le mérite de nous faire oublier un peu tout ce que notre époque a d’inquiétant, de vulgaire et de déprimant.

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Les parasites contre le peuple

Pour s’opposer à l’évacuation imminente de la jungle de Calais, 260 « organisations et personnalités » ont signé une lettre ouverte à Cazeneuve. Qui trouve-t-on dans cette liste ? Quelques élus d’extrême-gauche écologiste, des cinéaste, une palanquée de profs, quelques responsables associatif et de vagues « artistes ». Bref, que des gens qui vivent de nos impôts et qui ne songent pas une seconde à venir acheter une maison en face de cette fameuse jungle. Toujours la charité sur le dos des autres, qui est le fait d’une poignée de saltimbanques et de clercs, demi-intellectuels inconnus, tous soutiens indéfectible du régime qui les payent. Ils se prennent évidemment pour des résistants, alors qu’ils sont, comme de tous temps, les éternels collabos du régime, quel qu’il soit. Hier, c’était Sartre demandant respectueusement à la kommandantur l’autorisation de faire jouer une pièce, aujourd’hui, ce sont ces parvenus de l’intelligence et amuseurs de seconde zone qui viennent défendre l’envahisseur contre l’autochtone.

Tous ont le même profil : non pas hommes d’action, entrepreneurs, mais rats de bureaux et d’amphithéâtre ou frimeurs de la « culture ». Des parasites, des incapables, qui non content de ne savoir exercer une profession réellement productives, se posent en donneur de leçons. Des gens dont la carrière autant que la position sociale ne connaissent pas le risque. Bref, pour le dire simplement, des branleurs.

La palme revient au comédien anglais Jude Law venu en personne soutenir les clandestins à Calais. Voila un acteur riche à millions qui ne veut rien tant que des miséreux restent dans leur taudis en emmerdant les pauvres qui habitent dans le voisinage. Évidemment, lui ne se déplace certainement jamais que de palace en palace, avec gardes du corps et chauffeur. Sommet d’hypocrisie et de mépris tout autant que d’aveuglement d’un millionnaire ultra-protégé. Je ne nie pas son talent, et je ne lui en veut pas de l’avoir converti en espèces sonnantes et trébuchantes, mais j’aimerais qu’il reste chez lui à jouir de son fric plutôt que de venir nous emmerder. J’ai déjà dit ce que je pensais des comédiens. L’Église refusait de les enterrer, je commence à croire qu’elle avait bien raison : ces gens sont des bouffons qui ne devraient jamais être considérés autrement. La starisation leur fait perdre la tête, et ils s’imaginent avoir une importance hors de leur champ de compétence, ce qui est néfaste au plus haut point. Ce sont des cons, ne l’oublions pas.

En grec, acteur se disait hupocrites – ce qui a donné le beau mot d’hypocrite, comme vous l’avez bien compris.

Aldo Sterone et le Titanic

Certains d’entre vous connaissent probablement déjà Aldo Sterone et ses vidéos invariablement tournées dans sa voiture dans lesquelles il nous livre ses réflexions souvent bien tranchées sur tout ce qui concerne l’islam et l’islamisation des sociétés occidentales. Aldo Sterone a aussi écrit trois livres. J’ai lu le dernier qui concerne le naufrage du Titanic.

Titanic_Aldo_SteroneC’est un sujet assez étonnant et même un peu bizarre, qu’on n’attendait pas du tout de la part d’un tel personnage, mais il s’intéresse apparemment à des sujets très divers. Vous ne trouverez pas dans ce livre de propos sur la situation actuelle de l’Europe, et le naufrage du Titanic n’est pas à prendre comme une quelconque métaphore. Dans son livre, intitulé Laissez couler le Titanic, Aldo Sterone raconte comment le naufrage du Titanic a peut-être été l’une des plus grosses arnaque à l’assurance jamais organisée. Je n’en dirais pas plus, vous pourrez lire tout cela par vous-même. On sent que l’auteur s’est documenté sur le sujet, même si les références manquent un peu, ce qui confère une tonalité vaguement complotiste à l’ensemble. Cependant, je ne crois pas que ce soit le cas : les doutes et faits avancés par Aldo Sterone sont solides, bien qu’on aimerait pouvoir lui poser quelques questions sur certains points de sa thèse. Le style est parfois un peu lourd et lesté d’anglicismes pas toujours heureux (l’auteur vit à Londres) mais l’ensemble est tout-à-fait passionnant.

Le naufrage du Titanic ne m’avait jusqu’ici jamais vraiment intéressé : trop vieux, trop cliché – ma défunte grand-mère se souvenait de la chansonnette de l’époque qui vantait le gigantisme du paquebot. Avec le livre de Aldo Sterone, j’ai trouvé le sujet intéressant car traité sous un angle inédit, et j’ai même été très surpris de constater qu’il existait encore aujourd’hui des entraves légales à l’exploration de l’épave, preuve que le naufrage recèle encore des secrets pas forcément avouables.

Le mieux est encore de vous faire votre opinion par vous-même. Le livre se lit vite et donne à réfléchir. En avant !

 

Made in France ou l’éternel aveuglement

Made in France est un film maudit au thème prometteur : suivre des djihadistes authentiquement « français » dans leur parcours destructeur. Film maudit, car il devait sortir la semaine suivant le vendredi 13 novembre. Effrayé, le distributeur a préféré repousser l’échéance et le film n’est finalement jamais sorti en salle. Il est désormais disponible en vidéo à la demande, et pour ceux qui comme moi estiment que le cinéma français est suffisamment financé par nos impôts, il est possible de le voir gratuitement en streaming. Quoi qu’il en soit, l’aura sulfureuse de ce film et son sujet courageux le rendait déjà digne d’intérêt. Je l’ai donc vu, et je dois dire qu’il n’est pas si mauvais que ça.

Le film est correctement réalisé, la mise en scène est sobre, sans effet tape-à-l’oeil ou grandiloquent. Il y a par moment la tentation d’en faire un peu trop, comme dans la scène un peu clichée et pas très convaincante de la fusillade, mais elle est vite bridée, peut-être par le manque évident de moyens du film. Cette réalisation un peu brute hésite entre le thriller psychologico-policier et le film de banlieue à tendance faussement naturaliste. Finalement, après un démarrage qui laisserait croire à la première option, c’est le drame psychologique de groupe qui l’emporte. Il faut reconnaître que de ce point de vue, le film est plutôt réussi : malgré des personnages un peu stéréotypés, on finit par être emporté dans une tension croissante qui s’établit entre les membres de la cellule djihadiste qui fonctionne en vase clos, toute orientée vers le seul but de commettre un attentat, et fatalement travaillée de tensions internes qui vont croissant au fur et à mesure que s’approche l’échéance fatidique.

Cependant, les personnages de ce drame manquent un peu d’envergure et de profondeur. Dans un souci de présenter un éventail large, très « black-blanc-beur » façon fin 90’s, le film peine à éviter le cliché. Au sein de cette bande de djihadistes un peu paumés, il y a Driss, le rebeu boxeur bien vénère, radical, mais, évidemment, intègre (il refuse de tuer des innocents). Son pote Sidi, c’est un noir gentil et sensible, plein de doutes – personnage de loin le plus sympathique de tous mais dont on sent bien qu’il ne fera pas long feu. Il y a aussi Christophe, le français converti qui veut absolument se faire appeler Youssef. Fils de famille catho, il pourrait être crédible mais est beaucoup trop boloss pour ne pas être immédiatement agaçant, et son personnage peine à relever la tête dans la suite du film : ce sera toujours un bouffon et une lopette. Il y a aussi Sam, le pivot du film, « héros » à travers les yeux duquel le spectateur est invité à découvrir le drame se nouer. Journaliste franco-rebeu infiltré, intello, parlant arabe et connaissant le coran, ce personnage est surtout un classique du cinéma français contemporain : le bobo trentenaire pleurnichard à posture morale qu’on prend en grippe aussitôt. On le voit bien aller à un concert des Eagles of Death Metal, n’est-ce-pas… Le leader de toute cette petite bande, c’est Hassan, une sorte de psychopathe sanguinaire et mythomane, soit-disant revenu d’Afghanistan avec des ordres. Il ne parle pas arabe, comme par hasard, et semble plus fanatique du fanatisme que vraiment musulman.

C’est là que le bât blesse : même si l’intrigue psychologique est bien menée, le réalisateur persiste à s’aveugler, comme tout le reste de la caste médiatique française, sur les véritables ressorts de la radicalisation islamique. On ne sait pas pourquoi ces gars-là veulent faire le djihad. Il y a bien une vague explication au début sur la « décadence occidentale » sur fond de pornographie. Un peu plus tard, c’est Sidi qui en veut à l’armée française d’avoir tué son cousin au Mali. Mais dans le fond, aucun questionnement sur ce qui pousse à l’envie de destruction. On se demande ce qui est « made in France » là-dedans : si le réalisateur nous épargne l’éternelle explication sociale victimaire, il ne cherche pas non plus à comprendre l’essence spirituel du fanatisme religieux, pas plus qu’il ne se demande si, justement, c’est tout autant la décadence pornographique de l’occident que le « vivrensemble »  républicain parfaitement creux et mensonger que rejettent les djihadistes « made in France ».

En définitive, le film nous assène la conclusion par la voix du journaliste bobo musulman : la vraie « foi » doit pousser les gens à l’amour.  Basique, sans risque, sans courage, et, avouons-le, franchement neuneu. Tous les djihadistes de cette cellule sont en fait de braves gars, le seul vrai méchant, c’est Hassan, et il ne comprend même pas le coran. Le message est clair : il s’agit une fois de plus de dédouaner l’islam. Comme si il était encore impossible de comprendre qu’on peut être à la fois une racaille criminelle et un musulman djihadiste authentique, et que l’un est presque la condition nécessaire de l’autre. D’ailleurs, Mahomet lui-même, dont le croyant doit imiter les faits et gestes, tient plus du bandit de grand chemin que du leader spirituel. Enfin, le film refuse de comprendre que tuer au nom d’une foi ou d’un idéal, ce n’est pas uniquement être un psychopathe criminel. Une fois de plus, c’est une déclinaison du terroriste comme « déséquilibré », dont irresponsable, incapable de se rendre compte de ce qu’il fait. Comme s’il était impossible pour notre société de se représenter le fait qu’on peut vouloir tuer et mourir pour un idéal.

Reste le drame psychologique. Tout cela est un peu dommage. Le film aurait pu être très bon s’il avait trouvé le courage d’aller chercher les tenants et aboutissants d’un engagement qui, s’il nous est hostile, n’en est pas moins un choix spirituel très fort. Malheureusement, j’ai l’impression que ce n’est pas le courage qui a le plus manqué, mais la lucidité. Il y a encore un fantastique déni face à un phénomène qui nous dépasse par le degré d’engagement et de sens du sacrifice qu’il suppose.

À tout prendre, je préfère le personnage de Driss. C’est un type en colère qui assume son envie de violence. S’il avait en plus été une vraie racaille, il aurait été parfait.

On se fait plaisir, c’est dimanche

Pour une fois, je vais un peu me faire plaisir sur le dos des acteurs. Ça ne coûte pas cher et ça détend. C’est Philippe Torreton et son chouinement contre le nouveau gouvernement (rires) qui m’a fait penser à tout ça.

Le problème des comédiens et autres célébrités, c’est qu’on les voit partout et que leur notoriété leur tient lieu de compétence. Ils s’autorisent à donner leur avis sur tout et n’importe quoi et le bon populo, rivé à son écran de télé, les prend au mot. Les comédiens sont des gens dangereux car ils sont très écoutés et bénéficient généralement d’un fort capital sympathie, dans la mesure où ils ne sont connus que pour des rôles justement créés pour recueillir l’adhésion du public. Ce que nous connaissons de tel ou tel comédien, ce n’est pas sa personnalité, mais celle des personnages qu’il a incarné.

Il se trouve que je connais bien le profil psychologique des comédiens car j’en ai fréquenté un grand nombre. Le comédien est en général une personnalité narcissique et instable qui recèle une fêlure existentielle. Hypersensible, toujours en représentation, le comédien a souvent une personnalité assez vide, condition nécessaire de sont métier qui est d’être le réceptacle d’émotions et de désir projetés sur lui par le public. Le comédien ne peut vivre que s’il est admiré par les autres, d’où une tendance quasi-pathologique à se faire remarquer, à occuper l’espace, ou au contraire à s’enfermer dans un mépris souverain pour le commun des mortels. Sujet à des caprices, le comédien ne peut exister s’il n’est pas au centre de l’attention. Il est naturellement manipulateur, corollaire de son égoïsme fondamental.

Notez bien que tous ces défauts sont nécessaire à sa profession. Le comédien manipule ses émotions, il est son propre instrument de travail. Il doit être émotionnellement plastique, d’une grande sensibilité. Ce qui fait son talent le rend insupportable au quotidien. Le comédien n’a pas besoin d’être intelligent, et la plupart d’entre eux ne le sont pas. Leur matériau de travail, c’est l’émotion, pas l’intelligence. Ils sont pour la plupart complètement incompétents sur tous les sujets qui touchent à la politique ou à la société pour la simple et bonne raison qu’ils vivent dans une bulle protégée, du moins pour les plus riches d’entre eux. De toute façon, au fond, ils s’en foutent : il leur faut être du bon côté, faire bien : leur capital sympathie est leur fond de commerce. Dès lors, un comédien se range quasiment toujours du côté du pouvoir, du politiquement correct. Il n’a aucun intérêt à jouer les trublions, il ne prospère que grâce à la masse des gens qui l’admirent. Il doit donc favoriser la quantité sur la qualité.

Le comédien est donc de gauche car cela fait bien, car les médias, support naturel de sa profession, sont de gauche. Si demain il était payant d’être réac, le comédien le serait au-delà de toute mesure. Un comédien, lorsqu’il embrasse une cause qui nous est sympathique, est une bonne recrue car il donne du poids médiatique à ladite cause. C’est un porte-parole efficace, et c’est tout.

Comme je suis affreusement partial, je ne peux que me féliciter qu’il y ait des comédiens hyper-réac, du genre Alain Delon ou Clint Eastwood, et je leur fait crédit, toute honte bue, d’une grand lucidité.

Mais cela ne doit pas nous empêcher de nous rappeler que les comédiens sont des menteurs professionnels. Quant aux comédiennes… c’est largement pire.

A propos du socialisme

Quelques vérités qu’il est toujours bon de rappeler…

Chroniques désabusées

La seule chose que le socialisme ait jamais faite pour les pauvres est leur donner beaucoup de compagnie.

Lawrence W. Reed

Le socialisme, c’est une attaque tantôt directe, tantôt indirecte, mais toujours continue aux principes mêmes de la propriété individuelle ; c’est une défiance profonde de la liberté, de la raison humaine ; c’est un profond mépris pour l’individu pris en lui-même, à l’état d’homme ; ce qui caractérise [les systèmes qui portent le nom de socialisme], c’est une tentative continue, variée, incessante, pour mutiler, pour écourter, pour gêner la liberté humaine de toutes les manières ; c’est l’idée que l’État ne doit pas seulement être le directeur de la société, mais doit être, pour ainsi dire, le maître de chaque homme – que dis-je ! son maître, son précepteur, son pédagogue ; que de peur de le laisser faillir, il doit se placer sans cesse à côté de lui, au-dessus de lui, autour…

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Vivre à côté

Ça se passe là-haut, presque sur la place de Clichy. Il y trois cafés dans la petite rue Biot. En fait, il y en a même plus, il y a toujours eu plein de restaus dans cette rue, surtout depuis que ça s’est bien embourgeoisé. Emboboïsé, qu’il faudrait dire plutôt. Enfin, voilà bien que la rue Biot arrive sur place de Clichy, juste pour voir la grosse statue, celle qui est consacrée à Moncey, la défense de Paris, tiens, drôle d’ironie. Et donc il y a les cafés en question. Le premier, c’est une sorte de grosse brasserie, toute refaite à neuve de frais, avec une déco un peu à la mode, genre bois patiné et ampoule à gros filaments. On sent le boulot. C’est là que vont les touristes, les gens qui ne savent pas où aller, attirés par les lumières et l’aspect. Un bon établissement qu’on se dit. Immanquable, il fait l’angle. Il est cher. Le Petit Poucet, c’est son nom. Juste à côté, mais alors vraiment collé, il y a le Cyrano. Un truc à prétention littéraire, théâtreux, mais juste dans le nom. Pour le reste, c’est du vaguement authentique façon 1930, avec un gros comptoir en bois et des murs bordeaux.  Tout à côté d’un théâtre justement. Là, c’est plus la même clientèle. C’est du trentenaire à lunettes carrés, bien à la mode, tout ce qu’il y a de bobo, avec des jobs probablement dans la com’ ou le marketing. Tous habillés bien pareil, avec ce négligé bien étudié, ce décontracté qui dit l’individu qui ne se prend pas pour rien, tout classe moyenne qu’il soit. Le genre canal+, Kyan Khojandi. Le trentenaire tête à claque qui n’a rien à dire, et qui le fait savoir. Je dis ça, parce que justement c’est lui qui est à l’affiche du théâtre à côté du café. En face, il y a la Baguette Magique. C’est un genre de boulangerie qui fait vaguement salon de thé, mais du style plastique pas cher, avec des néons qui font un éclairage bien moche. Une boulangerie de rebeu, avec que des arabes à la terrasse. Des hommes, bien sûr, avec des jeans pseudo-mode et des petits blousons en cuir. Gueules de mandat de dépôts qui scrutent le trottoir en faisant patienter une tasse de café. Un tout autre monde.

C’est le vivre-ensemble, qui n’est que du vivre-à-côté. Dans une drôle d’indifférence un peu gênée. Des gens qui se regroupent par affinités, par look. Personne veut côtoyer l’autre, ça serait déchoir. Y’a un endroit fait pour chacun, et puis c’est tout. Rien que de normal : on va là où on appartient.

Reste le Quick. Aujourd’hui, c’est dimanche. Il n’y a que des vieux, chacun seul à sa table. Une bonne femme à l’air usé, et quelques vieux arabes, des chibanis qui sont allés prendre un café, parce que ce n’est pas cher et qu’on est au chaud. Il y a de la place au Quick, et on peut voir la place, la circulation, les gens. C’est un spectacle pas cher. Ils sont tristes, ces vieux.  Et demain ? Le vivre-à-coté, ça ne durera qu’un temps. Qui finira par occuper le terrain ? Les chibanis, eux, ils s’en foutent. Pour eux, c’est déjà fini. Il y la place de Clichy, et une tasse de café.