Ils l’ont fait

Les Américains l’ont fait. Ils ont fait d’un bateleur millionnaire contre qui tout le système était ligué le prochain président des États-Unis d’Amérique. L’événement est de taille colossale. J’avoue que j’ai douté jusqu’au dernier moment. Le système me paraissait trop puissant, trop efficace. Mais il n’est pas invincible. Cela seul devrait déjà nous donner un espoir immense.

Je ne m’appesantirai pas sur la joie mesquine mais bien légitime de voir les faces hypocrites des politiciens professionnels et des journalistes stipendiés se défaire en direct. La caste dominante vient de se prendre une claque historique, ce sont des cons, des menteurs et, pour certains, des tourne-vestes éhontés (Nicolas S. si tu nous entends…). Ils tremblent et ils ont bien raison car l’élection de Trump leur dit une chose : vous n’avez plus le pouvoir absolu et sidérateur dont vous abusiez jusqu’à encore hier. Le monopole journalistique n’est plus, largement fissuré par internet. Amis journalistes, bienvenu dans le monde 2.0, celui où les cerveaux vous échappent enfin.

Ce que je retiendrais de cette élection, c’est qu’elle s’est jouée sur le malaise identitaire profond qui traverse actuellement tous les pays occidentaux. Trump est d’abord le candidat des angry white men, ceux-là qui payent pour les autres et à qui le système crache à la face depuis trop longtemps. Trump a gagné parce qu’il a osé dire les choses comme elles sont. Le peuple lui en a été reconnaissant. Le parallèle avec le Brexit est évident. Le problème identitaire a été l’enjeu réel de ces deux votes. Les peuples ne veulent pas disparaître et ne supportent plus que les élites leurs disent que c’est pour leur bien qu’on les détruit.

Il est significatif que ces deux élections se soient déroulées dans les deux pays-phares de la mondialisation, qui sont également des démocraties farouchement attachées aux libertés individuelles. La révolte ne vient pas de clowns altermondialistes comme Chavez ou Mélenchon. La révolte n’est pas le grand soir des gauchistes qui se gargarisent de slogans, mais la détermination de peuples libres qui commencent à en avoir sérieusement marre de voir leurs libertés rongées par une multitude de lobbys et de minorités agissantes tout autant que par des bureaucrates hors-sol et des idéologues qui vivent dans les nuées permanentes de leurs cerveaux aussi surmenés qu’ils sont imperméables aux réalités. Américains et Britanniques ont bien des défauts mais il faut bien reconnaître qu’une fois de plus ils montrent le chemin de la liberté politique, qui ne va pas sans risque.

Le risque. Voila bien une notion dont personne n’a parlé, et qui pourtant est essentielle pour qui veut changer quoi que ce soit. Les Britanniques ont pris le risque du Brexit. Ils ont préféré la liberté dans l’incertitude plutôt que le confort inconfortable du statu quo. De même, Trump est un risque. L’homme n’est pas un politicien professionnel, il est peut-être trop outrancier dans ses propos pour pouvoir les transformer en début de réalité. Mais partout aux État-Unis, des millions de personnes ont jugé qu’il valait mieux prendre ce risque plutôt que de rester dans le giron rassurant d’un establishment vérolé mais familier. Malgré les Cassandre de profession, les menaces et les tricheries, ceux qui ont voulu prendre le risque ont été les plus nombreux.

Évidemment, une seule question se pose à nous, Français : sommes-nous prêt à prendre un risque similaire ? Aimons-nous suffisamment la liberté pour renoncer au confort des situations annoncées et des chaînes dont nous nous accoutumons parfois trop ? En 2017 le système nous donnera une occasion de prendre un risque. Serons-nous un peuple de pétochards transis trop heureux d’aller se réfugier sous l’aile protectrice d’une sorte de vieux maréchal faussement rassurant, ou au contraire pourrons-nous montrer que nous aussi n’avons pas perdu tout esprit de rébellion ? La France n’est peut-être plus la puissance qu’elle fut il y a encore quelques dizaines d’années, mais sa force symbolique pour le monde entier n’est pas encore tout-à-fait  éteinte. Je suis intimement persuadé que si nous aussi Français avons le courage de prendre le système par son vieux col crasseux et de le secouer un bon coup, beaucoup de choses peuvent encore basculer. Le séisme serait colossal.

D’un coup, l’avenir n’est plus si sombre. Ce que Trump fera, je l’ignore. Je n’espère qu’une chose : que les Français ne manquent pas de coeur au moment de frapper le système au défaut de la cuirasse. Les Américains et les Anglais l’ont fait. Valons-nous donc moins qu’eux ?

 

 

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6 commentaires pour Ils l’ont fait

  1. C’est une excellente analyse. Bravo.

    J’ai particulièrement apprécié l’accent mis sur la notion de « risque ». C’est particulièrement vrai.

    Mais c’est hélas une notion malheureusement très mal interprété de ce côté-ci de la Manche. Et c’est cette aversion au risque qui m’indique qu’il y a peu de chances de voir notre « chère » république faire le pari Le Pen.

    Probablement un vieux legs de notre fameux « Liberté, Egalité, Fraternité » version 68. Sans parler d’une léthargie collectiviste profonde, autour d’une vision de l’Etat maternant chacun. Et d’une castration progressive des Français quand il s’agit d’exprimer ses opinions, même à l’abri d’un isoloir.

    Ca me fait penser que je devrai me remettre à écrire tiens…

    Un bail.

    Clarence, managing risk

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  2. kobus van cleef dit :

    lorsqu’on a été sur la cote est en fin septembre, début octobre , on sentait que ça allait bastonner
    par exemple , sur l’île très friquée de Nantuckett , on pouvait voir les pick-up des artisans circuler avec des auto collants « trump for president »
    pareil dans la très très très démocrate Boston…

    et les gens n’en venaient pas pour autant aux mains…

    pour le risque de perdre ses chaînes?
    ici ?
    hé bien, je connaît pas mal de monde….

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    • C’est plutôt le risque de perdre le confort d’un système hyper-clientéliste qui retient les gens en France. Qu’on le veuille ou non, presque tout le monde touche et donc presque tout le monde a intérêt à la pérennité d’un système mauvais mais dont on tire profit. Songez seulement au nombre record de fonctionnaires dans la population active !

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      • Bon, j’aurai posé ma propre vision des choses. En espérant aux tréfonds me tromper…

        Et au passage, je vous ai collé en lien, autant qu’en site à découvrir pour ceux qui s’égarent encore dans mes parages. Toutes mes confuses si par avance le geste était cavalier.

        😉

        Clarence, bloggiste à ses heures

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  3. Ping : The Cultured Thug Era | Clarence Boddicker's nasty diary

  4. Pangloss dit :

    Il faut voir le changement que représente l’élection de Trump, improbable il y a quelques mois. Mais les USA diffèrent de la France où la société est plus rigide et où il y a des oppositions de principe.

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