On se détend

L’autre soir, je me promenais sur le boulevard des Batignolles. Le soir, c’est assez calme, et on peut marcher tranquillement sur le terre-plein central, sous les arbres. Avec la nuit, on a un peu l’impression d’être en forêt. J’étais du côté de la rue de Rome, là où il n’y a pas trop de clochards. C’est là que j’ai vu un clochard sur un banc qui ressemblait vraiment, mais alors vraiment beaucoup à Nicolas Sarkozy. Ça m’a tellement frappé que je me suis un peu approché, et là j’ai bien vu que ce n’était pas du tout un clochard. Le type était bien habillé, avec un costume sombre, mais il ressemblait encore plus à Sarkozy de près. Je me demandais bien ce qu’il pouvait faire là, surtout qu’il avait l’air un peu perdu. Là, je ne sais pas ce qui m’a pris et je lui ai carrément demandé « Vous êtes Nicolas Sarkozy ? »

Le type a levé la tête et il m’a fait un sourire. Il a répondu « Oui, oui, c’est moi », et au ton de sa réponse, j’ai cru qu’il allait ajouter « vous voulez un autographe ? ». Mais il n’a rien dit de plus. Il avait l’air un peu embêté, en fait. Je me suis dit que je n’allais pas louper une si belle occasion de lui dire tout ce que je pensais de lui et de sa politique, mais quelque chose m’a retenu. Je ne voulais pas l’accabler. Je me suis plutôt résolu à lui parler d’un ton plus sympathique, mais non sans la ferme intention de lui faire sentir ma désapprobation à son endroit. J’ai ouvert la bouche mais tout ce qui en est sorti a été « Vous avez l’air perdu ». Sarkozy a fait une drôle de tête, il a regardé autour de lui rapidement et a fini par répondre « Oui, j’ai perdu mon chauffeur et mon garde du corps ».

« Comment ça se peut ? » j’ai répondu, parce que là, c’était un peu fort. Il s’est lancé dans une explication un peu embarrassée sur le fait que « Carla » (et là il a ajouté « vous la connaissez, hein Carla, c’est ma femme » J’ai hoché la tête, il a eu l’air tout content) avait appelé la voiture, mais qu’ils s’étaient mal compris, et il était question d’un rendez-vous chez des gens dans le quartier, et de Carla qui avait voulu rentrer et,  bon, bref, il s’était retrouvé tout seul. Je n’ai pas bien tout compris, mais nom d’un chien, la preuve était là : j’avais Sarkozy en face de moi assis sur un banc parisien.

Je lui ai dit « Pourquoi vous ne l’appelez pas ? Elle va vous faire envoyer une voiture, vous pourrez rentrer chez vous, non ? » Il m’a répondu qu’il venait de se faire voler son portefeuille et son téléphone par des Roms « Ils sont forts, ces Roms, quand même. Ils m’ont entouré en me demandant de l’argent, j’ai à peine eu le temps de comprendre ce qui s’est passé.Et ils ont mon téléphone, avec tous mes numéros dedans ! Vous vous rendez compte ! » J’ai convenu que c’était assez embêtant, mais je l’ai rassuré en lui disant que les Roms se foutaient pas mal d’avoir le numéro de Carla Bruni, et que de toute façon ils ne savaient pas lire. « Vous croyez ? » Il a eu l’air un peu ragaillardi et m’a demandé si je m’étais déjà fait voler par des Roms. Je lui ai dit que je n’étais pas parisien pour rien et que j’avais appris à me méfier, que seuls les touristes se faisaient berner. Il a fait une drôle de tête quand j’ai dit ça, j’ai bien compris que ça ne lui plaisait pas trop de passer pour un touriste, alors je me suis lancé dans une justification alambiquée mais plus je parlais, plus je m’enfonçais. J’ai préféré me taire.

Il y a eu un blanc et je ne savais pas trop quoi faire. Sarkozy me regardait, mais il avait l’air agité. « Bon, comment je vais rentrer moi maintenant ? » Je lui ai dit qu’il pouvait essayer de prendre un taxi, mais il m’a fait remarqué que ça faisait 20 minutes  qu’il était là et il n’en avait pas vu un seul de libre. Il a marqué un point. Pour éviter de passer pour un idiot, je lui ai dit que je pouvais lui prêter mon téléphone. Il n’avait qu’à appeler Carla, elle lui enverrait une voiture, j’en étais certain. Il a trouvé que c’était une bonne idée. Je lui ai tendu mon téléphone en lui disant de faire vite, parce que je n’avais plus beaucoup de batterie. Il a réfléchi un instant et il a composé un numéro. « Allô Carla, c’est Nicolas » il a dit, et juste après « non monsieur, ce n’est pas une blague, je me suis juste trompé de numéro » Il s’est retourné vers moi et m’a dit « bah oui, je l’ai dans mon répertoire, alors de mémoire, je me trompe dès fois. » Et il a ajouté « ils sont cons les gens au téléphone. » Finalement il a réussi à avoir Carla, et là c’est parti dans une discussion animée. Il marchait de long en large, et j’avais nettement l’impression qu’il se faisait engueuler. Il essayait bien d’alterner la fermeté et les excuses, mais ça n’avait pas l’air de fonctionner. Comme ça commençait à tourner en rond cette histoire, je lui ai fait signe qu’il ne fallait pas qu’il s’éternise. C’était mon téléphone après tout ! Je ne suis pas sûr qu’il ait bien compris mon intention, mais d’un coup la conversation s’est arrêtée et il m’a tendu mon téléphone en disant « Je crois que vous n’avez plus de batterie ». En effet, mon téléphone était bel et bien éteint !  J’ai eu l’air contrarié. Il a dû le voir et m’a dit gentiment « Ne vous inquiétez pas, j’ai eu le temps de lui dire de m’envoyer une voiture ». Ça me faisait une belle jambe !

Comme j’étais un peu énervé, j’en ai profité. Je lui ai demandé tout de go pourquoi il voulait se représenter à la présidentielle, alors qu’à mon avis, c’était un peu cuit pour lui. Je lui ai dit « Les présidents, c’est comme les boxeurs poids-lourd : ils ne reviennent jamais vraiment au sommet ». Il a répondu que rien n’était joué. Et il a ajouté « C’est Carla, je crois que les voitures officielles, les cortèges, tout ça, ça lui manque. J’étais président quand je me suis marié vous savez, elle a dû croire que ça durerait toujours ! » J’ai dû avoir l’air un peu dubitatif, parce qu’il a cru bon d’ajouter « Et moi aussi, ça me plaisait bien. Et puis il y a la France qui a besoin de moi ! » Là, je me suis senti obligé de lui dire que la France se débrouillait bien sans lui, mais il m’a répondu « Ah bon, vous trouvez qu’elle se débrouille bien, la France, avec Hollande ? » Il m’avait mouché. J’ai dit que non, mais que de toute façon, lui-même allait voter pour Hollande si il était face à Marine, alors sa crédibilité, hein… « C’est ça la politique, je pouvais pas dire autre chose, réfléchissez trente seconde. » J’ai haussé les épaules, j’ai eu envie de partir dans une diatribe bien sentie, mais il m’a pris de court « Bon, je dois y aller moi. Merci pour votre téléphone ! » Il avait vu une grosse voiture noire qui venait de s’arrêter à quelques mètres de nous et un gros type costaud était descendu pour ouvrir la porte. Sarkozy est monté dans la voiture qui a disparue sur le boulevard.

Je suis rentré chez moi et j’ai enfin pu brancher mon téléphone pour le recharger. Il y avait un sms qui était arrivé entre temps. Ça disait « Merci encore. Pensez à moi aux prochaines élections ». Avec un gros smiley à la fin.

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Un commentaire pour On se détend

  1. kobus van cleef dit :

    ha , le smiley , c’est gratuit
    tout le reste , y compris la séquestration de votre téléphone, c’est payant

    et c’est vous qui avez payé
    ce coup ci….le prochain , ça risque fort d’être moi aussi

    J'aime

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