Grisaille

Je suis passé cet après-midi près de l’église de mon quartier devant laquelle attendait un corbillard. Les croque-morts, vêtus de costumes gris sinistres, glandaient gentiment en attendant la fin de la cérémonie. Ce qui m’a frappé est la laideur ordinaire de leur accoutrement, et plus encore du corbillard lui-même. C’est une grosse camionnette d’un gris triste et terne dont les flancs sont de grandes fenêtres légèrement fumées, et au travers desquelles ont peut voir un gros socle d’aluminium qui doit servir à porter le cercueil. Aucune solennité, aucune majesté dans tout cela, et surtout aucune beauté. Ce n’est pas même triste ou impressionnant, c’est tout simplement moche. Ce corbillard est l’équivalent mortuaire d’une tour de bureau ou d’un néon d’open-space. Une saloperie de plus qui vise à banaliser et niveler tous les instants de la vie qui ne doit plus être qu’un long continuum aseptisé. Même les pompes funèbres ont peur du noir, et n’ont de pompes que le nom. Les travailleurs de la mort ont été rattrapés par la banalité, faut de pouvoir les délocaliser.

Je n’aimerais pas qu’on emmène mon corps dans un tel équipage. C’est se foutre des morts. La classe disparaît partout. Il faudrait sérieusement que les hipsters se penchent sur la question des pompes funèbres. Il y a du boulot. La mort, c’était mieux avant.

 

 

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Un commentaire pour Grisaille

  1. kobus van cleef dit :

    un auteur de romans policiers populaires , provençal de surcroît,malheureusement décédé , Pierre Magnan , avait écrit un roman , se passant entre durance et isère , dont l’un des protagoniste , herboriste , avait récupéré un vieux corbillard pour en faire son véhicule de fonction, avec cheval de trait et peinture bleue printanière
    le nom du bouquin m’échappe,mais pas le fait que ça se passait à la fin du 19ème , qu’il y avait une histoire de guillotine dérobée à l’autorité judiciaire, et que l’herboriste en question était un tombeur de première , qui faisait grimper les dames aux rideaux dans le fond de son corbillard
    il en mourrait d’ailleurs, sous les coups de lame d’un cocu pas content
    j’ai vu au moins un enterrement balkanique où la dépouille était installée sur la remorque , trainée par un tracteur
    ce qui avait autant de classe que la prolonge d’artillerie où on a couché les héros républicains de mon école primaire ( fin des 60 début des 70) , oui oui , on voyait ça une page avant la libération de Paris et la tête de Leclerc qui émergeait d’une tourelle de tank…ça nous parlait plus que louis 11…

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