Les Anglais victimes de leur réputation

L’Euro 2016 a commencé très fort en terme de baston et sera probablement la référence pour tous ceux qui a l’avenir commettront des actes de violence lors de matchs internationaux. C’est une des motivations fondamentales des hooligans : la réputation. Être ceux qui tapent le plus fort, ceux dont le nom évoque respect et admiration et dont la venue fait surgir excitation et peur dans le petit monde des amateurs de violence footbalistique.

Les Anglais ont constitué pendant longtemps le standard absolu en  la matière : inventeurs du concept et champions toutes catégories de la violence hors-stade, ils étaient vénérés et enviés par tout ce que le reste de l’Europe comptait de cogneurs de tribune, depuis le noyau dur Français du PSG jusqu’aux Pays-Bas et en Belgique en passant évidemment par l’Allemagne, jamais vraiment à court d’individus prêts à s’organiser pour taper. C’était l’époque bénie des années 80 et 90, alors que les « firmes » britanniques donnaient le ton en matière de castagne comme de look. Bastonner, oui, mais avec style ! L’exemple casual se répandait alors en Europe, et une chemise Henry Llod ou un blouson Stone Island devenaient des signes de reconnaissance certains pour initiés. Las ! Phénomène touchant principalement les pays d’Europe du Nord, amateurs de bière et descendants des peuples germaniques à la fureur bien connue depuis au moins Tacite, le hooliganisme à l’ancienne se perd. On n’est plus au temps de l’ICF, des Chelsea Headhunters ou des Bushwackers de Millwall, connus pour être les durs de dur malgré un club particulièrement mauvais dans les compétitions. Leur slogan de l’époque ? « No one likes us and we don’t care ».

La coupe du monde 98 a Marseille a été le chant du cygne des hools anglais. Après la dérouillée qu’ils ont collé aux racailles locales, on ne les verra plus aussi motivés. Les euros suivant auront leur lots de bastons épisodiques, mais dans les coupes du monde, ils brilleront par leur absence. Décidément, les Anglais ne sont plus ce qu’ils étaient.

Se déplaçant en masse, amateurs de beuveries, les Anglais commencent toujours par être de braves gars sympathiques qui chantent avec une unité qui fait envie, mais deviennent rapidement envahissants, arrogants et provocants au fur et à mesure que l’ébriété avance. Persuadé de leur supériorité sur le reste du monde, ils ne manquent pas de le faire savoir et se comportent comme en pays conquis, ce qui peut en énerver plus d’un et finit par causer des troubles. Les Anglais n’étant pas le genre à dire non à une petite baston, la castagne n’est jamais loin. N’étant pas anglais pour rien, ils s’étonnent après ingénument que les choses aient si mal tournées alors qu’ils ne faisaient que s’amuser gentiment. Mais les firmes organisées ne sont plus là.

À force d’abus domestiques comme internationaux, les pays concernés, Angleterre en tête, ont fini par avoir la peau des hools à l’ancienne, mais la fin du communisme a donné des idées dans les pas de l’Est. Désormais, Polonais, Russes et autres Serbes ont repris le flambeau mais sans comprendre tout-à-fait l’esprit de la chose. De la culture hool anglaise, ils n’ont pas jugé bon de reprendre l’aspect de camaraderie virile, de défense du drapeau et du club, de provocation arrogante et de saoulerie collective. Faisant fi des rituels, ils n’ont retenu que la violence préméditée en bandes organisées, celle qui cible et fait mal. Les Russes s’entraînent et portent fièrement les t-shirts au nom de leur groupe comme s’ils étaient d’abord et avant tout une équipe de baston internationale. Mélange de néo-nationalistes et d’amateurs de MMA, équipés et probablement gavés de stéroïdes, issus d’un pays dans lequel les « dashcams » fournissent youtube en violence routière réccurente, les Russes sont bien décidés à faire de la violence un mode de vie.

Ces hools Russes qui étaient à Marseille cherchaient à se confronter au mythe anglais, pour pouvoir dire qu’ils ont été au contact avec les maîtres du genre. Malheureusement pour les Anglais, le niveau d’antan n’est plus là et les Russes ont surtout cogné sur des quarantenaires complètement cuits, largement aidés par la racaille locale qui n’est jamais trop heureuse dès que s’offre la possibilité d’un lynchage. Certaines images ne trompent pas, sur lesquelles on voit tous ces rats des quartiers nord finir à coup de pieds tels des charognards un Anglais qui vient de se faire dérouiller par des Russes. Au milieu de tout cela, une police débordée et manifestement en sous-effectif. Ça n’était pas beau à voir, et un Anglais est encore dans le coma à l’heure qu’il est.

Le meilleur résumé de la situation a été donné par un tweet anglais:

Russian neo-nationalist, French Algerian Beur, drunk Englishman and cynical riot cop meet in Marseille bar. No punchline. Just a punch-up.

Décidément, le hooliganisme, c’était mieux avant.

http://www.irishtimes.com/sport/soccer/international/ken-early-russians-go-to-war-with-an-english-myth-1.2682005

 

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2 commentaires pour Les Anglais victimes de leur réputation

  1. Kazak dit :

    Bonjour,
    Si vous souhaitez comprendre mieux ce phénomène de « firmes » et de hooliganisme en général il faut absolument lire John king et particulièrement « Skinheads » (un livre magnifique), « Aux couleurs de l’Angleterre » (pour comprendre les rivalités internationales dans ce milieu), « football factory » et « la meute » (que j’ai moins appréciés, sans doute car je me suis tapé tous ces livres à la suite et que j’ai un peu saturé). Bonne lecture ! (Skinheads est à lire absolument !)

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    • Merci, mais j’ai déjà lu tout cela. Je vous conseillerais à mon tour « Hoolifan » de Martin King (non traduit en français) et un classique un peu daté « Parmi les hooligans » de Bill Buford. J’ai fait un article sur John King il y a quelques temps sur ce blog. À titre personnel, j’ai préféré « Football Factory » et « England Away » (Aux couleurs de l’Angleterre). Merci en tous cas de vos conseils, vous avez les bonnes lectures !

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