Fincher

Fight Club, le film de David Fincher, a été un pour moi des plus gros choc cinématographique, et probablement le dernier. J’étais encore suffisamment jeune pour être impressionné par un film, et celui-ci semblait parler de quelque chose de très profond, qui définissait parfaitement un malaise que pouvait ressentir les jeunes hommes de la fin des années 90.

J’ai lu bien plus tard le livre de Chuck Palahniuk qui est à l’origine du film. En règle générale, les livres sont meilleurs que les films qu’ils inspirent. Au mieux, le film est aussi bon que le livre. Là, impossible de ne pas voir que le film de David Fincher est nettement supérieur au livre. Il y a apporte une esthétique, une noirceur et en même temps un glamour cool et humoristique que je n’ai pas réussi à imaginer en lisant le livre. Il faut bien reconnaître que sans le livre, il n’y aurait pas eu de film, et que l’idée originale est due à Palahniuk. Mais dans ce cas précis, Fincher a apporté une dimension qui n’existe pas dans le livre, qui fait vivre l’histoire à un niveau supérieur.

J’étais peut-être trop sous l’influence du film pour pouvoir imaginer autre chose en lisant le livre, mais cependant il m’était impossible d’imaginer quelque chose comme le film en lisant le livre. Le film propose une vision que je n’arrivais pas à imaginer et que je ne trouve pas dans le livre. Je me demande encore comment Fincher a réussi à tirer cette vision du texte de Palahniuk. Toutes proportions gardées, le Seigneur des Anneaux ou même le Hobbit de Peter Jackson, tout en étant une très bonne adaptation de l’oeuvre de Tolkien, n’apporte rien qu’on ne puisse reconnaître, et pour tout dire j’ai vu dans le film exactement ce que j’imaginais, à peu de choses près, en lisant le livre lorsque j’avais 15 ans. Fight Club est tout autre. Il y a un authentique coup de génie de Fincher.

C’est le meilleur, et peut-être le seul exemple, d’une collaboration aussi féconde. Le roman de Palahniuk a été la base pour quelque chose de plus grand. Cela est d’autant plus étonnant que le reste de la filmographie de David Fincher ne présente pas d’autre film aussi génial. Ses autres créations sont de bonne facture mais restent classiques. Fight Club a été son geste anarchiste.

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Les Tuches

J’ai découvert la bande-annonce des Tuches 3 et je dois reconnaître que le film a l’air assez marrant. Je ne suis pas spécialement amateur du genre et je n’irais pas jusqu’à payer pour le voir, mais il faut reconnaître que la débilité assumée de la chose fait rire. On est évidemment dans la veine « cht’is » sans le côté sinistre du navet de Danyboon dont on se demande comment il a pu plaire tant il est indigent et pénible (j’ai tenu 10 minutes). Ce film fait dans le bourrin, dans l’absence totale de finesse avec des gags qui ont l’air, du peu que j’ai pu en voir, relativement convenus mais efficaces.

Ce qui m’inquiète cependant, c’est que ce type de comédie soit tout ce que le cinéma français soit capable de produire (mis à part les pitreries levantines de tel ou tel que je ne nommerais pas) et que les Français aiment tant à se voir caricaturés en abrutis sympathiques mais inoffensif. Prenez le cinéma anglais : les comédies n’y utilisent pas systématiquement la figure du crétin, et ne le mettent que rarement en avant. Même Mr Bean, un peu dépassé aujourd’hui, avait un côté bizarre qui l’éloignait définitivement de la bêtise crue. L’humour anglais se déploie aussi bien dans des figures de gangsters que de politiciens ou de chômeurs, avec toujours cette distance sarcastique qui semble nous être absolument inaccessible, et qui surtout ne donne pas à l’Anglais l’idée qu’il est au fond un crétin sympa.

Il fut une époque où la comédie française savait être plus incisive, presque cynique parfois, et jouait sur la mise en ridicule des puissants et des pédants. Tout le comique de Louis de Funès réside dans la dérision du petit chef. Prenez les Bronzés ou le Père Noël est une ordure : on y trouve l’irrespect de ceux qui se prennent au sérieux, trait qu’on retrouve dans les comédies de Weber ou de Patrice Leconte. Toute cette veine tient à ce que la France est un pays de caste rigide et c’est bien pour cela que les comédies excellent à y ridiculiser les puissants, grands ou petits. Ce trait semble avoir progressivement disparu. On ne se moque plus que grassement du vulgaire, façon semble-t-il de dire au peuple de fermer sa gueule et de se voir con.

Il est triste que les Français adhèrent massivement à leur humiliation. Peut-être le méritent-ils, au fond.

Le cercle doré

Harvey Weinstein semble être la preuve qu’il faut juger les gens sur leur physique. Laid et obèse, le regard torve et libidineux,  on ne peut l’imaginer autrement qu’en prédateur sexuel au contact gluant et à l’odeur insupportable. Ce genre de type me dégoûte aussi bien physiquement que moralement, mais en faire un horrible violeur me rappelle surtout le proverbial chien qu’on accuse de la rage pour le tuer, et il me semble qu’il y a une différence entre coucher avec cette limace à force de pression et se faire violer par une quinzaine de migrants dans un local à poubelles. Hollywood n’est pas Rotherham, loin s’en faut.

Ne soyons pas naïfs. Quand un homme aussi puissant que Weinstein est la cible d’accusations de ce genre, c’est que d’autres puissants ont tout intérêt à ce qu’il en soit ainsi. Ce genre d’affaire ne fait surface que parce que certains le veulent bien. Weinstein ne doit pas manquer d’ennemis, c’est le lot de tous les puissants, et il n’est certainement pas arrivé là où il est sans marcher sur quelques pieds, pour dire le moins. Il avait perdu de sa superbe ces derniers temps, les affaires allaient moins bien, il commençait à être physiquement diminué. Il était vulnérable et ses ennemis ont saisit l’opportunité de lui envoyer le coup de grâce. Qui sont-ils ? Ont-ils agit par intérêt ou par pur désir de vengeance pour des turpitudes passées ? Nous l’ignorons. Lorsqu’un homme au sommet de sa puissance est attaqué de la sorte, tout se règle avec un gros chèque, en toute discrétion. Et si l’actrice qui l’accuse de viol persiste, elle finit généralement dans un accident de voiture après avoir absorbé un cocktail d’alcool et de médicament. Mais si le nabab est en perte de vitesse, alors tout peut s’enchaîner très vite car ses ennemis ne le lâcheront plus.

Tout le monde savait. Exactement comme pour DSK. Exactement comme pour Baupin. Exactement comme pour tant d’autres, hier ou demain. Mais bizarrement tout le monde se met à parler d’un coup. Pourtant, ce que toutes ces actrices ne disent pas, c’est qu’elles ont acquis fortune et gloire grâce au système qui cautionne ce genre d’agissement. En vérité, elles ont payé leur ticket d’entrée dans le cercle doré en toute connaissance de cause. Quel métier peut vous apporter du jour au lendemain, avant l’âge de 30 ans, fortune et gloire ? Sportif professionnel, musicien ou acteur. À moins d’être héritier ou entrepreneur de génie, personne d’autre ne peut arriver si haut si vite. Les places sont peu nombreuses et très lucratives. Le prix du ticket d’entré pour le cercle doré est donc très élevé. Depuis que le monde est monde, c’est ainsi que les choses fonctionnent. Peu importe que cela soit bien ou mal, moral ou immoral. L’accès au cercle doré coûte cher, tellement cher que toutes ces actrices n’assument jamais totalement le prix qu’elles ont dû payer. Mais sur le moment, elles ont fait le choix de la gloire et de la fortune plutôt que celui de l’anonymat et des jobs de serveuse pour joindre les deux bouts entre deux castings minables. Je ne juge pas leur choix, je juge leur hypocrisie. Je ne dis pas que leur choix a été facile, je ne nie pas les contraintes et pressions dont elles ont pu faire l’objet, je comprends parfaitement qu’un homme de pouvoir comme Weinstein a abusé de leur faiblesse. Mais elles pouvaient refuser de monter dans sa chambre d’hôtel. Cela aurait signifié la fin de leur carrière. Terminé les admirateurs, les grandes maisons, la nuée de courtisans et d’assistants de toutes sortes. Fini le confort, l’adulation. Elles ont préféré payer le prix de la chair. Sans joie, avec honte et dégoût peut-être. Mais personne ne me fera croire qu’elles ne savaient pas ce qu’elles faisaient. Quand on veut faire son chemin à Hollywood, on sait où on met les pieds. Weinstein n’est pas un type bien. Mais si on veut fréquenter des gens biens, on ne va pas à Hollywood.

Il y aura d’autres Weinstein. Parce qu’il y aura toujours des gens qui voudront désespérément entrer dans le cercle doré. Celles qui accusent Weinstein auront-elles le courage de jeter dans la balance tout ce qu’elles ont gagné grâce à lui ?

 

Jean Rochefort

Mon métier m’a amené à croiser la route de Jean Rochefort. Cette rencontre fut brève mais j’en garde un souvenir inoubliable. Quand nous avons été présenté à l’occasion d’un court-métrage qu’il venait honorer de sa présence, il m’a serré la main en disant simplement « Rochechort », avec une classe absolument extraordinaire. Malgré l’âge, il se tenait très droit, sans aucune raideur pourtant, et son regard était vif et plein de bonté. Durant les quelques jours de tournage, je n’ai pas eu l’occasion de le revoir de près car j’avais toujours à faire ici ou là. Quelques jours plus tard, le producteur m’a appelé pour me dire qu’il y avait pour chaque membre de l’équipe un livre dédicacé par l’acteur. J’ai été cherché mon exemplaire et j’ai pu en l’ouvrant lire la phrase suivante : « Pour X, qui était loin mais auquel nous pensions ».  C’est la plus belle dédicace qu’on m’ait faite. Cette homme qui ne m’avait parlé que quelques secondes avait su se souvenir de moi.

J’ai côtoyé un grand nombre d’acteurs connus, et la rencontre de gens célèbres me laisse plutôt indifférent à force d’habitude. Avec Rochefort, j’avais retrouvé un instant l’émerveillement de croiser un homme exceptionnel.

Le cinéma est mort

J’ai lu ici un article intéressant sur la mort de la cinéphilie, ou du moins sur sa disparition progressive. Il est certain que le cinéma n’est plus ce qu’il était et que la passion dévorante qu’il pouvait inspirer ne se justifie plus au regard de la production actuelle. C’est particulièrement ce passage qui a retenu mon attention :

« …ce que déplore Jean-Baptiste Thoret depuis des années, c’est la disparition de la classe moyenne cinéphile, ce cadre commun, qui, sans érudition préalable, permettait de discuter de Bette Davis ou Gary Cooper à la cantoche sans avoir besoin de rappeler qui ils sont. Il n’y a plus de cinéphilie possible quand l’ère du temps parle une autre langue que celle du cinoche, qu’il soit intello, bisseux, auteuriste, populaire, ou affublé de n’importe quelle autre étiquette. »

C’est très bien vu. Le cinéma est au départ une attraction foraine, un divertissement populaire qui fonctionnait d’autant mieux qu’il était muet et pouvait s’adresser aux illettrés de tous les horizons, notamment aux États-Unis lorsque de nombreux immigrants ne parlaient pas nécessairement anglais. Le temps aidant, les films sont devenus le divertissement de la classe moyenne et constituait une véritable sortie, souvent en couple ou entre amis. Il y avait alors tout un rituel qu’on pu encore connaître ceux qui fréquentait les cinémas dans les années 80, et parmi les kilomètres de navets produits entre les années 40 et les années 80 surgissaient d’authentiques chef-d’oeuvres. Ici ou là se développait un cinéma bis de connaisseurs et d’aficionados qui court-circuitai le bon goût mais offrait une alternative parfois atrocement nanarde et parfois atteignant des sommets de poésie. La classe moyenne disparaissant progressivement, accaparée par les nécessités immédiates d’une survie dans un monde qui menace de les pousser du côté des classes populaires si elles ne réussissent pas à se maintenir dans le sillage de la classe managériale et médiatico-politique. Dès lors, le cinéma qui lui était destiné ne peut plus survivre. Il doit se muer en blockbuster pour ado et jeunes adultes incultes ou en séries racoleuses pour cadres fatigués ou accros du streaming. Il peine à être autre chose que le divertissement forain des origines, témoins ces films extravagants bourrés d’effets spéciaux qui tiennent plus du train fantôme ou du roller-coaster que d’autre chose.

Je note aussi que le cinéma est dépendant de la technique plus que n’importe quelle autre forme de création à vocation éventuellement artistique – car le cinéma n’est pas un art mais un divertissement industriel de masse qui peut, parfois, faire surgir quelque chose qu’on peut considérer comme relevant de l’art. La technique ayant évoluée, elle a influencé le mode de consommation même des films. On ne va plus en salle mais on consomme chez soi, via internet. Le rituel a disparu, le film, quel qu’il soit, devient un objet de consommation immédiate, une expérience qu’on peut interrompre à tout moment. L’inflation des dvd puis des supports purement numérique a cet effet paradoxal qu’on ne revoit plus guère les films, alors qu’auparavant, un film déjà ancien de quelques années qui était reprogrammé attirait d’autant plus le cinéphile que l’occasion ne se représenterait peut-être pas de sitôt. J’ai constaté que je retenais d’autant mieux les films qui me marquaient que je les avais vu en salle il y a longtemps, alors que ceux que je voyais directement à partir d’un dvd que je possédait chez moi ne me laissait en général presque aucun souvenir.

Le cinéma étant redevenu du consommable, au sens de jetable, il est normal que ceux qui le font ne se soucie plus guère d’être des artistes intègres. La boursouflure des films hollywoodiens actuels témoigne d’une mégalomanie typique des fins de règne. Il y a quelque chose de néronien dans ces grands spectacles qui jouent l’épate jusqu’à l’écoeurement. Il est fascinant de voir comme le cinéma, à son insu, épouse parfaitement ce phénomène d’usure de la classe moyenne des pays occidentaux en conjonction avec une évolution technique sans précédent qui, dans d’autres champs, permettent une emprise accrue des États et des multinationales sur les peuples.

La démocratie libérale que nous avons connu depuis la guerre est une parenthèse née de conditions exceptionnelles de croissance, et le cinéma en a été un des symptômes les plus fascinant. Il semble que cette parenthèse soit en train de se refermer progressivement, et avec elle meurt le cinéma comme expérience unique, qui se débat constamment depuis deux décennies dans le filet du remake incessant, effet nécessaire de la possibilité pour les créateurs de films de revoir presque à l’infini n’importe quel film. Ce qu’on pourrait croire une source d’inspiration infinie et féconde est en fait stérilisant. Les cinéastes de la génération d’avant la vidéo ne voyaient les films qui les inspiraient qu’une ou deux fois, ce qui les obligeaient à créer pour meubler les trous dans leurs souvenirs et les empêchaient de sombre dans l’imitation formelle, le gimmick permanent et la citation systématique. Certains pensent que ce vide créatif n’est que temporaire, et que de nouveaux cinéastes surgiront à la prochaine génération. Je ne suis qu’à moitié d’accord avec cela : le cinéma est déjà mort. La prochaine génération fera autre chose, qui ne sera plus exactement du cinéma.

 

Taboo

Il ne m’arrive que très rarement de regarder des séries ou des films. Je les trouve ennuyeux au bout de quelques dizaines de minutes. Tout me semble excessif et cousu de fil blanc. Les séries, passé les premiers épisodes qui instaurent une attente, deviennent un sempiternel recommencement et les personnages sont atrocement prévisibles. Cela dit, j’ai tenté récemment de regarder Taboo, une série portée toute entière par Tom Hardy, de la conception à l’interprétation. L’esthétique gothique et brumeuse de Londres au XIXème siècle est remarquable quoi qu’un peu pesante à force et Tom Hardy possède un charisme monolithique qui fonctionne relativement bien – quoi qu’il devienne pénible au bout de quelques épisodes, mais cela paraît inévitable. Cette série m’intéressait surtout en ce qu’elle mettait en scène la Compagnie des Indes orientales et donnait une approche intéressante des relations anglo-américaines au début du XIXème siècle, et de ce point de vue elle est relativement stimulante.

Il semble cependant que cette série ne puisse échapper aux deux travers de l’époque qui sont une fascination malsaine pour la déviance et l’obscène et une génuflexion devant le politiquement correct qui tourne au ridicule. L’inceste et le meurtre horrible font partie intégrante du personnage et  tout est exposé avec une complaisance qui finit par écoeurer sous couvert d’un vague secret que l’on évente dès les premières scènes. On pourrait admettre que cette fascination morbide pour le crime et le tabou fasse partie du concept (d’où le titre, n’est-ce pas), mais le ridicule entre en scène quand est introduit un personnage Noir abolitionniste qui cherche à faire un procès à la Compagnie pour le naufrage d’un navire rempli d’esclaves. Ce n’est pas tant l’anachronisme évident de ce type de vision du monde et le politiquement correct larmoyant qui le soutien que l’affirmation on ne peut plus sérieuse d’une falsification idéologique de l’histoire qui rend la chose effarante. Ce personnage soutient en effet que les pyramides d’Égypte ont été construites par des Noirs et, fort de cet argument, cloue le bec à deux représentants de la Compagnie. Tom Hardy nous fait une magnifique crise de kémitisme aigü. Cela ne pourrait être qu’anecdotique mais se révèle inquiétant car il s’agit d’introduire dans la culure mainstream populaire des notions historiques entièrement fausses et idéologiquement dirigées contre les peuples européens. Pire encore que l’ignorance est l’illusion de la connaissance.

La ménopause au bras de la bêtise (allégorie)

Il est des signes qui ne trompent pas. Imaginez les portes coulissantes d’un terminal d’aéroport, juste là où sortent les voyageurs qui viennent de mettre pied à terre. De part et d’autre, voila deux type chauves habillés comme seul d’anciens flics savent le faire : jeans trop grand, chaussures pointues et vestes mal coupées sur des chemises blanches. L’air alerte, ils scrutent les alentours en se balançant d’un pied sur l’autre, les mains croisées devant la ceinture. L’oeil exercé aura repéré sans doute possible des gardes du corps attendant un client. À quelques mètre d’eux, entre les chauffeurs de VTC engoncés dans leurs costumes bon marchés tenant des pancartes à bout de bras, il y a un petit groupe de quarantenaires bedonnants en short qui font 10 ans de plus que leur âge. Ceux-là arborent des appareils photo dont la valeur équivaut probablement au déficit du Libéria. Ce sont des paparazzis, qui ressemblent plus à un groupe de braves bovins qu’à des fauves à l’affût. Dans un coins, des mines tristes, des têtes de pauvres : les chasseurs d’autographes, pauvres hères pris dans les feux de la célébrité comme des lapins dans les phares d’une Audi sur une route de campagne par une nuit sans lune.

La star tant attendue passe enfin la porte. Tout de noir vêtue, ses cheveux noirs probablement teints encadrent un visage blafard masqué par de grandes lunettes noires. Cette apparition est celle du deuil ou de la mort et on imagine sans peine une immense faux à la main de cette étrange créature qui n’est autre que Monica Bellucci. Les flashs crépitent, les gardes du corps tentent de garder une contenance vaguement professionnelle pendant que les quelques fans viennent se faire accorder un selfie avec l’idole. Qu’on n’imagine pas de horde : il n’y a là que trois ou quatre représentants du bas-peuple et à peine plus de photographes. Tout autour, les badauds médusés se demandent qui est cette Gorgone au sourire figé qui n’attire plus autant les foules qu’à l’époque où elle servait de fantasmes pour adolescents et qui commence vraiment à ressembler au maire de Paris.

Cette scène à la fois pathétique et étrange dit tristement que l’occident en est réduit à essayer de célébrer la ménopause comme un sex-symbol. Qu’y a-t-il de plus triste et de plus angoissant de mettre sur un piédestal une femme vieillissante dont toute l’oeuvre se réduit à avoir eu un corps désirable du temps de ses jeunes années ? Il y a là comme une allégorie de l’Europe. Il ne manquait au tableau que les migrants. Ils devaient être quelque part, pas trop loin, tenus à l’écart du festival de Cannes par la police. On ne sait jamais…