C’est moche et ça ne va avec rien, mais…

Le gilet jaune. Un accessoire de sécurité automobile hideux, obligatoire, fluo. Jaune fluo, rendez-vous compte ! Je ne crois pas qu’on puisse faire plus périphérique que ça. Les bonnets rouges, c’était encore trop classe, ou trop marqué politiquement. Là, impossible de faire le lien avec quoi que ce soit, aucun antécédent n’est possible dans la forme. Et c’est justement tout un symbole, celui d’une colère qui n’a pas encore eu d’antécédent véritable depuis l’après-guerre. Rien que ça. On ne peut pas en faire un étendard, tout juste un signe de ralliement. Celui des gens qui en ont vraiment marre.

Pas d’esthétique, pas de dandysme néo-fasciste ou révolutionnaire. Le bouleversement viendra de ceux pour qui la beauté n’est pas la priorité. Pour qui les rond-points sont des repères. On les imagine bien, tous ces Français en gilet jaune, vous indiquer en temps ordinaire, si vous leur demandez votre chemin, d’aller « jusqu’au rond-point puis de tourner à gauche devant le bricomachintruc ». Inutile d’épiloguer sur la France périphérique, chacun sait qu’elle est là, devant nos yeux. Le Français ne se secoue vraiment que lorsqu’on touche à son fric. Il a bien raison.

Je parlais l’autre jour de ce mouvement avec des bourgeois. Des cadres qui gagnent très bien leur vie, et qui se lamentaient le vendredi soir du risque de ne pas pouvoir partir en week-end. J’essayais de leur expliquer que le problème de ces gens, c’était le prix d’un plein, et qu’ils se foutaient bien du reste, de l’Europe, des efforts à faire, de tout quoi. Les bourgeois ne comprenaient pas. Il faut avoir vécu avec 1200 euros par moi pour comprendre. Je n’aime guère les mouvements issus d’un ressentiment ou d’une envie, mais j’aime dans les gilets jaunes cette tendance à faire chier les élites.

Derrière cette histoire de taxe et de fric, il y a évidemment le malaise plus profond des gens à qui on dénie toute existence politique. Toute la journée à la télévision, ce ne sont que jérémiades de divers demandant justice pour quelque voyou qui a un peu trop provoqué la police, pantalonnades sinistres d’animateurs bouffis et faussement comiques, plastronnades satisfaites de politiciens hors-sol qui ont salement la tête d’un pays légal sans sève ni racines. Au fond, les gilets jaunes, ces sont les desouches qui s’énervent. Rien qu’à voir la promptitude avec laquelle ils sont tombés sur le colback de quelques divers récalcitrants, qui d’ailleurs étaient tout étonnés de voir ce qui se passe quand les Français arrêtent de baisser les yeux, ça en dit long. Alors forcément, il y a des dérapages plus ou moins racistes, et l’on voit même des débuts de lynchages qui font tristement penser aux agissements de la racaille. Je crois l’avoir déjà dit quelque part, quand les gens ordinaires commencent à s’énerver, ça a souvent une sale gueule. Ça n’est en général pas très glorieux, mais c’est inévitable.

Sans structure ni objectif politique réel, les gilets jaunes n’iront pas loin politiquement. Peut-être que tout sera oublié dans une semaine ou deux. Mais ils créent un précédent majeur. Les desouches reprennent possession de leur territoire. Ils montrent un peu les dents. Et nous rappellent de quoi peuvent être capables les Français une fois lancés. La flicaille, pour une fois, ne fait pas preuve de trop de zèle. Il y a même une relative bienveillance de ce côté. Surtout parmi les gendarmes.

On sent que quelque chose est en train de remuer en profondeur. Cela prendra encore du temps à mûrir. Mais finalement, les Français finiront peut-être par se secouer. Impossible de ne pas ressentir une forme d’enthousiasme mêlée d’une sourde inquiétude. Ces choses-là se passent rarement dans la joie et la bonne humeur.

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2 commentaires pour C’est moche et ça ne va avec rien, mais…

  1. kobus van cleef dit :

    je dois être assez con,mais je trouve que ça se passe dans la bonne humeur
    n’oubliez pas que la révolution vronzaise a inspiré les plus célèbres chansons connues
    « la marseillaise » ( alias chant de marche de l’armée du Rhin) dont la retranscription la plus phénoménale se tient dans le film de miklos jancsö ( nicolas le jean , traduction littérale du magyar) « rouges et blancs » lorsque les rouges, sur la colline où ils se sont regroupés , mettent baïonnette au canon, et descendent la pente à la course en chantant « la marseillaise » et sont fauchés par la salve venant des tsaristes
    « la varsovienne »
    « la carmagnole » sur laquelle les purs ont épuré plus purs qu’eux
    et tant d’autres

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  2. kobus van cleef dit :

    et puis cessez de dire « les dessouches »
    dites plutôt , comme moi , « les souchards » et « les souchardes »
    ce qui pourrait ramener à la dénomination de Soral , « les français de branche »
    d’où , »les branchards »
    ceux qu’on peut accrocher aux branches?
    non,non, j’ai pas dit ça , hein

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