Au tribunal du mépris

Dès que les juges sont entrées, j’ai compris. Trois femmes entre 40 et 60 ans, bien peignées  comme on imagine des lectrices de Elle, mais avec l’air sévère de ces institutrices que tous les gamins redoutent. J’étais tombé dans la classe de la maîtresse qu’il ne faut pas avoir, et elles étaient trois. Heureusement pour moi j’étais assis au fond de la classe, entre deux journalistes biens mis, dont l’un passa par-dessus moi un petit papier à son collègue pour communiquer, exactement comme le font deux élèves pour ne pas se faire remarquer. Sur le petit papier auquel j’ai jeté un oeil indiscret, le plumitif expliquait à son collègue qu’il ne venait que pour Conversano, le restes des audiences ne l’intéressant pas.

En effet, c’était au procès de Daniel Conversano que j’étais venu assister, curieux de toutes choses comme à mon habitude. Figure du microcosme nationaliste dissident sur internet, Conversano était venu contester un verdict rendu en son absence pour des propos déjà anciens qui, surpris par la Licra (tiens donc) lui avait valu une condamnation pour le traditionnel chef d’inculpation d’incitation à la haine raciale. Il contestait le verdict. La Licra n’avait pour le coup pas daignée être représentée.

La proverbiale impartialité de la justice ne semblait pas de mise. La juge en charge du dossier a d’emblée intimé à Conversano de se taire sur un ton d’hostilité déclarée alors qu’il essayait juste de parler, ignorant qu’il était de la procédure. Avec le même ton hostile, elle a lu les outrances verbales mises en causes, ce qui en chargeait la signification dans un sens éminemment défavorable. Le grotesque des propos cités par la juge ont déclenché quelques rires discrets, provocant aussitôt l’intervention colérique de la présidente du tribunal. Elle menaça de faire évacuer la salle si cela se reproduisait, car « on n’est pas au cirque ici ». Une fois de plus, impression de se retrouver devant une maîtresse d’école aigrie et mauvaise.

Tout dans le ton et le visage des juges m’a frappé par cette hostilité permanente, cette condescendance, cette certitude de dire ce qui se fait et ne se fait pas. Quand ce fut au tour du procureur de s’exprimer, il incarnait à lui seul le mot de mépris. Condescendant, presque moqueur, il affirma que si la procédure le lui avait permis (ce qui n’était pas le cas), il aurait réclamé non pas les 2000 euros d’amende que contestaient Conversano, mais bien de la prison. Frime intimidatrice, sachant qu’il n’avait justement pas les moyens de le faire ? En tous cas, je venais d’entendre un tribunal parler de prison pour sanctionner l’expression d’une opinion. Cela vous fait tout drôle quand vous le vivez en personne.

La défense de l’avocat m’a laissé un impression étrange. Il a présenté Conversano comme un pauvre type, un « semi-clochard » (ce sont ses mots exacts), comme s’il ne valait même pas la peine d’être jugé. Il a désigné les soutiens de Conversano, présents dans la salle, comme des « petits blancs », avec un geste méprisant de la main, histoire de bien montrer que ces gens étaient, au fond, de la merde. Et c’est vrai que ces soutiens de Conversano faisaient pâles figures. Jeunes pour la plupart, mal fagotés, rien en eux n’évoquait la prestance. C’était juste de petits blancs face à des bourgeois, et à ce jeu, on sait qui gagne. En appeler à ce mépris de classe était peut-être une stratégie de l’avocat, et si elle peut éviter à Conversano de payer 2000 euros, pourquoi pas. Mais elle m’a laissé une sale impression. Il s’agissait au fond de dénier à Conversano et à ses soutiens toute responsabilité, et partant toute dignité. Ces gens sont des pauvres types idiots sans avenir, des pouilleux, des manants, pas de quoi perdre du temps avec eux madame la présidente. Ils ne seront jamais rien. Et peut-être, dans cette envolée un peu convenue, avait-il un peu raison. Puis il a eu l’intelligence aussi de mettre en avant les outrances racialistes des Indigènes de la république, il a même cité les propos récents de Macron sur les mâles blancs. Il n’était pas si mauvais.

De la défense de Conversano, je ne dirai rien, sinon qu’on le sentait peu habitué à l’exercice. Une fois de plus, la position de l’élève pris en flagrant délit qui essaye de s’en sortir tant bien que mal, sachant qu’il n’a presque aucune chance.

C’est cela qui m’a frappé : cette sensation de se trouver face à des gens hostiles, tout-puissants, dont il ne fallait rien attendre sinon de la sévérité et, peut-être, de la détestation. Tous communiaient en un même mépris pour le prolo blanc. J’ai compris qu’il y avait, ici aussi, eux et nous. J’ai assisté à la rencontre de deux mondes absolument irréconciliables. J’ai compris qu’il n’y avait rien à attendre de ces magistrats imbus de leur personne, tout ivres de leur pouvoir de dire le bien. Je me suis souvenu de ce que me confiait Xavier Raufer : ce sont des bourges qui n’aiment rien tant que les honneurs.

Je suis sorti du tribunal. Tout cela avait l’air d’une pièce de théâtre bien rôdée dont le but était de faire sentir au petit blanc qu’il avait juste le droit de fermer sa gueule. J’ai repensé à la devise de la république française. Au mot trop souvent négligé de fraternité qui y figure. J’en ai ressenti l’absence totale. Du haut de leur piédestal, ces gens continueront leur oeuvre. Le système est tout-puissant et fonctionnera à plein régime jusqu’à ce qu’il cause sa propre destruction. Ce monde sera un jour emporté par le chaos. Ce n’est peut-être pas si mal, finalement.

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5 commentaires pour Au tribunal du mépris

  1. Emmanuel lebig dit :

    Bon compte rendu. J’y ai bien reconnu l’avocat Gardères, aussi écœurant que lorsqu’il participe à l’émission bistrot-liberté. On imagine bien comment ces républicains haineux condamnaient des innocents à la guillotine lors de la révolution Française.

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    • Kobus van Cleef dit :

      Pas seulement sous la révolution
      Mais surtout lors de l’occupation
      Ces mecs sont insubmersibles
      Judas était leur premier disciple , l’institution est leur patrie point final

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  2. Paul SB dit :

    Très bon billet, ravi qu’un oeil averti ait pu rendre compte du procès de Daniel.

    La bonne journée

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  3. Popeye dit :

    Les magistrats, avec les journalistes et les universitaires de haut niveau, forment la classe jacassante.
    Je n’aime pas utiliser les expressions marxistes, comme « classe ». J’ai plutôt tendance à me méfier des généralisations parfois hâtives.
    Mais il faut bien reconnaître que les statistiques ne sont pas en faveur des magistrats.

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  4. Touvenan dit :

    J’ai cessé de regarder bistro libertés à cause de Nicolas Gardère : il a communiqué à l’ensemble de l’émission un ton faux par ses postures théâtrales, celles de l’avocat qui s’efforce en vain de donner à son public l’impression qu’il pense vraiment ce qu’il dit. Lui d’abord, les autres intervenants ensuite, ont adopté ce ton dont Martial Bild a semblé se réjouir, bien à tort. On a du mal à croire à leur sincérité.
    Au fond, votre description du tribunal suggère que c’était un peu un bistro libertés, avec, malheureusement, des juges mieux installés dans leur rôle et donc meilleurs acteurs de théâtre.

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