Pinot simple flic

Certains policiers semblent en avoir marre de servir de cible vivante aux voyous de tous poils, et je les comprends. Ce que je ne comprends pas, c’est qu’ils n’aient pas été poussés à bout avant. Il leur en faut beaucoup pour bouger. Face au mécontentement des policiers, j’avoue être toujours très partagé.

Qu’on ne s’y trompe pas : le seul sort que je souhaite pour les criminels qui ont tenté d’immoler des policiers à coups de cocktail molotov, c’est la corde. Et cela devrait se faire sur le lieu même de leur crime, pour que toute la racaille alentour  comprenne le message. Mais évidemment, il ne saurait en être question de nos jours. Et jamais je ne rejoindrais le choeur écoeurant des gauchistes qui aiment à se donner une posture rebelle en clamant leur haine sans risque de la police. Ceci étant dit, je dois reconnaître que je n’ai qu’une confiance toute relative dans la police française, dont les états de service incitent assez peu à lui faire confiance lorsqu’il s’agit de choisir entre le peuple et l’appareil d’État. Qu’on me permette un rapide et un peu facile point Godwin : la police française a peut-être compté des résistants, mais elle aussi fait preuve de beaucoup de coopération avec l’occupant allemand. Le refrain est toujours le même : « on a des ordres ». Le pandore qui vous colle avec zèle une amende ou qui vous embarque parce que vous participez à la Manif pour Tous est prêt à jurer la main sur le coeur qu’il agit à son corps défendant, mais qu’il doit suivre les ordres. Le flic de base n’a qu’une seule réponse : il fait ce qu’on lui dit.

Je ne le blâme pas de son obéissance, elle est dans la nature de son métier. En un sens, le simple policier est exactement dans la même situation que le français de base. Trahi par sa hiérarchie comme les Français sont trahis par leurs élites, il ne peut que prendre son mal en patience. Mais qu’il lui faille voir ses collègues embrasés dans une voiture pour réagir me laisse perplexe. Surtout, ce que je reproche à la police, c’est son zèle à emmerder le contribuable solvable pour plaire à sa hiérarchie et sa mauvaise volonté à prendre les plaintes légitimes d’un citoyen. Combien de fois la police a-t-elle tenté de décourager une plainte ou a-t-elle répondu que de toute façon, telle ou telle enquête n’aboutirait pas ? Pire encore, la police en France fait tout pour ériger entre elle et le citoyen un mur qui ne peut la faire que mal voir. Il y a eux et nous, et ils nous le font bien sentir à chaque interaction, même pacifique. Allez donc essayer de demander un renseignement anodin à un policier : si vous avez de la chance, il vous enverra paître gentiment. S’il est dans un mauvais jour, vous aurez l’impression d’être un suspect. La police française est incapable de se faire bien voir des citoyens au quotidien, et ce pour une raison bien simple : même si le flic de base est un brave type animé de bons sentiments, toute l’institution n’a qu’un seul but, protéger l’appareil d’État contre le citoyen.

Le flic de base ne le sait pas lui-même, d’où son désarroi face à la pression entretenue par une hiérarchie toute dédiée à sa propre conservation. Il croit servir la loi et l’ordre alors qu’il ne sert que l’État, si besoin contre le citoyen. Tout pourtant s’éclaire à la lueur de ce constat, et explique qu’un flic peut bien brûler si cela permet à l’appareil d’État de continuer ses accommodements.

La police est le bras armé de l’État face au citoyen. Cette position d’articulation vitale devrait leur permettre de peser décisivement sur une situation, notamment quand la paix civile est à ce point compromise par l’inconséquence de nos dirigeants. Que seraient ministres et préfets sinon des pantins ridicules s’ils n’avaient pas des bataillons de flics armés pour les protéger ? Sans la fidélité de la police, il y a belle lurette que nombre d’entre eux auraient vu leur tête se balader au bout d’une pique. Ils ont des armes, ils sont organisés, et pourtant ce sont toujours les derniers à se soulever alors que nombres d’entre eux sont les premiers à subir l’iniquité du régime. Certes, il est toujours facile de dire aux autres de se révolter que de le faire soi-même et je peux comprendre que la police n’ait pas l’âme révolutionnaire. Je ne lui demande pas de faire tomber le régime. Je l’encourage dans son mécontentement. Je suis conscient que, malgré tout, c’est quand même grâce à elle que ce qui reste d’ordre et de paix civile dans le pays est maintenu, et j’avoue humblement préférer croiser une patrouille de police qu’une bande de racaille aux heures les plus sombres de la nuit.

Flics, je ne vous demande qu’une chose : arrêtez de faire du zèle sur notre dos. Vous obtiendrez bien plus sûrement gain de cause en faisant la grève des pv qu’en manifestant à 300 deux fois par an. Les citoyens ne sont pas vos ennemis. Ceux qui vous font presque tuer, ils sont dans les ministères.

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