24 novembre

Petit rapport factuel sur la journée du 24 novembre telle que je l’ai vécue. Point de littérature, juste un témoignage.

Je suis arrivé peu avant midi sur les Champs-Elysées, au niveau du rond-point. Il était très facile d’y accéder. Le blocage mis en place par la police était un véritable gruyère, à tel point que c’en était étrange. J’ai commencé par me heurter à un barrage au bout de l’avenue Franklin Roosevelt, mais un rapide détour par la rue Jean Mermoz m’a permis de passer sans encombre. Regardez sur un plan, c’est à côté. Tout le dispositif était assez lâche. Certaines rues qui donnaient dans les Champs-Elysées étaient bloquées quand d’autres étaient laissées libres.

Je suis resté de midi à 15h30 environ, quasiment tout le temps sur la portion des Champs entre le rond-points et l’angle de la rue George V, soit un tronçon d’environ 750m. Au départ, peu de monde sur le rond-point, il semblait que tout se passait plus haut en remontant vers l’Arc de triomphe. J’ai suivi le mouvement et vu une cabine de chantier retournée. Plusieurs feux avaient été arrachés. Les gilets jaunes étaient nombreux mais dispersés en petits groupes, dont certains restaient dans les rues adjacente. Apparemment, des tirs de grenades lacrymogènes avaient déjà eu lieu.

Durant les quelques heures qui ont suivi, la police a passé son temps à repousser les gilets jaunes de bas en haut et de haut en bas des Champs-Elysées. J’ignore si c’était une stratégie et qu’elle espérait que les gens se dispersent dans les rues alentours à force de lacrymogène ou si c’était uniquement parce que les autorités étaient dépassées par la situation.

La police a largement fait usage de gaz lacrymogène et a fait donner du canon à eau de temps à autre – ce qui m’a d’ailleurs valu d’être renversé une fois. Pour autant que j’ai pu en juger, il n’y a pas eu de charge violente des CRS ou des gendarmes mobiles, et je n’ai pas vu d’interpellation. De même, pas de petits groupes de flics en civil essayant de venir se livrer à des provocation ou cherchant à arrêter des manifestants. Dans l’ensemble, j’ai plutôt eu l’impression que les flics faisaient preuve de retenue, même si j’ai pu voir par la suite des vidéos de brutalité policière.

La stratégie de la police n’était pas très claire, et les CRS étaient intercalés entre des groupes de gilets jaunes. Ils formaient un cordon difficile à franchir entre la zone dans laquelle j’évoluais et la place de l’Etoile. Au fur et à mesure de la journée, des manifestants ont formé des barricades, principalement avec les éléments d’un chantier pillé pour l’occasion. Il y a eu plusieurs feux, dont le plus impressionnant était celui d’une cabine de chantier qui a d’ailleurs causé une explosion (probablement une bouteille de gaz qui était à l’intérieur).

La population était constitué majoritairement d’hommes, de 20 à 50 ans environ. Il y avait une proportion de femme que j’estime à environ 20 à 25 %. Je ne saurais dire combien de personnes étaient présentes, mais l’estimation de 5000 personnes me paraît crédible, au moins pour la portion dans laquelle j’évoluais. Les gens étaient pour la plupart déterminés, mais faisaient preuve de calme et de retenue. Au fur et à mesure de la journée, j’ai pu constater que des éléments d’extrême-gauche se faisaient plus nombreux et surtout plus actifs. J’estime leur nombre à environ 200. Ils étaient à l’origine des barricades et des départs de feu, entraînant dans leur sillage certains gilets jaunes. Ces éléments portaient eux-mêmes souvent des gilets jaunes, mais leur équipements, leur façon de bouger dans la manifestation et d’improviser des barricades ne trompaient pas. Des racailles se sont également mêlées aux événements, mais en nombre restreint. Il y avait aussi une poignée de militants nationalistes, peut-être une vingtaine – et si certains d’entre eux ont mis la main à la pâte, ils n’étaient pas à l’origine des troubles les plus importants.

Vers 15h00, les CRS ont commencer à repousser les manifestants vers le rond-point. Il y avait là un barrage infranchissable qui interdisait l’accès vers la Concorde. L’ambiance devenait de plus en plus tendue et l’extrême-gauche, épaulée par quelques racailles, était de plus en plus active. Beaucoup de gilets jaunes « ordinaires » étaient partis ou s’étaient repliés dans les rues adjacentes. Sentant que la situation menaçait de dégénérer, et ne voulant pas me retrouver coincé dans une nasse, j’ai quitté la manifestation à 15h30 par l’avenue Franklin Roosevelt.

Je pense que les flics avaient des ordres pour ne pas trop cogner, car ils auraient pu le faire en plusieurs occasions. J’ai même vu certains gilets jaunes s’opposer à l’avancée du camion à eau en s’asseyant devant : les flics se sont contentés de les repousser, sans ménagement certes, mais sans faire usage de matraque. Pas d’interpellation, alors que cela était possible et, du point de vue de la police, justifié.

Je garde une impression bizarre de cette journée : une manifestation intéressante car non-encadrée et théoriquement interdite, mais avec une police qui ne pouvait pas ou ne voulait pas réellement reprendre le terrain.

J’écrirais peut-être autre chose là-dessus plus tard.

 

Publicités
Cet article, publié dans Politique, Société, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour 24 novembre

  1. Kobus van Cleef dit :

    J’ai été voir mes potes Gil, et John aussi,au rond point de pen ar chleuz ( cherchez pas, vous aurez du mal à trouver) j’ai pas reconnu mon pote électricien qui vient chez moi ni son copain plombier ( sans lui je serais réduit à des douches au tuyau d’arrosage dans le fond du jardin, autant dire que je sentirais la venaison,ce qui repousserait la sympathie de mes patientes)
    Ils devaient être sur un autre rond point
    Ou ils étaient restés chez eux
    Pas de téléphone, bien sûr
    C’était plus calme que la semaine dernière
    Moins de consommateurs pressés de claquer de la thune dans les supermarchés, je sais pas comment ça s’explique ( de vouloir claquer du pognon lors du blaque fraiday et aussi d’accepter d’en claquer moins, puisque ça devient une addiction)

    J'aime

  2. Pangloss dit :

    Une manif’ informelle, sans cortège, en ordre dispersé. Peut-être une manière nouvelle de manifester. L’essentiel n’étant pas de se grouper mais, tout simplement, de porter si possible paisiblement un signe de reconnaissance. Cette fois-ci un gilet jaune.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s