Un peu de liberté

Je n’ai pas beaucoup de temps en ce moment pour me préoccuper de l’actualité. L’avantage, c’est que j’échappe partiellement à la covidémence généralisée. Partiellement car lorsqu’on est obligé de porter cette saloperie de masque pour travailler, on ne peut pas totalement en faire abstraction. L’inconvénient, c’est que lorsque je reconnecte pour prendre des nouvelles du monde, la situation de nos liberté a empiré au-delà de l’imaginable.

J’ai eu la chance de me trouver un soir avec des gens qui sont totalement hermétique à cette folie collective. Il m’a semblé presque incongru d’être réuni avec des gens sans masque, comme avant. C’est là que je me suis rendu compte que malgré tout, on a beau résister mentalement, cette folie réussit à faire son chemin dans notre cerveau. Malgré moi, j’ai intégré le fait que le masque était la norme sociale.

Mais la bonne nouvelle est qu’il y a encore des îlots de lucidité. Au stade où nous en sommes, il est du devoir de chacun de nous de préserver la flamme. En secret s’il le faut. Le plus dur est encore devant nous.

Tout cela finira un jour. Mais quand ?

Ave Cesar !

Le cinéma a tenu une grande place dans ma vie à une certaine époque, qui était celle de la jeunesse, quand on découvre une multitude de choses et qu’on prend conscience de l’étendue de la créativité humaine.  Peut-être que le cinéma est justement fait pour les âmes jeunes. Avec l’âge, la maturité, tout cela paraît un peu dérisoire, au point que je ne regarde plus que rarement des films, et quand cela m’arrive, c’est surtout pour revoir ceux qui m’ont marqués.

Évidemment, je ne me suis jamais intéressé à la pathétique cérémonie des Césars, mauvais décalque des Oscars américains. Les échos que j’ai eus de la dernière édition semblent indiquer que cette pantalonnade a touché le fond du grotesque cette année (bien qu’en terme de pire, on puisse toujours avoir des surprises), symptôme flagrant de la dégénérescence complète du cinéma français depuis quelques décennies. Il faudrait d’ailleurs être complètement fou ou abruti pour payer afin de voir un film français qui a moins de 20 ans.

Je ne vais pas perdre mon temps et gaspiller le votre en faisant la liste des reproches qu’on peut faire au cinéma français, le seul mot grotesque de « Danyboon » résumant à mon avis à peu près tout. Plus intéressante me semble l’idée que le cinéma, d’une manière générale, est peut-être arrivé au bout de ce qu’il pouvait donner, qu’il a tout dit, et qu’il ne peut plus qu’être une pâle copie de lui-même, dans le meilleur des cas. Après tout, le cinéma n’a qu’une centaine d’année d’existence, ce qui est très peu au regard des toutes les autres formes d’expression artistique, et pourrait bien disparaître avant toutes les autres, car il est lié par essence à des conditions techniques et à un moment industriel. À l’échelle de l’humanité, l’effet Lindy joue plutôt en sa défaveur.

D’autre part, la façon de consommer un film n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était il y a encore une vingtaine d’années. Que ce soit dans une salle ou à la télévision, il fallait à une époque être présent à un certain créneau horaire et on ne pouvait pas arrêter de regarder pour reprendre plus tard, y compris des séries qu’on ne pouvait suivre qu’en étant fidèle au rendez-vous imposé par la grille horaire d’une chaîne télévisée. Les plus jeunes n’ont pas connu cela et ont probablement du mal à imaginer ce type de contrainte. Aujourd’hui, un film, une série, ou toute œuvre apparentée se consomme n’importe quand, n’importe où, au rythme qu’on choisit. Ce changement est d’origine purement technique – la capacité à envoyer des flux d’image et de son sur des appareils aussi petits et portatifs que les ordiphones – et induit un mode de consommation nouveau, et par ricochet une façon de créer et de produire différente, d’où l’avènement des séries débitées ad nauseam pour meubler les offres des plateformes.

Si je voulais être méchant, je dirais que le cinéma est un truc de boomer : des gens jeunes, insouciants et nombreux se réunissent dans des salles pour voir des films dont ils gardent des souvenirs impérissables des années plus tard (et il est vrai qu’il y avait de bons films à une époque). Le cinéma va disparaître avec eux, remplacé par une sorte de retour aux origines de ce qu’il était : un divertissement forain pour illettrés, dont on voit aisément la résurgence dans les blockbusters hollywoodiens dont le principal souci est d’en mettre plein la vue au spectateur d’un côté, et de l’autre la prolifération des micro-séquences façon tik-tok qui rappellent les lanternes magiques et autres appareils des débuts donnant à voir de courtes séquences insolites en boucle mais qui ne racontaient pas grand-chose. D’ailleurs, une remarque typique de boomer est qu’on profite mieux d’un film comique quand on le voit dans une salle, car le rire serait communicatif et social. C’est évidemment dépassé : la dimension collective du cinéma a vécu, l’image animée s’expérimentent désormais seul ou à quelques uns dans le confort – relatif- d’un appartement, pratique résumée par l’expression hideuse « Netflix and chill ».

Évidemment, la caste incestueuse qui domine le cinéma en France n’a rien compris et s’attache à son modèle vermoulu, exactement comme le fait la caste dirigeante en politique. Ce qui nous donne la calamiteuse cérémonie des Césars qui se vautre dans la bêtise, la vulgarité et le gauchisme indigéniste.

En attendant, vous pouvez toujours revoir Le voleur de bicyclette ou Rome ville ouverte.

Contrainte

J’ai été contraint de me faire tester covid. C’est douloureux, désagréable, humiliant. Légalement, aucun employeur ne peut vous y obliger. Mais dans les faits, il est impossible de s’y soustraire, surtout dans un métier où le télétravail est impossible et où l’on travaille par réseau sur des projets courts, dans un milieu qui ne connaît pas le CDI.  Il y a ce qui est légal, et ce qui est possible. Et souvent, la différence est suffisante pour que vous puissiez être contraint à vous soumettre malgré la protection que vous offre théoriquement la loi.

Je ne discuterai pas du bien-fondé des tests sur personnes asymptomatiques. Je pense que c’est une connerie mais je comprends que mon employeur cède à la paranoïa. Il a de bonnes raisons pour cela. Ce qui me gêne, c’est qu’une entreprise, surtout si elle emploie un grand nombre de personne, devient le lieu idéal pour l’application d’un programme étatique de contrôle total de la population. Parce que toute cette histoire de masques, de couvre-feu, de tests et de vaccin n’est pas autre chose. Le salarié est toujours soumis à une contrainte, plus fortement qu’un indépendant. Cela explique pourquoi l’État n’aime pas les indépendants. Un salarié est beaucoup plus facile à contrôler.

Je n’en veux pas à l’infirmier qui, prenant son travail un peu trop au sérieux, m’a tanné toute la journée pour que je n’oublie pas de me faire tester. Mais il est malgré lui un rouage de cette machine à asservir, exactement comme le flic qui chasse les promeneurs des quais de Seine à grand renfort de mégaphone.

J’ai bien moins peur du covid que de l’État, et tout citoyen pour qui la liberté est une valeur fondamentale devrait comprendre cela. Je sais que certains croient sincèrement que cette maladie est très dangereuse. Qu’ils n’aient pas peur. Je discute régulièrement avec  des médecins, dont l’un a un poste important dans un gros hôpital de la région parisienne. Le covid ne les inquiètent absolument pas. Ce qui les inquiètent, c’est plutôt le manque de fiabilité des tests