Rien qu’un Français

Tu arrives sur les Champs-Elysées et ça sent déjà le gaz et la poudre. Les mecs tout en jaune sont dispersés, ça et là, alors tu remontes la poubelle avenue du monde et tu vois des feux rouges arrachés, et y’a même une cabane de chantier renversée au milieu de la chaussée. A côté de toi y’a un rebeu édenté, avec une canette à la main alors qu’il n’est même pas midi, qui dit à qui veut l’entendre « Les Français, y sont énervés, hein, y sont énervés les Français ». Et intérieurement tu approuves, tu te dis que, oui, pour une fois, ça vaut le coup de s’énerver, même si ça te fait bizarre toute cette casse.

Et puis les CRS se remettent à gazer, tu sens la lacrymo qui envahi ta gorge et tes poumons, alors tu relèves ton écharpe sur ton visage mais tes yeux se mettent à pleurer comme jamais, et tu n’y vois plus rien. Tu es dans une petite rue avec plein de gilets jaunes, et tu vois que les Champs sont presque déserts, alors tu y retournes et tu vois que la cabane a pris feu, et les flics qui gazent et chargent encore, au point que toute l’avenue est emplie de brouillard. Et voila les canons à eau, tu te fais shooter alors que tu essayes de renvoyer une lacrymo vers ces salopards. Tu te rends compte que tu es chaud, tout d’un coup, que tu ne veux plus lâcher le terrain. Et ça continue comme ça, dans cette ambiance bizarre de gaz et de flics qui font des allers-retours, avec tout ce monde qui va et vient, indécis, et qui gueule « Macron démission ».

Tu vois des natios qui paradent autour d’un ou deux drapeaux, tu vois tous ces gauchistes professionnels qui pillent un chantier et montent des barricades, et des demi-racailles qui s’invitent à la fête, qui essayent de faire démarrer un camion-grue de 40 tonnes, et tu te dis qu’on est peut-être pas loin de la catastrophe, mais tu t’en fous. Tu vois les mecs s’énerver, tu les vois balancer des pavés sur les flics, des putains de pavés d’un kilo qui peuvent t’envoyer un gars ad patres, et tu te dis que peut-être ces mecs font n’importe quoi, parce qu’au fond, tu sais que personne n’ira jusqu’à l’Elysée, ni aujourd’hui, ni même demain.

Et tu contemple ce chaos de gaz, de métal, de feu, de gilets et de drapeaux, et partout tu vois la France, la France bien vénère des beaufs, des natios, des rouges, des cailleras, et tu comprends que tout ce bordel, c’est une seule et même chose, c’est le jour de ceux qui ne demandent pas l’autorisation de manifester, parce que c’est un truc de soumis que de demander gentiment en préfecture la permission de se rebeller. Et tu es content que ça foute la trouille à tous ces cons, là-haut, quelque part dans les salons de la République.

Tu sens au fond de toi ce mélange d’excitation et d’amertume, cette adrénaline qui a du mal à cacher le « à quoi bon ? », tu sens la tension monter au fur et à mesure que les braves beaufs se tirent pour laisser place aux fouteurs de merde, et tu ne sais pas quel camps tu vas choisir, parce qu’au fond, c’est difficile de savoir ce qui te pousses ici, face à ces flics qui gardent la matraque au pied.

Et quand tu rentres, tu te dis que tout ça est un peu idiot, un peu trop parti en couille pour pas vraiment de résultat. Mais quelque part, tu sais que ça a été une des meilleures journées depuis bien longtemps. Et quand tu lis un touite d’un putain de macroniste qui accuse cette journée de n’avoir été rien d’autre qu’un déchaînement de hooligans, tu sais qu’il a raison. Et que c’est pour ça que c’était bon. La prochaine fois, tu seras là. Avec la France bien vénère. Celle des bourrins. Celle des gars qui ne demandent pas l’autorisation de manifester. La France, quoi.

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2 commentaires pour Rien qu’un Français

  1. Pangloss dit :

    Vous avez raison: le plus important dans cette journée de samedi, c’est que les gilets jaunes n’ont pas demandé l’autorisation de manifester.

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  2. Kobus van Cleef dit :

    Tiens moi aussi je suis un cefran vénère
    De plus en plus
    Je devrais pas pourtant
    Je suis pas perdant dans le système, et même assez gagnant
    Mais je déteste cette culpabilisation du souchard, cette propagande aveugle, ces stéréotypes imbéciles imprimés dans la cervelle de nos intelligences
    Et puis ce mépris de fer pour notre plèbe soucharde,ce mépris véhiculé par nos amuseurs publics,nos grandes consciences subventionnées
    Tous ces béchameles ( qui est le pluriel féminin de beau chameau ? ha non peut être pas) tous ces romains goupils qui nous chient dessus depuis des lustres, qui arbitrent les élégances, c’est devenu irrespirable
    De l’air !
    Même si ça sent la lacrymo

    Aimé par 1 personne

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