Journalicité toxique

Il est fort possible que les médias de masse, et tout particulièrement la télévision et la radio, soit structurellement – et peut-être à leur corps défendant – les pires ennemis de la liberté de penser et de s’exprimer qui soit. Laissons là les habituels biais des journalistes. Même sans cela, il leur serait impossible de produire un discours équilibré et honnête, quand bien même ils le voudraient. Les formats d’interview radio et télévision ne laissent pas de place au moindre développement d’une pensée un tant soi peut construite et autonome. Il faut allez vite, et malheur à celui qui n’a pas à l’avance préparé précisément le message qu’il souhaite délivrer : le journaliste a son propre message à faire passer, et lui est un professionnel aguerri. Sur une demi-heure qu’on promet à l’invité, il n’aura en réalité la parole que quelques minutes. Plus le média a une audience importante, plus il est, en un sens, professionnel, moins il est possible d’y dire quoi que ce soit qui fasse vraiment sens. Tout y est formaté, soumis au seul baromètre de l’audimat et des annonceurs (comprenez les entreprises qui payent fort cher la publicité).

Le discours se compose alors de ces fameux « éléments de langage », sorte de répertoire de mots et d’expressions qui ne veulent pas dire grand-chose mais dont on espère qu’elle frappera le cerveau émotionnel des auditeurs. Tout est réduit à l’état de slogan simplificateur, c’est le règne de la formule, de la « petite phrase » ou de ce qu’on appelait autrefois le « bon mot » – autant de choses amusantes mais souvent vides de sens qui n’existent que pour divertir en faisant semblant de faire penser.

C’est là tout le métier du journaliste : amener la personne qu’il interviewe à résumer en quelques formules simplistes au mieux ce que l’invité veut dire, au pire ce qu’on veut lui faire dire. On avait reproché à Patrick Le Lay, qui dirigeait à l’époque TF1, sa phrase selon laquelle il vendait du « temps de cerveau humain disponible ». Il était honnête (et probablement un peu cynique aussi), et ça n’a pas plu. La vérité fâche.

On assiste alors à la starification des journalistes, qui sont là pour faire leur show, sous couvert de nous informer et de nous édifier moralement. Cette parenté avec le monde du spectacle se double de la généalogie du slogan, qui nous renvoie aux bolchéviques, premiers à en avoir saisi réellement la puissance. Les journalistes deviennent des clowns graves et cyniques, dont le seul travail est de faire rentrer un discours dans le lit de Procuste imposé par un système particulièrement efficace.

Restent alors les indépendants, les petits, les alternatifs, qui non contraints par les règles de l’audimat et moins soumis celles de la bienséance morale contemporaine qui interdit certaines opinions, peuvent donner la possibilité de parler vraiment, et donc de penser un petit peu.

Ce n’est pas la censure, mais le journalisme de masse qui aura été le pire ennemi de la liberté d’expression, car il noie et dilue la pensée, de sorte qu’on finisse par croire qu’elle n’est plus que cette chose creuse et pénible qui n’est même plus du mensonge, mais simplement du baratin.

C’était mieux avant. Et alors ?

« C’était mieux avant ». Il semble que ce soit le seule et unique slogan que les critiques des changements actuels et récents soient capable de formuler. Tous les sceptiques ne semblent pouvoir être autre chose que des réfractaires, des nostalgiques, des réactionnaires au sens basique du terme : des gens capables de réagir mais non d’agir. Or réagir, c’est déjà être en retard. C’est se définir par rapport à ce à quoi l’on réagit. L’action de l’autre est le principe de mouvement de celui qui réagit, et en cela il lui est subordonné. L’action supplante toujours la réaction.

C’était peut-être mieux avant, ou peut-être pas. Je ne vais pas en discuter ici. Admettons que sur certains points, c’était mieux avant. Par exemple quand il n’y avait pas de divers pour lesquels il y a toujours un problème de vêtement, de nourriture, d’horaire de piscine ou de mauvais regard. Je ne vais pas m’étendre, point n’est besoin d’être très subtil pour comprendre.

Avant ne reviendra pas. Avant ne revient jamais. Le passé est passé, et il est vain de se plaindre du changement, car le changement est permanent. C’est l’impasse du discours de gens comme Zemmour. Il parle de ces gens qui voient leur environnement changer, qui en souffrent et qui ont raison d’être mécontents. Il a raison sur toute la ligne. Mais ça s’arrête là. Car ce n’est pas en disant à des gens qu’ils ont raison d’être malheureux qu’on change quoi que ce soit. Il y a eu des centaines de milliers de gens malheureux et mécontents de changements depuis que le monde est monde, et jamais au grand jamais on n’est revenu en arrière pour eux. Ça ne marche pas comme ça. C’est exactement la même chose pour les Gilets Jaunes. Ils ont bien raison de se plaindre, mais ça ne changera rien, car on ne reviendra pas en arrière pour eux.

Il en va de même de ceux qui disent « ce n’est pas parce qu’on va se débarrasser des divers, de l’Europe, de Macron et du reste que cela règlera vos problèmes » afin de délégitimer toute colère. En un sens ils ont raison. Mais notre but ne doit pas être de « régler des problèmes », puisque ces problèmes font partie intégrante de la situation que nous refusons. Il ne s’agit par de régler des problèmes, car les problèmes ne sont jamais réglés. Régler un problème, c’est proposer une immobilisation. C’est promettre qu’une fois le problème réglé, tout ira bien. C’est faux. Le monde continuera à changer.

Il faut proposer un autre monde. Il faut être en avant de ce qu’offre le système. Il faut faire en sorte que ce changement que nous propose le système paraisse ringard et ridicule au regard de ce que nous offrons. Eux nous parlent du monde de demain dans lequel les migrants paieront les retraites et où nous serons tous des start-upers (ou des esclaves ubérisés). Nous devons parler d’un monde dans lequel tout cela sera ridicule et grotesque, qui ne sera ni l’impossible – et finalement peu souhaitable- retour à la France de Michel Audiard, ni le cauchemar multi-ethno-culturo-sexo-je ne sais trop quoi qui est en fait une réalité qui tend déjà à se figer en un masque de Gorgone hideux et prêt à éclater.

Ce que sera ce monde ? Il y a autant d’alternatives que nous pourrons en imaginer.

Devenir mauvais

Le plus triste effet de cette société de promiscuité multiculturelle est qu’on ne se sent plus faire partie d’un tout. L’empathie même pour nos semblables s’émousse. Nous ne pouvons plus nous sentir solidaires de quiconque, car cette société ne nous intéresse plus et nous ne souhaitons pas sa pérennité. Tout acte d’altruisme viendrait affirmer bien malgré nous une forme de validation de l’ordre social. Non pas que nous refusions volontairement notre empathie à nos semblables, mais elle ne naît plus spontanément. La société multiculturelle, qui noie tous nos repères, nous rend mauvais.

L’homme redevient un loup pour l’homme. Encore que les loups soient des créatures beaucoup plus sympathiques et sociales que ce que l’on veut bien croire. Quoi qu’il en soit, le cauchemar dont voulait nous faire sortir Hobbes est en train de revenir, et une fois de plus sous une forme inattendue.

Fincher

Fight Club, le film de David Fincher, a été un pour moi des plus gros choc cinématographique, et probablement le dernier. J’étais encore suffisamment jeune pour être impressionné par un film, et celui-ci semblait parler de quelque chose de très profond, qui définissait parfaitement un malaise que pouvait ressentir les jeunes hommes de la fin des années 90.

J’ai lu bien plus tard le livre de Chuck Palahniuk qui est à l’origine du film. En règle générale, les livres sont meilleurs que les films qu’ils inspirent. Au mieux, le film est aussi bon que le livre. Là, impossible de ne pas voir que le film de David Fincher est nettement supérieur au livre. Il y a apporte une esthétique, une noirceur et en même temps un glamour cool et humoristique que je n’ai pas réussi à imaginer en lisant le livre. Il faut bien reconnaître que sans le livre, il n’y aurait pas eu de film, et que l’idée originale est due à Palahniuk. Mais dans ce cas précis, Fincher a apporté une dimension qui n’existe pas dans le livre, qui fait vivre l’histoire à un niveau supérieur.

J’étais peut-être trop sous l’influence du film pour pouvoir imaginer autre chose en lisant le livre, mais cependant il m’était impossible d’imaginer quelque chose comme le film en lisant le livre. Le film propose une vision que je n’arrivais pas à imaginer et que je ne trouve pas dans le livre. Je me demande encore comment Fincher a réussi à tirer cette vision du texte de Palahniuk. Toutes proportions gardées, le Seigneur des Anneaux ou même le Hobbit de Peter Jackson, tout en étant une très bonne adaptation de l’oeuvre de Tolkien, n’apporte rien qu’on ne puisse reconnaître, et pour tout dire j’ai vu dans le film exactement ce que j’imaginais, à peu de choses près, en lisant le livre lorsque j’avais 15 ans. Fight Club est tout autre. Il y a un authentique coup de génie de Fincher.

C’est le meilleur, et peut-être le seul exemple, d’une collaboration aussi féconde. Le roman de Palahniuk a été la base pour quelque chose de plus grand. Cela est d’autant plus étonnant que le reste de la filmographie de David Fincher ne présente pas d’autre film aussi génial. Ses autres créations sont de bonne facture mais restent classiques. Fight Club a été son geste anarchiste.

Quand vous avez un doute, marchez

La marche à pied est spécifiquement humaine. C’est peut-être même un besoin vital. Ne plus marcher, ou trop peu, est mauvais pour les muscles comme pour le système digestif, et plus encore pour le cerveau.

Lorsque je ressens de la difficulté à écrire, à penser, à prendre une décision, je vais marcher. La solution ne se présente pas comme par magie, mais la marche me rappelle qu’il existe autre chose que la position assise.

Il faut marcher dès que nous en avons l’occasion. C’est une partie de notre liberté. Abandonner la marche, c’est abdiquer une part de notre humanité.

Vous imaginez bien ce que je pense de trottinettes électriques… à vrai dire, leur mouvement peut être assez gracieux. Mais cela reste un moyen infantile et paresseux de se déplacer.

Au pays sombre et froid

J’ai grandi à une époque où l’URSS existait encore. Les dictatures, pour ce que j’en comprenais, me semblait être des pays où il faisait gris et froid en permanence, dans lesquels la police veillait en permanence sur des rues désertes et où les magasins étaient vides. On pouvait venir vous arrêter sous le moindre prétexte puis vous jeter dans un camp ou une prison pour le restant de vos jour. Je pensais, dans ma naïveté, que les dictateurs étaient tout simplement des gens méchants. La réalité était plus complexe, même si les camp et les arrestations arbitraires existaient bel et bien.

Ce que je ne pouvais imaginer, c’était que la dictature puisse prendre une autre forme, et j’étais persuadé d’habiter dans un pays libre, lui-même appartenant au camp du bien et de la liberté. Tout cela était simpliste mais pas complètement faux, et il n’était pas si mauvais de vouloir fournir aux jeunes et aux moins jeunes une image positive de leur pays. Ce que je n’avais jamais imaginé, c’est que la dictature puisse prendre une autre forme que celle d’un tyran moustachu en uniforme. Je voyais tout comme dans Tintin au pays des soviets.

Pourtant, une forme de dictature plus subtile, plus sournoise est possible. Elle se met en place progressivement, sous nos yeux, et à nos dépends. Dictature est peut-être un mot trop fort. Pour l’instant du moins. Mais il y a une indéniable dérive autoritaire tant des gouvernements que des tenants de la morale publique, j’ai nommé les lobbys et les journalistes. Les magasins sont pleins pourtant, et nous n’avons jamais autant vécu dans l’abondance qu’aujourd’hui. La dictature n’est pas uniquement l’apanage des pays pauvres. Je n’aurais jamais imaginé voir cette dérive prendre forme. Mais l’histoire est là pour nous surprendre en permanence, et rien n’arrive jamais sous les formes que nous attendons.

Certains y voient la victoire définitive de la démocratie libérale sur des opinions anciennes qui ne sont plus viables aujourd’hui. Leur seule réponse au désarroi que provoque ce monde nouveau – et souvent cynique et menteur – est de rentrer dans le rang ou de crever. On se croirait dans une de ces dystopies qui paraissaient forcées que l’on trouvait dans la science-fiction. Une sorte de monde tel que le décrivait Fritz Lang dans Metropolis, mais qui serait voué à perdurer et non à tenter de résoudre ses contradictions. Un univers qui emprunte aussi bien au chaos social et technologique de Blade Runner qu’au monde d’injonctions de 1984. L’idéal de ceux qui bâtissent ce monde, c’est Gattaca. En pire.

Ironiquement, le monde qui devrait nous apporter le plus de sécurité et de liberté possible, le monde de l’âge d’or techno-scientifique, est aussi celui qui nous asservit le plus. Non pas que l’asservissement n’ai jamais existé auparavant, bien au contraire. Il est juste beaucoup plus efficace qu’avant.

Ce n’était pas mieux avant. Mais ça ne le sera pas vraiment après. Ni même maintenant.

La révolte est toujours pour demain

Comme beaucoup, il m’arrive de me demander quand est-ce que nous nous fâcherons pour de bon. Quand est-ce que trop sera vraiment trop. La réponse est pourtant simple : nous nous révolterons demain. Mais pas aujourd’hui. Et malheureusement nous ne vivons jamais qu’aujourd’hui.

Il y aurait pourtant de quoi s’énerver. Nos politiciens sont des menteurs placides et corrompus qui ne semblent être là que pour se servir. Les services de l’État sont tracassiers à un point qui frise parfois la farce sinistre, État dont il semble que le racket quotidien du contribuable soit devenu la seule raison d’exister. L’immigration-invasion tourne tous les jours un peu plus à la catastrophe et la criminalité galopante ne semble connaître d’autre frein que le manque d’heures dans la journée des malfaisants pour nuire encore plus. Les juges ont la main lourde sur l’innocent qui a la mauvaise idée de vouloir se défendre mais sont toujours prêts à se montrer compréhensif avec la pire racaille. Les seuls qui semblent devoir craindre l’implacable bras de la justice sont les quelques uns qui ici ou là se permettent d’exprimer une pensée en désaccord avec l’idéologie dominante. Tous les jours la propagande multiculturelle nous impose les pire absurdités qu’il faudra bientôt répéter sous peine d’être dénoncé par nos propres enfants, comme c’était le cas dans la peu regrettée Allemagne de l’est. Et malgré tout cela, les Français ne s’énervent pas. Ils remettent leur fureur à demain car, voyez vous, tout ne va pas si mal.

Et en effet ils ont raison. Tout ne va pas si mal tant qu’on n’est pas touché soi-même par la lente catastrophe. Certains mêmes touchés dans leur chair par le terrorisme refuse de s’énerver, c’est vous dire si le problème est grand. On s’habitue à tout. Alors nous attendons passivement, en nous disant que tant que cela ne nous touche pas directement, ça peut aller. Et d’ailleurs, ça va. Bon an mal an, nous acceptons tout. Il n’y aura pas de réveil car le phénomène n’est pas assez brutal. Et quand bien même il le serait, le peuple français a déjà prouvé qu’il pouvait s’accommoder de bien pire. Chaque jour est un petit renoncement, à tel point que ce qui semblait impossible et scandaleux il y a quelques années, quelques mois même, nous paraît atrocement banal aujourd’hui. Qui se soucie encore d’une attaque au couteau au cri d’allaouaquebare ? Qui s’inquiète de ce que des bandes s’affrontent parfois mortellement dans telle ou telle zone perdue ? Qui s’offusque de ce que les femmes voilées se multiplient jusque dans les campagnes les plus reculées ? Qui se soucie des prières de rues ou de l’implantation de migrants tant que cela ne se fait pas sur leur trottoir – et encore ? Qui se fâche vraiment que la maréchaussée fasse du zèle contre l’automobiliste ou que les radars se multiplient pour soustraire encore plus de pognon sous couvert de « sécurité » ? Qui se plaint d’être traité comme un délinquant par les services de contrôle des aéroports dont le personnel est trop souvent constitué de petites frappes mal éduquées qui ont trop souvent la même tête que ceux contre qui ils sont censés nous protéger ?

Parce que, voyez vous, tout ne va pas si mal. Pour que tout aille vraiment mal, il faudrait que la France ressemble à la Syrie ou à l’Irak en guerre. Et encore, je doute. Tant que Paris ne ressemblera pas à Dresde en 1945, il y aura des gens pour trouver que tout ne va pas si mal.

C’est de cela dont nous crevons à petit feu, et j’ai bien peur que la France n’ai qu’une envie : qu’on la laisse mourir tranquille.

J’avais écrit ce post il y a deux ans, et je l’avais gardé comme brouillon. Rien n’a vraiment changé.

L’Anarchiste

Dans ce monde, nous pouvons adopter la position du soumis résigné, du contributeur enthousiaste, ou enfin de l’anarchiste. Le soumis résigné subit, il hausse les épaules en attendant que ça passe, et ça ne passe évidemment jamais, car tout le système est fait pour durer. Parfois il s’énerve et grogne, mais la flicaille est là pour le faire rentrer dans le rang, avec toute la brutalité possible s’il le faut. Le contributeur enthousiaste est celui qui a trouvé sa place dans ce système, et qui en croit tirer les plus gros bénéfice, alors qu’en général il ne fait que récolter des miettes qui suffisent à son confort. Il a toujours un bon argument pour vous dire que tout ne va pas si mal. Il est le meilleur soutient du système, quoi qu’il dise ou fasse. Sa vie est faite de tableaux excel et de présentations powerpoint, qu’il prend pour les plus fins accomplissements de la pensée humaine. L’anarchiste enfin vit caché mais il lutte tous les jours pour ne pas céder moralement, pour ne tomber ni dans l’apathie du résigné ni dans la facilité de l’enthousiaste.

Il est difficile d’être l’anarchiste, car il faut pour cela être capable d’une discipline de fer. Se tenir droit quoi qu’il arrive. L’anarchiste est le dernier à avoir une éthique dans un monde qui ne demande que l’obéissance réjouie.

C’est la seule position viable. Celle du grain de sable, qui espère qu’un jour le système craquera sous son propre poids, sans vraiment se faire trop d’illusion à ce sujet.

C’est déjà un travail difficile que de rester libre dans un monde où tout n’est qu’asservissement mental.

De mal en pis

La police est en roue libre complète depuis presque un an. Elle cogne sans discernement tous les week-ends, sans être le moins du monde inquiétée. Les flics cachent leur visage et leur matricule. Je suis étonné de ce que personne, à ma connaissance, n’ai porté dans le débat public ce fait choquant : la police agit masquée. Cela ne devrait pas être dans un pays qui se prétend un État de droit. J’en ai plus qu’assez de voir ces vidéos de brutalités policières. Au départ, elle excitait ma détestation de la police et confirmait à chaque fois la mauvais opinion que j’ai de ces gens, dont je pense franchement qu’ils n’ont pas d’honneur. Maintenant, je ne veux même plus les voir, ni de près ni de loin, ni en vrai ni en photo.

Je ne perdrai pas plus de temps à parler de la flicaille. Ce qui est effrayant, c’est la bonne conscience tranquille – ou le cynisme froid – avec lequel les politiques assument cette violence. Et pire encore, l’absence quasi-totale de la moindre critique de la part de cette horde inculte qu’on appelle journalistes et qui semble ne vivre que pour nous bourrer le mou avec des bêtises.

La conclusion de tout cela, c’est qu’un pouvoir peut aller très loin s’il a l’appui de la presse. Soyons effrayés. Le pire est encore à venir, car la veulerie des journaliste est peut-être plus grande que la morgue des politiques.

Ce monde dont nous ne voulons pas

Face à ce monde qui nous a acheté avec son confort il ne nous reste que le sabotage et la poésie. La poésie est en elle-même une oeuvre de sabotage de ce monde fait d’injonctions, de surveillance et de langage managérial élevé au rang de sagesse, ce qui dit bien la médiocrité de nos ambitions. Mais le confort nous achète tous. Il est grand, il est agréable, et nul d’entre nous ne peut prétendre y échapper. Il nous a été donné au prix d’un assèchement moral et spirituel, et nous n’avons pu le refuser. Nous l’aimons, mais nous souffrons de l’esprit qui y préside. Alors il ne nous reste que la possibilité de petits sabotages quotidiens par la dérision. Et la poésie, qui se révèle une chose profondément révolutionnaire dans un monde voué aux « process » et à « l’optimisation ».

Face à cela, il y a encore la possibilité de sourire parfois. Lorsque nous croyons avoir entrevu un peu de liberté.