Menace métaphysique

Je vais vous épargner des développements snobs et érudits sur la fonction du masque dans le théâtre tragique grec, le nô japonais ou le wayagn topeng javanais. Le masque que nous connaissons actuellement est tout autre chose.

Il est tout d’abord arrivé sous la forme du niqab. Millitant, étranger, méprisant, menaçant. Cette première occurrence amenait une hostilité plus ou moins déclarée, l’installation d’un état d’esprit et de mœurs qui nous semblaient à juste titre dérangeants et hostiles à tout ce que nous sommes. Ce masque était une intimidation, une revendication. Et une menace, diffuse, mais parfaitement réelle. Quand bien même nous aurions cherché à y rester indifférents, ou même à éprouver à son égard une certaine bienveillance, il impliquait toujours cette dimension hostile que tout un chacun, baigné dans la culture occidentale, ne pouvait s’empêcher de percevoir.

Le deuxième avatar du masque s’est rapproché de nous. Il n’émanait plus d’un peuple et d’une tradition étrangers mais de l’État même qui était censé veiller sur nous. Pour veiller, il veillait, et plus scrupuleusement que ce que nous étions en droit d’attendre. Le masque est devenu synonyme de menace, d’intimidation et de brutalité. Ce masque, c’est celui du flic qui cachait son visage pour exécuter les basses besognes durant la répression des Gilets Jaunes. Ce masque-là, illégal, nous faisait bien comprendre que les hommes de mains de la caste au pouvoir pouvaient tout se permettre, tout en témoignant en même temps de leur honte à obéir. Ne leur pardonnons pas, en cachant systématiquement leurs visages avant de frapper, les flics savaient parfaitement ce qu’ils faisaient. Reconnaissons-leur l’hommage du vice à la vertu. Ces flics masqués dont l’absence de visage disait clairement qu’ils n’avaient plus rien à voir avec ceux qu’ils visaient ont été à l’avant-garde de la séparation hostile et menaçante qui se creuse tous les jours entre le peuple et son État.

Puis vint le troisième avatar, celui de la menace universelle. Ce ne sont plus les sbires d’un régime toujours plus hostile qui portent le masque mais tous les citoyens, qui se vivent comme une menace réciproque de chacun pour tous les autres. Le masque fait de nous des étrangers, des contaminants potentiels, des individus qui ne doivent surtout pas entrer en contact. Le masque est la marque de la menace. De la défiance. De l’hostilité.

Le masque est venu pour nous diviser. Le masque est venu pour nous isoler. Nous intimider. Nous effrayer à jamais. Le masque instaure l’état de menace permanente, de menace tapie en chacun de nous. Une menace contre laquelle rien ni personne ne peut quoi que ce soit.

Il y a presque une dimension métaphysique dans tout cela. Le masque prétend nous protéger contre la part de mal qui réside en chacun de nous et en chaque autre, et paradoxalement il crée cette situation insoluble, cette mise en avant du mal dont il proclame ainsi la victoire.

Le maque ne fait pas confiance à l’humain. Le masque, c’est la défiance. C’est le règne de la menace permanente. C’est le règne de la peur.

Oui, il y a du mal et de la maladie en chacun de nous. Mais nous n’avons jamais eu besoin d’aucun masque pour l’affronter. Le masque prétend nous dispenser de l’effort à faire le bien. C’est en cela qu’il est une manifestation particulièrement évidente du mal.

Bouc-émissaire

Ils ont lancé la machine. Désormais, le problème n’est plus tel ou tel variant, ni même le covid ou le manque de lits d’hôpitaux. Le problème, ce sont les non-vaccinés. C’est à cause d’eux que tout va mal et que nos dirigeants vont être obligés de prendre des mesures restrictives de liberté dès l’automne, et probablement même dès la fin du mois de juillet si j’en crois les dernières déclaration du covidément en chef qui nous sert de ministre de la santé.

La charge a été lancée de concert par plusieurs de ces parasites médiatiques qu’on appelle « éditorialistes » et qui ne sont que de pontifiants imbéciles chargés de nous prêcher la bonne parole. Le très gros et très gras Lechypre s’est particulièrement illustré dans l’exercice en appelant tout simplement à la répression policière des rétifs au vaccin magique qui va tous nous sauver. Lui et quelques autres, aussi ignorants de la médecine que dépourvus de déontologie, appellent à la fermeté et désignent les non-vaccinés à la vindicte des vaccinés. Le ministre dont le nom m’échappe, mais dont le visage lâche d’enfant gâté me hérisse à chaque fois que je le vois, tente de nous intimider en menaçant de rendre le vaccin obligatoire. Il nous laisse le choix, mais si nous ne choisissons pas bien, il nous contraindra.

Tous savent bien qu’il sera difficile de rendre obligatoire un vaccin qui est pour l’instant expérimental et dont les assureurs refusent de prendre en charge les effets indésirables, si graves fussent-ils. Alors ils y vont en recourant à la technique vieille comme le monde de désigner un bouc-émissaire. En l’occurrence, les non-vaccinés contre lesquels le système commence dangereusement à monter les vaccinés. Le but est de rendre la vie tellement insupportable aux non-vaccinés pour qu’ils finissent par craquer sous la pression sociale.  C’est un jeu très dangereux que de monter sciemment une partie de la population contre une autre, et qui peut finir extrêmement mal. Nos dirigeants étant de petits pervers manquant d’envergure, ils sont malins à élaborer des stratagèmes mais ne voient pas à long terme les conséquences de ce genre de politique.

Il faudrait arrêter net cette folie, qui de jours en jours devient plus inquiétante. Je ne sais comment cela est possible, sinon à la faveur d’une crise économique tellement violente que rien ni personne ni pourra résister, ou d’une violence sociale telle que même ses instigateurs en seraient dégoûtés. Ou alors un miracle. Je me refuse à croire que ces gens puissent gagner et imposer la dictature dont ils rêvent. Et je n’ai pas envie d’être désigné comme faisant partie de cette frange coupable de tous les maux de la société. Les précédents historiques ne laissent pas de m’inquiéter.

En attendant, nous pouvons imaginer un version presque plus vivable, dans laquelle les vaccinés de centre-ville se retrouveront comme avant dans des bar à vins et des restaurants réservés aux vaccinés, et ils y retrouveront leurs soirées chiantes à parler d’immobilier, de job et de vacances à Barcelone. Nous autres pendant ce temps seront poussés vers une vie plus clandestine mais plus vivante, et nous y croiserons fatalement les freaks, les désaxés, les complotistes et tous les inadaptés de la société, bref, tous les cinglés qui viendront se mêler à ceux qui viendront par simple amour de la liberté. Les soirées y seront plus joyeuses et plus risquées. Nous pourrons enfin nous sentir vivre.

En tous cas, nous ne partirons pas sans nous battre une dernière fois.