L’injonction paradoxale de la république

Toujours sur ma lancée algérienne, je vais préciser ce que je considère comme l’injonction paradoxale qui est au coeur du projet républicain, et dont nous vient une grande partie de nos maux.

Cette injonction paradoxale prend sa source dans le racisme intrinsèque de la gauche républicaine française, incarné par Jules Ferry, pour qui le devoir des races supérieures était de civiliser les races inférieures. À partir du moment où vous considérez une race comme inférieure, il est fatal que jamais ses représentants ne seront réellement vos égaux. Cette situation heurte de front l’universalisme républicain qui ne veut connaître que des individus égaux devant la loi. On sait que ce ne fut jamais le cas durant toute l’épopée coloniale républicaine. Ces deux principes contradictoires (devoir de civilisation des inférieurs et universalisme) ne peuvent que produire des frustrations, du mensonge et de la violence, et c’est très exactement ce qui s’est passé durant la décolonisation de l’empire français en général, et pendant la guerre d’Algérie en particulier. Regardons les choses en face : la France n’envisageait pas sérieusement de faire des musulmans algériens des citoyens à part entière, et l’indépendance de l’Algérie était inévitable.

Ce racisme de gauche est devenu honteux et aboutit à un double standard qui s’applique encore aujourd’hui face à la racaille, pour qui l’indulgence de la gauche est quasi-maladive. Le laxisme de la gauche face aux délinquants allogènes ne fait jamais que trahir le fait que la gauche considère que ces individus sont incapables de vivre selon les standards exigeants de l’occident. Comme à des enfants capricieux mais dépourvus de raison, la gauche leur passe tout, car au fond, elle les considère toujours comme irrémédiablement inférieurs. Sous couvert d’universalisme, c’est un mépris colonial qui s’exprime. La république fait mine de croire que les peuples sont interchangeables, mais dans ses actes elle est bien fidèle à l’esprit de Jules Ferry, et toute la caste dominante a bien intégré le fait que les inférieurs sont là pour servir de boys et de soutiers.

À titre de comparaison, la décolonisation anglaise a été nettement moins mouvementée. Les Anglais ne croyaient pas un instant aux bêtises républicaines françaises, et aucun Anglais n’aurait pu imaginer une seule seconde qu’il puisse y avoir une équivalence entre lui et n’importe lequel des colonisés, fut-il maharadja ou émir. Cela avait l’avantage de l’honnêteté cachée sous l’hypocrisie : les Anglais n’avaient jamais promis à qui que ce soit qu’ils seraient un jour aussi anglais que les Anglais eux-mêmes.

Il est vrai qu’aujourd’hui les Anglais ne sont guère épargnés par les ravages du multiculturalisme, mais leur modèle communautariste permet au moins de savoir qui est qui. En France, c’est l’injonction paradoxale qui domine. Les allogènes sont « aussi français que vous et moi » et pourtant ont toute légitimité à rester ce qu’ils sont. Résultat : personne ne s’y retrouve, le malaise est généralisé, et nombre d’allogènes détestent cordialement la France et les Français en raison de cette promesse républicaine mensongère qui leur dit qu’ils valent mieux que les Français tout en les maintenant dans leur irréductible allogénat.

La république, encore une fois, est le problème : les mensonges et lubies issus des lumières, qui ont commencé par produire la Terreur, devraient définitivement être abandonnées. Il n’y a pas et il n’y aura jamais d’universalisme républicain. La république est un mensonge devenu poison mortel.

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6 commentaires pour L’injonction paradoxale de la république

  1. Pangloss dit :

    Point de vue intéressant qu’on entend rarement exprimer.

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  2. Le Page dit :

    Confusion entre condescendance et générosité.Très bien vu.

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  3. Emmanuel dit :

    Très bien vu ! Je vous découvre aujourd’hui, avec joie !

    Il me semble que l’universalisme et l’égalitarisme dont vous parlez ont tous deux la même racine logique : si un « individu » est ce qu’il reste de l’homme concret lorsqu’on le dépouille par la pensée de tout ce qui n’est pas son unité, chaque individu apparaît comme égal à un autre, comme 1=1. L’universalisme ensuite, c’est une lutte à mort contre la réalité des différences, que le concept libéro-égalitaire d’ « individu » ne prend pas en compte, réalité qui se présente donc constamment comme une preuve par l’évidence que la théorie ne rend pas compte de la réalité. Ceux qui aiment la théorie, c’est à dire, ceux qui la pensent/veulent vraie n’ont pas d’autre choix que de la propager et d’espérer qu’elle devienne réalité, pour qu’elle soit vraie.
    Ces tensions sont déjà à l’oeuvre dans la pensée de Thomas Hobbes, et par lui chez les autres Locke, Rousseau, Kant, Hegel…parce que toutes partagent la même logique fondamentale, ou mieux, le même fondamentalisme logique.

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    • « Fondamentalisme logique » : j’aime cette formule. D’autres appelle ça la « raison raisonnante ». L’origine du problème vient qu’une fois qu’on évacue le transcendant (Dieu) comme fondement d’un ordre temporel, les substitut immanents sont beaucoup plus instables : que ce soit la « Nature » ou le « Peuple », le fondement de la morale et de la politique, pour éviter la contestation, doit se réfugier dans la raison pure.

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      • Emmanuel dit :

        Heureux qu’elle vous plaise ! J’aime aussi celle de « raison raisonnante », bien sûr. Cela-dit, je ne suis pas sûr que l’on s’entende bien sur le sens à lui donner, car si je comprends bien, votre alternative à la raison raisonnante, c’est Dieu, Dieu que l’on atteint par la foi ? Je ne suis pas en désaccord avec vous, je pense simplement que cette réponse est ultime. Le « fondamentalisme logique » dont je voulais parler, consiste à faire de la raison un fondement, quand le seul « fondement » qui s’impose immédiatement à la raison, à mon sens, est la nature (ce qui est, l’étant). C’est là tout le sens de la philosophie antique, en ses aspects métaphysique, moral et politique…et tout le drame de la pensée moderne et contemporaine, que de s’en être échappé.
        En définitive, je pense bien qu’une analyse de ce qui est, de l’étant, permet de signaler la transcendance divine, car pour qu’il y ait de l’étant, il faut l’Etre. Mais cela ne vient qu’en fin de compte, et à considérer la nature comme fondement, en philosophie. Cela dit, je n’entends ôter à la théologie aucun de ses privilèges, mais ils me semblent simplement être d’un autre ordre.

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      • L’alternative à la raison raisonnante n’est pas dieu, mais la simple prise en compte de la réalité, dont les mots doivent être les serviteurs. Dire ce qui est, et penser à partir de ce qui est. C’est du moins ce que j’essaye de faire

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