Visage de l’islam trop ordinaire

Cela se passe quelque part en proche banlieue, dans une ville rouge de la petite couronne, où se côtoient bobos et racailles importées.

Il y a là un immeuble qui jadis abritait des bureaux, réhabilité par des bobos qui sont venus s’y installer dans de grands appartements confortables. Dehors, c’est une rue triste et sale qui fait grise mine sous le ciel d’hiver, bordées de petites maisons vétustes et écrasée par la masse d’une petite cité hlm. Il y a un point de deal au coin de la rue, juste devant un bar-restaurant sombre et miteux. Une bande de divers tient le pavé, attend le client, alors qu’un peu plus loin,, la racaille locale s’abrutit en fumant. Les voyous se cachent à peine pour rouler leur joint, et boivent parfois de grandes rasades de mauvaise bière pour faire passer l’âcreté de la fumée. On entend quelques hurlements ça et là, et heureusement, à cette heure tardive, l’école qui se trouve à quelques dizaines de mètres est fermée.

Dans l’immeuble pourtant, on peut entendre une lente litanie qui provient d’un des appartements, une sorte de chant rituel et répétitif qui se prolonge encore et encore, plus de deux heures durant. Ce sont des gens qui récitent les sourates du coran en boucle, chantant une vague mélodie qui finit par être abrutissante, sorte de bruit de fond qu’on perçoit quand on est sur le palier. À force de répéter encore et encore les mêmes versets, ils s’hypnotisent et se lavent le cerveau. Tout cela commence par le nom d’Allah répété à l’infini pendant près d’une heure, puis un verset, puis un autre. Tout cela tourne en boucle. D’un coup, le chant s’arrête et ne provient plus que quelques échos de discussion. On sent aussi une forte odeur de nourriture épicée, et il semble bien que la soirée se finisse par un repas, après 3 heures de prières non-stop et une heure de discussion. Finalement, il est près de deux heures du matin quand les derniers s’en vont.

C’est une sorte de mosquée clandestine.

Ils doivent être une dizaine, peut-être quinze ce soir. Quelques jeunes en djellaba, d’autres un peu moins jeunes, habillés de façon ordinaire. Que des hommes. Et surtout, il y a quelques blancs. Trois ou quatre authentiques français de souche, que rien dans leur allure ne distingue. Impossible de savoir qu’ils sont musulmans. Ils ont la cinquantaine, des têtes de petits fonctionnaires ou d’employés. Rien de flamboyant ni de charismatique. Plutôt le type effacé et soumis. C’est peut-être le plus effrayant. De braves types sympathiques et polis, un peu losers sur les bords, qui se sont convertis mine de rien, et viennent réciter en arabe des sourates toute la soirée. Ils n’ont rien de ces jeunes perdus, à demi-cinglés, qui se convertissent pour faire comme les potes de leur cité, faute de choix alternatif, et qui sont prêt à faire le jihad, ils ne singent pas l’accoutrement arabo-musulman, ils n’ont pas la barbe hirsute et l’œil malade. Non, ils sont affreusement normaux. Probablement des athées en déshérence, des types perdus en manque de spiritualité. Ils auraient pu se tourner vers l’enseignement facile d’une spiritualité orientale adaptée à l’occident sous couvert de rigueur, comme en dispenses les clubs de tai-chi ou d’aïkido, mais ils n’avaient peut-être pas l’esprit sportif, et surtout, ils se sont tournés vers une religion plus totalisante qui les prend en entier, et ne leur demande pour toute réflexion que d’ânonner jusqu’à l’hypnose des textes et des prières dans une langue qu’ils ne parlent pas et comprennent peu.

Il serait temps de se pencher aussi sur le problème de ces musulmans tranquilles et invisibles, de ces convertis discrets qui font avancer bien plus sûrement la soumission de l’occident à l’islam que n’importe lequel des cinglés prêts au djihad violent.

Je l’avoue, pour la première fois, l’islam m’a mis très, très mal à l’aise. Il était sympathique et discret, et avait le visage d’un brave français, un peu grisâtre, mal habillé, mais, somme toute, ordinaire.

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10 commentaires pour Visage de l’islam trop ordinaire

  1. popeye dit :

    On est en plein dans « Soumission »avec cette description. Glaçante effectivement

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  2. Kazak dit :

    Bonjour, lecteur de votre blog depuis quelques semaines, je vous félicite tout d’abord pour la pertinence de vos écrits. Le fond est présent, quelque peu décalé des médias de masse, et donc intéressant. Le style, car il y en a un vrai ici, me convient parfaitement. Ensuite, sur ce billet en particulier. Il est glaçant. Car si il est facile de lutter contre des gens très différents de soi, ça se complique quand il s’agit de son voisin, son beau-frère, son collègue … Moi ça m’a fait penser à « La mort est mon métier », ce côté petit-lambda-un-peu-minable qui s’en va chercher de l’assurance dans des réunions où la marginalité, la petitesse, l’insignifiance deviennent des qualités et les promesses d’une revanche éclatante. Si même ceux à qui Hanouna devrait suffire se mettent à chercher des réponses dans l’islam …

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    • Merci pour vos compliments. Vous le faites remarquer à juste titre : Hanouna va finir par ne plus être suffisant. On peut crétiniser les gens, mais on ne leur enlèvera pas l’envie de faire partie de quelque chose de plus grand qu’eux – et c’est là que l’islam intervient.

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      • kobus van cleef dit :

        très bon, ça !
        « hanouna va finir par ne plus être suffisant »
        c’était quand même à prévoir…
        on peut pas décérébrer TOUTE une population sur plusieurs générations sans qu’à un moment ça finisse par se réveiller….le seul souci , c’est cette anomie qui les poussera vers PIRE qu’hanouna
        à nous de proposer autre chose qu’hanouna et l’islam

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  3. Le Zebre dit :

    Comment ne pas etre a la recherche d’une forme de spiritualite dans une societe axee uniquement sur un materialisme morbide denuee de toute finalite ?

    Comment ne pas comprendre que des gens, peut etre un peu plus faibles que d’autres, ne se sentent pas attires par un systeme cense prendre en charge l’integralite de leurs eventuelles intterogations existentielles, sans la moindre remise en question possible ?

    Comment ne pas comprendre, dans une societe qui, en moins d’une generation, a emasculer l’homme et fait fi de l’equilibre entre les sexes, ridiculisant les schemas familliaux classiques, un homme ne se retrouve pas rassure par la vision qu’a cette religion sur le role du male ?

    Dans une societe ou tous les liens sociaux disparaissent, ou l’amour de Dieu est ridiculise, ou nos racines culturellles chretiennes sont honteusement dissimulees, je peux comprendre que l’on puisse trouver un sens a embrasser une religion englobante, fiere et conquerante.

    Le Chretien que je suis peut comprendre cette demarche bien que les dogmes regissant cette religion me donnent envie de vomir.

    La societe occidentale n’a rien a offrir sur le plan spirituel, les gens cherchent donc ailleurs ce qu’ils ne trouvent plus chez eux.

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    • kobus van cleef dit :

      vous dites « le chrétien que je suis peut comprendre cette démarche bien que les dogmes de cette religion me fassent vomir »

      je vais vous objecter ceci ; l’athée ( jusqu’à la moëlle des os ) que je suis ne peut pas comprendre une seconde qu’on puisse se charger de chaînes à ce point , ou bien qu’on puisse être tellement en déshérence qu’on doive se rendre esclave à ce point

      sauf peut être lorsqu’on est amoureux

      et encore

      comme je dit souvent aux gens brisés par des peines de coeur ; « l’autre sexe c’est la moitié de l’humanité »

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      • Le Zebre dit :

        Tout est evidemment relatif et sujet a des interpretations diverses.
        Pour les raisons que j’ai exposees et qui n’ont bien entendu aucun caractere exhaustif, ce qui apparait comme des chaines pour vous peut etre une delivrance pour d’autres.

        Comme l’a tres bien fait remarquer l’auteur du blog (a qui je rends hommage ici pour la qualite de ses articles) dans une societe depourvue de toute spiritualite, certains ont besoin d’etre pris en charge sans n’avoir rien a remettre en question.

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      • Renseignements pris, les gens que je décris sont des adeptes du soufisme, la version spiritualiste de l’islam, qui est la plus compatible avec une sorte de « new age » pour occidentaux déboussolés – jusqu’au jour où, bien sûr, les durs leur donneront le choix entre tuer ou être tués. Il est compréhensible en effet qu’on cherche le salut de l’âme quelque part : de l’astrologie pour magazine féminin au bouddhisme édulcoré en passant par toutes les spiritualités de bazar. Tout cela tient beaucoup de la thérapie collective, rendue nécessaire par un vide existentiel colossal. Pour ces gens, il ne s’agit pas de se charger de chaînes, mais de retrouver un gouvernail dans un vie à la dérive, et aussi, c’est très important, une dignité.
        Dans le film Secret Défense, Nicolas Duvauchelle est converti en prison par un musulman radical qui lui dit « Avec moi les gens vont te traiter de fou, ils diront que tu es un fanatique, un intégriste, un malade. Mais ils ne te mérpriseront plus jamais parce que tu feras partie d’une famille. »

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      • kobus van cleef dit :

        retrouver un gouvernail?
        ouais….
        mais pour aller où?
        à quoi bon un gouvernail , si on n’a ni cap, ni carte, ni propulsion, ni coque, ni horaires des marées, ni position, ni phares?

        bon, je crois que j’ai cité tout ce qui était possible de citer dans le domaine maritime…..

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  4. Eric dit :

    Je partage l’avis de Kazac sur la teneur de votre billet et son regard décalé sur l’évolution de cette religion dans notre société. Insidieusement, cet « obscurantisme ordinaire » s’est installé, récupérant non plus la racaille malléable et va-t-en-guerre qui zone dans nos allées, mais le petit pékin ordinaire prêt à se laisser avaler par un dogme binaire qui ne leur donne que deux options: le bien ou le mal.
    On organise une sorte de normalité idéologique, et on l’injecte dans les codes génétiques de notre population pour ratisser large.
    Très inquiétant en effet, car moins spectaculaire que la barbarie qui nous a touché en janvier et novembre 2015, mais infiniment plus efficace et dangereuse sur le long terme…
    Et les organisations officielles de l’islam ont parfaitement repéré cette manne, dont nos autorités nient l’existence par frilosité électoraliste.
    Cette banalisation de l’islam, qui s’expose désormais dans de véritables salons promotionnels ou on ne prend même plus la peine de cacher les aberrations salafistes au point d’en vendre les écrits comme dans une foire aux livres, s’installe presque naturellement et sans que personne n’ose en entraver la progression.
    Le dernier colloque de l’UOIF du Nord le week-end dernier à Lille, en est l’édifiante démonstration:
    http://zone-critique.blogspot.fr/2016/02/reunion-de-luoif-du-nord-le-salafisme.html
    Bravo, encore une fois, pour votre analyse…

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