Haras

Je regarde de temps à autre les vidéos de Tatiana Ventôse. Elle a récemment parlé du projet mort-né de super-ligue de football pour pointer avec justesse le fait qu’il s’agissait d’un nouvel épisode de la tentative des couches supérieures de la société pour faire sécession d’avec le reste de la population. C’est un de ses fils directeurs. Elle faisait la même réflexion sur l’agriculture bio, qui cible les 30 à 40% de gens qui ont les moyens, laissant au reste les joies d’une nourriture bas de gamme très souvent importée de pays assez peu regardants sur les conditions de production de nourriture.

Ce projet de super-ligue est évidemment un truc de clubs riches qui en ont marre de se farcir les pouilleux dans des matchs dont l’issue est de toute façon connue d’avance. Je dois reconnaître qu’il y a une certaine logique à cela. Plus encore : je pense que ceux qui mettent en avant les « valeurs du sport » qui seraient bafouées sont des idiots. D’une part parce que les valeurs du sport sont un enième mensonge : tout ce qui compte, c’est de gagner (en donnant l’apparence de respecter les règles). D’autre part car il y a bien longtemps que le sport professionnel relève de l’industrie du divertissement, industrie dont le but est de générer des profits.

Conclusion : tant que les organisateurs du football professionnel trouveront des idiots pour payer, ils continueront. Tant mieux pour eux, et ceux qui se font plumer dans l’affaire le méritent amplement.

Ces sportifs professionnels sont des idoles creuses qui ne peuvent impressionner que les enfants. Un homme raisonnable ne devrait pas perdre son temps avec ces bêtises. Un sportif peut inspirer pour peu qu’on pratique soi-même le sport en question. Et encore. Ces gens sont des animaux de luxe, fragiles et improductifs. Il est normal qu’ils finissent par être des poupées pour riches qui souhaitent en mettre plein la vue aux manants. De ce point de vue, une équipe de football de haut niveau n’est guère différente du haras d’un prince arabe, et c’est exactement ce que deviennent les clubs « prestigieux ».

Tout cela n’est évidemment pas notre vie. Celui qui aime le foot devrait trouver plus de satisfaction dans la vie de son club local plutôt que dans la fascination béate pour des clubs qui ne signifient rien pour lui. Évidemment, on y perd en clinquant.

La fascination pour les colifichets brillants nous perdra. Elle est la marque des peuples faciles à dominer.

Pensez-y : il ne coûte rien de dire à toute cette industrie du sport d’aller se faire foutre.

En sortir ?

J’ai dîné chez un couple de médecins il y a peu. Ce sont des vaccinistes militants et d’après eux, des usines Pfizer seraient en train de monter en puissance pour sortir des millions de doses de vaccin d’ici trois semaines en France.

La seule question qui vaille maintenant est : comment allons-nous sortir de tout ce délire ? Plus le temps passe et plus l’anormalité s’ancre dans nos vies comme une normalité. Les gens s’habituent. La machine est lancée, et plus encore que son dynamisme morbide  des débuts, c’est sa routine tranquille et inexorable qui est maintenant à craindre. Si le vaccin vient à se révéler nocif, ils nous feront gentiment le coup du sinistre Fabius : « responsable mais pas coupable ». Ce qui revient à dire : j’y suis pour rien. Ce ne serait pas la première fois

Le seul espoir que nous ayons à court terme est l’inévitable dissension au sein des élites. Macron serait plutôt anti-confinement alors que le ministère de la santé essaierait de pousser au maximum dans le sens de mesures sanitaires toujours plus dures. C’est ce qui se passe quand le politique refuse ses responsabilités et passe la main à des techniciens dégagés de toute responsabilité. Ici, les médecins. Je ne sais ce que vaut cette information, mais après tout, nos politiques sont tellement pris dans des forces contraires de conflits d’intérêt, de délire idéologique et d’incompétence que tout est possible.

Ce même couple de médecins se félicitait de la prochaine réouverture des restaurants promise pour la mi-mai et admettait d’ailleurs que le gros de l’épidémie était derrière nous (no shit, Sherlock ? Comme la grippe en hiver quoi…). Ces gens émettaient aussi l’hypothèse convenue et assez évidente que le covid pourrait bien devenir saisonnier. Un peu comme la grippe, ai-je fait remarquer, tout en suggérant que le pouvoir trouverait un nouveau prétexte pour nous ré-enfermer une fois l’automne venu, et ce au moins jusqu’à la tentative de réélection de Macron. J’ai senti un léger malaise et une grande incrédulité. Je n’ai pas insisté.

Pour un homme qui a un marteau, tout problème est un clou. J’ai enfin compris exactement la signification de cet adage. Pour un médecin, il n’y a pas de problème politique. Ils ne comprennent pas ces choses-là. Reste nos dirigeants, à propos desquels nous auront toujours à hésiter entre les blâmer pour leur incompétence ou leur malignité. Il y a un peu des deux, probablement.

Vision

Il paraît de plus en plus évident que nous ne sortirons qu’à grand-peine de la covidémence, qui pour l’instant s’accentue bien plus qu’elle ne s’apaise, et ce en dépit de toute logique. J’ai depuis longtemps cessé d’argumenter avec les covicroyants. Je me contente d’instiller ici ou là le doute chez les semi-croyants et de renforcer la conviction des non-croyants. Mais tout ceci ne m’empêche malheureusement pas d’éprouver un profond désarroi, qui est à mon avis le sentiment dominant qui décrit le mieux l’époque, le zeitgeist.

La crise de covidémence est par ailleurs un symptôme du dysfonctionnement complet des sociétés développées. Nous sommes arrivés à une situation démographique et techno-scientifique tel que le système ancien ne pourra bientôt plus subsister, et je vois dans cette crise la réponse paniquée des tenants de ce système. Cependant, il ne faudrait pas ignorer le fait que les décisions de nos gouvernants tiennent tout autant de la volonté de n’engager à aucun prix leur responsabilité que de satisfaire une soif de contrôle total sur la société.

D’un côté, ils se couvrent le plus possible pour qu’on ne puisse jamais les accuser de « n’avoir rien fait », et de ce point de vue, on peut les comprendre, car la tendance à tenir les  autorités pour responsables de tout ce qui se produit dans nos vies individuelles se développe dans l’exacte mesure de la propension de l’État à s’immiscer dans nos vies. Il y a là une sorte de relation sado-masochiste dont les deux parties sont demandeuses. Cette tendance se concrétise parfois en poursuites juridiques, mode funeste venue une fois de plus des Etats-Unis qui semblent vouloir empoisonner toute la planète avec leurs procédures et leurs délires pseudo-intellectuels.

D’un autre côté, nos dirigeants peuvent réaliser le fantasme absolu de tout homme de pouvoir : le contrôle total de chaque instant de la vie de chaque citoyen. À défaut de prendre des décisions réellement politiques et de donner un cap, l’homme de pouvoir qui cherche à se défausser de toute responsabilité ne peut que se rabattre sur le contrôle des individus, et il faut bien reconnaître que la situation technique contemporaine lui donne des moyens dont même les dirigeants soviétiques n’auraient pu rêver – mais il faut cependant admettre que les moyens employés en ce moment en France pour tenir en respect la population sont relativement rustiques : des flics, des masques, des amendes. Nous n’avons pas encore complètement basculé dans un monde de drones et de puces sous-cutanées, même si tout cela est techniquement déjà prêt.

Je veux croire que cette situation est la marque d’un monde et d’un système à l’agonie, et aucun des dirigeants actuels de la France, pour relativement jeunes qu’ils soient, ne me semblent incarner quoi que ce soit de réellement nouveau – mais le cynisme absolu d’un Macron pourrait me faire mentir. Ce qui manque toutefois pour faire basculer le monde ancien est un corpus théorique, une ou plusieurs idées nouvelles qui pourraient nous faire entrer politiquement dans le monde dont la matière bouillonne sous nos yeux. Pour définir et inspirer ce que pourrait être le monde d’après, les seuls qui me semblent proposer quelque chose sont les sinistres prophètes du transhumanisme, et j’espère qu’ils ne sont que le délire finissant de fantasmes issus des années boomers plutôt que l’annonce de ce qui vient.

Tous les bouleversements politiques ont été précédés de changements concrets, qu’ils soient techniques, démographiques ou sociaux, mais ils ont eu besoin pour prendre forme d’un socle théorique. On pouvait lire Rousseau, Montesquieu ou Voltaire bien avant 1789, et Marx 50 ans avant la révolution russe. Les délires de gens comme Attali, Bill Gates ou Harari (ou encore des illustres inconnus de Gougueule) qui au fond se limitent à une organisation désincarnée des individus en atomes dépersonnalisées ne me semblent pas être une vision politique réelle.

J’avoue pourtant ne voir nulle part de proposition alternative viable, et en l’absence de ce type de vision, la volonté des puissants de ce monde de nous asservir est en roue libre. Et cela peut durer encore un certain temps – c’est à dire tant que nous serons suffisamment jeunes pour travailler mais un peu trop vieux pour secouer le joug.

Suspect

Ceux qui me connaissent un peu savent que je ne porte pas la police dans mon cœur, loin de là, et que ma considération pour cette institution a définitivement disparue depuis que j’ai vu la flicaille à l’œuvre face aux Gilets Jaunes. En fait, je ne vois pas d’autre façon de la désigner que comme un mal nécessaire, formule dans laquelle le terme de mal a au moins autant de poids que celui de nécessaire.

Ma dernière rencontre avec la flicaille date d’il y moins de 24 heures. Bien que muni d’une attestation professionnelle en bonne et due forme, j’ai fait l’objet d’une fouille au corps, menée avec un amateurisme affligeant d’ailleurs, tant il semble que le flic français moyen sache mêler avec brio le zèle à l’incompétence.

Je pourrais comprendre que les flics m’aient arrêté de nuit pour savoir si je n’enfreignais pas ce couvre-feu profondément tyrannique, mais leur insistance à me considérer comme suspect et leur évidente envie de me faire sentir leur pouvoir sont impardonnables. Dans ce délire sécuritaire sous couvert de mesures sanitaires, le virus est l’argument parfait. La première chose que les flics ont faite quand ils ont frappé à la fenêtre de mon véhicule a été de m’ordonner fébrilement de mettre mon masque, comme si je pouvais effectivement leur transmettre un virus mortel (rappelons que le taux de mortalité du covid19 est de 0,05%). Avec le virus, tout le monde est suspect, puisque qu’il est indétectable à moins d’un test. Vous êtes en quelque sorte coupable jusqu’à ce qu’on ait reconnu votre innocence grâce à un test à la fiabilité douteuse. Renversement total de la présomption d’innocence. Plus besoin de transporter une arme, de la drogue ou que sais-je encore, votre simple présence peut cacher un virus. Autant dire que vous ne serez plus jamais tranquille : vous portez peut-être la mort et les flics seront là pour vous le rappeler.

Eux aussi portent des masques. Mais ils en ont pris l’habitude bien avant le covid, depuis les Gilets Jaunes. S’ils ne peuvent effectuer leur besogne à visage découvert, c’est évidemment parce qu’ils savent que ce qu’ils font est honteux. Mais tout comme pour les gilets pare-balle qu’ils arborent en permanence comme s’ils étaient en ex-Yougoslavie, je parie que le masque va devenir partie intégrante de leur uniforme.

Ils sont d’ailleurs en guerre. Contre nous. Diligentés par une caste étatique qui a décidé qu’il fallait nous mater. Mais ceci ne saurait les exonérer de leur responsabilité individuelle. Au moment où nous cesseront de demander à chaque homme de prendre sa part de responsabilité individuelle dans chacune de ses actions, nous aurons tout perdu.