Aussi loin que porte le regard

Tout ce qu’on peut recouvrir du nom de « droite » est voué à perdre, pour la bonne et simple raison que la droite, en France du moins, ne sait rien faire d’autre que regarder vers le passé. Or, s’il est bien une chose dont nous pouvons être certain, c’est que la posture du « c’était mieux avant » a toujours échoué. Toute la contre-révolution, depuis Burke et Joseph de Maistre, et malgré leur intelligence, n’a strictement rien empêché. La restauration monarchique a été un échec lamentable. Les gens qui aujourd’hui se rappellent avec nostalgie les années 60 – ou 40 pour certains – n’aboutiront pas non plus. Peut-être que c’était mieux avant – encore que sous certains aspects, il soit permis d’en douter. Mais le passé est, par définition, passé. La gauche au contraire parvient toujours à ses fins. Il n’y a pas là de sens de l’histoire ou autre force fumeuse issue du cerveau agité d’un intellectuel désoeuvré. La gauche a toujours un but et regarde vers le futur. Elle a un projet, souvent néfaste, mais qui a le mérite d’exister. La seule façon de sortir du marasme est de proposer autre chose. Il faut d’ailleurs noter que les seuls mouvements qu’on aime à classer à droite qui ont imposé quelque chose étaient en réalité de gauche et porteur d’un projet, certes contestable, mais indéniablement novateur – vous savez, le genre de projet avec des aigles comme emblèmes, un tantinet agressif.

Pareillement, la posture systématiquement défensive qu’adoptent les conservateurs et autres droitards ne mènera nulle part, car l’action bat toujours la réaction. Il faut être offensif. Mais on en revient au problème précédent : il faut un projet. La difficulté vient de ce que ce projet n’est pas encore mûr. Il est clair cependant que les lubies portées par la gauche vont finir en vaste chaos. Notre démocratie droitdelhommiste, que certains nous présentent comme aboutissement ultime de l’humanité, est évidemment vouée à disparaître. Elle ne pouvait fonctionner qu’avec l’existence de classes moyennes éduquées dans un occident en pleine croissance économique et démographiquement viable face au reste du monde. Tout cela est fini. Les conditions ne sont plus là, cette forme politique va disparaître. Elle est déjà un astre mort. Tout le défi est d’imaginer ce qui va venir après, et il est probable que nous sommes à l’aube d’un bouleversement au moins aussi colossal que celui que fut la révolution industrielle.

Ceux qui s’accrochent au monde ancien seront emportés. Je ne crois pas que ce qui nous attende soit confortable, bien au contraire. Mais nous n’avons pas vraiment le choix, de toute façon.

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Baromètre

Le cauchemar continue, jour après jour, tellement ordinaire qu’on hésite à le commenter. Chez nous, le président nomme un ex présentateur de télévision musulman adipeux à je ne sais quelle fonction, et l’individu nous explique le plus tranquillement du monde que les djihadistes partis se battre avec Daesh doivent être rapatriés car, n’est-ce pas, ils sont français. Des Turcs musulmans, probablement de nationalité aussi française que les djihadistes précédemment évoqués, font pression physiquement pour qu’un kiosque à journaux retire une affiche du Point critiquant leur bien-aimé leader. Des racailles cagoulées menacent la police à l’aide d’armes de guerre à Marseille et l’Unef, pépinière du moribond PS, met en avant une musulmane voilée.

Nos voisins britanniques, qui sont censés avoir inventé la liberté individuelle face au pouvoir, enferment Tommy Robinson parce qu’il constitue, paraît-il, une menace à l’ordre public. Il voulait juste attirer l’attention du public sur le procès d’immondes violeurs pakistanais musulmans. 13 mois ferme, interdiction faite par les tribunaux à la presse d’en souffler le moindre mot. Orwellien, tout simplement.

Je ne pensais pas voir arriver l’Europe à un tel niveau de folie, et pourtant nous y sommes. Et tout cela ne semble pas vouloir se calmer, bien au contraire. Les institutions, ici comme ailleurs, ont choisi leur camp. Il ne faut surtout pas braquer les musulmans. Il faut leur céder sur tout.

Nos dirigeants sont fous. Ils croient pouvoir entourlouper une religion qui a 1400 ans. L’islam a bien des défauts, mais il a de la suite dans les idées. Là où notre république, 200 ans à peine d’existence, n’a plus rien d’autre à proposer qu’un truc qui s’appelle « vivrensemble » dont personne ne sait vraiment en quoi il consiste à part fermer sa gueule quand ont est autochtone, l’islam offre un but simple et grandiose : la domination mondiale. Qui va gagner à votre avis ?

Au tribunal du mépris

Dès que les juges sont entrées, j’ai compris. Trois femmes entre 40 et 60 ans, bien peignées  comme on imagine des lectrices de Elle, mais avec l’air sévère de ces institutrices que tous les gamins redoutent. J’étais tombé dans la classe de la maîtresse qu’il ne faut pas avoir, et elles étaient trois. Heureusement pour moi j’étais assis au fond de la classe, entre deux journalistes biens mis, dont l’un passa par-dessus moi un petit papier à son collègue pour communiquer, exactement comme le font deux élèves pour ne pas se faire remarquer. Sur le petit papier auquel j’ai jeté un oeil indiscret, le plumitif expliquait à son collègue qu’il ne venait que pour Conversano, le restes des audiences ne l’intéressant pas.

En effet, c’était au procès de Daniel Conversano que j’étais venu assister, curieux de toutes choses comme à mon habitude. Figure du microcosme nationaliste dissident sur internet, Conversano était venu contester un verdict rendu en son absence pour des propos déjà anciens qui, surpris par la Licra (tiens donc) lui avait valu une condamnation pour le traditionnel chef d’inculpation d’incitation à la haine raciale. Il contestait le verdict. La Licra n’avait pour le coup pas daignée être représentée.

La proverbiale impartialité de la justice ne semblait pas de mise. La juge en charge du dossier a d’emblée intimé à Conversano de se taire sur un ton d’hostilité déclarée alors qu’il essayait juste de parler, ignorant qu’il était de la procédure. Avec le même ton hostile, elle a lu les outrances verbales mises en causes, ce qui en chargeait la signification dans un sens éminemment défavorable. Le grotesque des propos cités par la juge ont déclenché quelques rires discrets, provocant aussitôt l’intervention colérique de la présidente du tribunal. Elle menaça de faire évacuer la salle si cela se reproduisait, car « on n’est pas au cirque ici ». Une fois de plus, impression de se retrouver devant une maîtresse d’école aigrie et mauvaise.

Tout dans le ton et le visage des juges m’a frappé par cette hostilité permanente, cette condescendance, cette certitude de dire ce qui se fait et ne se fait pas. Quand ce fut au tour du procureur de s’exprimer, il incarnait à lui seul le mot de mépris. Condescendant, presque moqueur, il affirma que si la procédure le lui avait permis (ce qui n’était pas le cas), il aurait réclamé non pas les 2000 euros d’amende que contestaient Conversano, mais bien de la prison. Frime intimidatrice, sachant qu’il n’avait justement pas les moyens de le faire ? En tous cas, je venais d’entendre un tribunal parler de prison pour sanctionner l’expression d’une opinion. Cela vous fait tout drôle quand vous le vivez en personne.

La défense de l’avocat m’a laissé un impression étrange. Il a présenté Conversano comme un pauvre type, un « semi-clochard » (ce sont ses mots exacts), comme s’il ne valait même pas la peine d’être jugé. Il a désigné les soutiens de Conversano, présents dans la salle, comme des « petits blancs », avec un geste méprisant de la main, histoire de bien montrer que ces gens étaient, au fond, de la merde. Et c’est vrai que ces soutiens de Conversano faisaient pâles figures. Jeunes pour la plupart, mal fagotés, rien en eux n’évoquait la prestance. C’était juste de petits blancs face à des bourgeois, et à ce jeu, on sait qui gagne. En appeler à ce mépris de classe était peut-être une stratégie de l’avocat, et si elle peut éviter à Conversano de payer 2000 euros, pourquoi pas. Mais elle m’a laissé une sale impression. Il s’agissait au fond de dénier à Conversano et à ses soutiens toute responsabilité, et partant toute dignité. Ces gens sont des pauvres types idiots sans avenir, des pouilleux, des manants, pas de quoi perdre du temps avec eux madame la présidente. Ils ne seront jamais rien. Et peut-être, dans cette envolée un peu convenue, avait-il un peu raison. Puis il a eu l’intelligence aussi de mettre en avant les outrances racialistes des Indigènes de la république, il a même cité les propos récents de Macron sur les mâles blancs. Il n’était pas si mauvais.

De la défense de Conversano, je ne dirai rien, sinon qu’on le sentait peu habitué à l’exercice. Une fois de plus, la position de l’élève pris en flagrant délit qui essaye de s’en sortir tant bien que mal, sachant qu’il n’a presque aucune chance.

C’est cela qui m’a frappé : cette sensation de se trouver face à des gens hostiles, tout-puissants, dont il ne fallait rien attendre sinon de la sévérité et, peut-être, de la détestation. Tous communiaient en un même mépris pour le prolo blanc. J’ai compris qu’il y avait, ici aussi, eux et nous. J’ai assisté à la rencontre de deux mondes absolument irréconciliables. J’ai compris qu’il n’y avait rien à attendre de ces magistrats imbus de leur personne, tout ivres de leur pouvoir de dire le bien. Je me suis souvenu de ce que me confiait Xavier Raufer : ce sont des bourges qui n’aiment rien tant que les honneurs.

Je suis sorti du tribunal. Tout cela avait l’air d’une pièce de théâtre bien rôdée dont le but était de faire sentir au petit blanc qu’il avait juste le droit de fermer sa gueule. J’ai repensé à la devise de la république française. Au mot trop souvent négligé de fraternité qui y figure. J’en ai ressenti l’absence totale. Du haut de leur piédestal, ces gens continueront leur oeuvre. Le système est tout-puissant et fonctionnera à plein régime jusqu’à ce qu’il cause sa propre destruction. Ce monde sera un jour emporté par le chaos. Ce n’est peut-être pas si mal, finalement.

Rocknroll

J’ai vu Sting. Le vrai. Pas en payant une place de concert. Je l’ai vu comme, disons, on voit un autre être humain. Et puis j’ai pu assister à un concert privé court mais efficace. Le mec est bon. Je dois dire que je me fous complètement des célébrités, à force d’en avoir côtoyer un certain nombre, ces gens ne m’impressionnent pas. Ce sont pour la plupart des cons vulgaires. Mais certains ont la classe. Sting en fait partie. Tous ceux que j’ai connu qui ont travaillé avec lui, de près ou de loin, en disent du bien.

Ce mec fait partie de ces rockstars comme il n’y en aura plus, qui ont été le symbole d’une époque qui se finit sous nos yeux. Il a eu des inspirations plus ou moins bonnes, mais il a réussi à faire quasiment 40 ans de carrière avec quelques morceaux absolument inoubliables. Qui n’ont pas pris une ride et que tout le monde connaît, ou presque.

À peine plus de 20 ans. C’est ce qu’a duré l’âge d’or qui a enfanté les rockstars, des années 60 à la fin des années 80. Au delà, aucun groupe, aucune rockstar ayant débuté dans les années 90 et après n’a jamais eu la même aura, la même carrière. Je me demande sur ce que cela dit de notre époque. Trop superficielle ? Trop rapide, tout se jette aussitôt apparu ? Peut-être.

La disparition progressive des rockstars nous rappellent surtout que notre monde est finissant. Ils ont bénéficié d’un créneau temporel absolument exceptionnel. Cela ne reviendra pas de sitôt. Il va falloir inventer autre chose.

Le rocknroll se contracte aussi sûrement que les peuples européens. Il est peut-être la seule chose valable que nous auront apporté les boomers. Il ne faut pas le négliger : c’est une des plus belles créations de la culture européenne. Tout y était : la mélodie, l’énergie, la dimension collective des concerts. On n’imagine pas un concert de rock plein de Chinois ou d’Africains. Ce serait tout simplement absurde.

Bon, bref, tout ça pour dire que Sting est encore en forme. Et que plus ça va, plus je mesure la valeur de ce qui est en train de disparaître progressivement. Je deviens un vieux con, quoi.