Un peu chaque jour

Se soumettre, c’est un peu comme faire de l’exercice : ça marche beaucoup mieux si on le fait un peu chaque jour, sur le long terme. Les dernières déclarations de Nicole Belloubet concernant le fait qu’insulter une religion serait une atteinte à la liberté de conscience font très bien dans le tableau. Cela ne semble qu’une stupidité de plus, doublée d’une interprétation assez particulière du droit. En réalité, c’est une réhabilitation du délit de blasphème, et toujours au profit de qui vous savez. C’est donc la plus haute responsable de la justice qui nous explique qu’il faut se soumettre, ne surtout pas avoir le moindre propos qui pourrait être mal interprété. Et nous savons combien certains croyants tendent à avoir une susceptibilité à fleur de peau.

Le résultat, c’est que la jeune Mila, qui avait déjà suffisamment d’ennuis comme cela, fait l’objet d’une enquête pour savoir si elle n’a pas eu des propos incitant à la haine – formule bien pratique qui permet de mettre tout et n’importe quoi, depuis la critique argumentée jusqu’à l’insulte la plus brute. D’ailleurs, il est fort possible que si on vous exposait en détails, avec calme et pondération, tout ce dont est fait l’islam (ah, oui, c’est de cette religion qu’il s’agit, j’avais oublié de le préciser), vous pourriez commencer à avoir un sentiment qui pourrait être teinté d’une certaine hostilité.

Pour dire les choses simplement, le pouvoir valide le « elle l’a bien cherché, qu’elle assume ». Cette caste au pouvoir sont décidément nos pires ennemis. Si les musulmans veulent prendre le pouvoir, ils n’auront pas à se fatiguer beaucoup : nos élites sont prêtes à le leur donner, un renoncement après l’autre.

L’étourdie

Elle s’appelle Mila, elle a 16 ans, elle se revendique lesbienne et s’est lâchée en des termes assez rugueux sur le sujet épineux de l’islam, apparemment poussée à bout par une petite bande de mahométans durant un live sur je ne sais quelle plateforme. Les conséquences ne se sont pas faites attendre : la canaille islamique s’est répandue en menaces de tous ordres sur les réseaux sociaux et la jeune étourdie a été forcée de quitter son lycée.

On peut tout-à-fait contester sa vision peu amène de l’islam, on peut trouver à redire à la forme un peu trop spontanée et franchement vulgaire avec laquelle elle a fait passer sa désapprobation de cette religion pleine de bienveillance, il n’en reste pas moins que tout défenseur de la liberté d’expression et de la liberté tout court se doit de la soutenir. Parce qu’en face, nous avons à faire à des gens qui ne sont jamais avares de menace, d’intimidation et même de violence physique jusqu’au meurtre. Ils l’ont déjà prouvé maintes fois, et je crains bien qu’il se trouve ici ou là un individu qui tentera cette fois encore de mettre à exécution les menaces proférées par ses coreligionnaires.

L’appel au meurtre nominatif ne relève pas de la liberté d’expression et devrait être sévèrement puni, d’autant plus que bien souvent ceux qui s’y adonnent sont trop lâches pour agir eux-mêmes et attendent qu’une brute sans scrupules ait le cran de commettre le crime à leur place. Malheureusement, je crois que la justice française se concentre plutôt sur la chasse aux gens qui écrivent des discours exprimant un certain scepticisme quant aux bienfaits de l’immigration, mais cela est une autre histoire. En attendant, la racaille menace impunément. Nous ne devons pas céder, car ils ne peuvent avancer que dans la mesure où nous reculons.

Refuser de soutenir cette jeune étourdie, c’est se mettre de facto du côté de ceux qui veulent lui faire la peau. Nous ne sommes pas dans un débat, mais dans une lutte dans laquelle une des parties au moins considère qu’il est légitime de tuer pour faire taire le critique importun. Ce n’est pas nous qui avons décidé de lancer cette lutte à mort. Nous n’avons pas le choix.

À ceux qui disent « je suis pour la liberté de critiquer les religions MAIS elle a été provocante », je réponds que toute leur lâcheté est dans ce « mais ». Il n’y a pas de mais. Si les fidèles d’une religion sont incapables de prendre la mesure d’une critique faite par une jeune étourdie, s’ils sont incapables d’apaisement et de pardon, alors ils n’ont rien à faire avec nous, et tous ceux qui justifient leur attitude sont en réalité des soumis. La liberté d’expression, c’est justement la liberté d’être provocant, dérangeant, méchant parfois.

D’autres encore pointent l’ingratitude de cette jeune fille qui n’a pas manquée de faire la fine bouche sur un certain nombre de soutiens, trop fachos à son goût. Correction : le message de cette jeune fille dédaignant certains soutiens était un faux, je me suis fait avoir. Peu importe. Au-delà de sa petite personne, il faut voir la masse de ces gens, souvent jeunes, qui sont prêts à se mobiliser contre quiconque leur déplaît. Ils sont nombreux et ils ne tolèrent rien. Nous ne devons pas reculer. Ils ne s’arrêteront pas tout seuls. Ce n’est pas une lycéenne à cheveux bleus que nous défendons. C’est notre peau à nous aussi.

Le baillon

Renaud Camus, qui s’est rendu célèbre en forgeant l’expression de « grand remplacement », vient d’être condamné à de la prison. Avec sursis, deux mois. C’est peu. Mais c’est uniquement en raison d’un discours, discours qui ne m’a pas semblé extrémiste, violent ou de nature à inciter au désordre et au bain de sang. Il faut bien prendre conscience que les tribunaux affirment leur volonté d’enfermer les voix dissonantes. On ne mesure pas assez à mon avis à quel point ce verdict est choquant. La France est devenue, depuis près d’une dizaine d’années, un pays dans lequel on prononce des peines de prisons contre des gens qui se contentent d’écrire des textes. Il y a là quelque chose de fondamentalement inacceptable pour toute personne qui aime et défend la liberté.

Quand j’étais jeune, très jeune, on nous racontait que les pays dictatoriaux enfermaient tous ceux qui se refusaient à penser comme le parti au pouvoir et osaient l’écrire. La police venait frapper un matin à leur porte et, pour un simple poème parfois, les emmenait pour les envoyer bien loin, dans ce qu’on appelait le goulag. C’était même la caractéristique principale, le reproche essentiel qu’on faisait en ce temps aux dictatures qui étaient souvent communistes : le déni totale de la liberté d’expression. En cours, les professeurs qui se sentaient des sympathies de gauche attiraient immanquablement notre attention sur le fait que dans la France d’ancien régime, toute critique du roi, tout blasphème ou désaccord avec les autorités civiles ou religieuses pouvaient vous envoyer en prison. De droite comme de gauche, une chose semblait acquise : mettre les gens en prison pour leurs écrits ou leurs opinion était la marque des régimes dictatoriaux, et j’ai grandi avec l’idée que jeter les gens en prison pour ce qu’ils disent ou écrivent étaient une des pire choses qu’un régime puisse faire.

Je ne suis pas naïf. Je comprends qu’on puisse demander des comptes, et éventuellement condamner des gens qui se rendent responsables de diffamation ou qui appellent ouvertement et nominativement au meurtre ou à la violence. Mais il est évident que les tribunaux français ont depuis longtemps perdu de vue, volontairement peut-être, le rôle de gardiens de la paix civile pour devenir des censeurs.

J’avais tendances à trouver excessif les gens qui me parlaient de nos élites et de nos institutions comme des ennemies déclarées du peuple qu’elles détestaient et cherchaient à détruire. Plus maintenant. Nous plongeons progressivement dans la tyrannie. Demain peut-être, ce sera le goulag. Excessif ? Je ne crois pas. Il ne se présentera pas directement sous cette forme, mais l’esprit y sera. La traque est organisée. Le régime tolère de moins en moins les voix dissidentes. Sous couvert de lutte contre « la haine », la chasse aux hommes libres est ouverte.

Demain, ce sera peut-être vous ou moi. Dans l’URSS de Staline, nul n’était à l’abri, et pourtant personne n’était condamné sans procès. Il n’y a aucune limite à ce que peuvent faire des gens convaincus d’être du côté du bien.

Le technicien

Je me suis souvent interrogé sur la personnalité de Macron, qui demeure quand même une sorte de mystère bizarre. Rien chez ce type n’est vraiment normal, à commencer évidemment par son histoire avec Brigitte. Le fait est qu’il est impossible à cerner vraiment, et je crois bien qu’il incarne exactement ce fameux « homme sans qualité » dont parlait Musil (que je n’ai évidemment pas lu).

Blague à part, Macron n’est pas un politicien, pas un chef, pas un dirigeant. C’est un technicien. Il résout donc les problèmes de façon technique. La violence de la police est une réponse technique et, qu’on le veuille ou non, relativement efficace à court terme. Elle a du moins réussi à contenir les gilets jaunes, avec l’appui non-négligeable de la récupération gauchiste qui, elle relève plus de la manoeuvre politique que le la réponse technique.

Notre technicien n’a rien de ce qui fait un président en France : la dimension sinon monarchique, du moins paternelle du personnage une fois qu’il a endossé la fonction. Chirac était une calamité mais il savait y faire avec les gens. Même l’apparatchik falot Hollande avait cette capacité à faire croire aux gens qu’il pouvait les comprendre, ce qui était probablement dû à son physique mollasson qui lui donnait un air à la fois inoffensif et bienveillant. Sarkozy était plus raide mais ses dérapages et son ridicule lui donnait un air parfois sympathique qui contrebalançait son énergie agressive. C’était le moins français de tous les présidents – et j’ai toujours pensé que si on lui avait donné l’opportunité de diriger le Honduras ou le Danemark, ça aurait été la même chose pour lui – mais il avait tenté tant bien que mal de faire croire qu’il était proche du peuple. Macron est une statue de cire. Robotique, raide, moulé dans son costume slim de journaliste chez Canal, on ne peut deviner chez lui aucune empathie pour qui que ce soit. C’est une sort de Yann Barthès qui ne ferait même pas l’effort de faire semblant. On imagine que pour lui, tout est un « cas » sur lequel il faut travailler, un dossier empli de chiffres dont il faut tirer des tableaux excel pour aboutir à une présentation powerpoint léchée qui convaincra un comité de direction grâce à quelques concepts anglicisants et une poignées d’icônes sobres et infiniment déprimants.

Macron est une sorte de Patrick Bateman apprivoisé en fait. Il ne croit en rien. Il trouve des solutions. Il met des chiffres dans des colonnes. Il s’assure que le rapport soit propre, lisible et convaincant. Et si quelque chose vient troubler son ouvrage, il appelle l’agent de sécurité.

Avant la morale

Ce que nous aimons dans les animaux est leur innocence. Ils la partagent un temps très court avec les très jeunes humains, lorsque ceux-ci ne sont que des nourrissons. Puis vient l’éducation, la pensée, la morale, bref, la civilisation. La fascination actuelle pour la cause animale vient probablement de cette innocence fondamentale que nous décelons chez les animaux. L’animal ne pense pas à mal – si tant est qu’il pense, ce qu’il est parfois de bon ton de mettre en doute mais que la réalité affirme : certains animaux, notamment les corbeaux, sont capables d’utiliser des outils selon des processus qui requièrent plusieurs étapes avant d’arriver au résultat final, preuve qu’il y a un début de capacité d’abstraction chez eux. L’animal, surtout à l’état sauvage, se contente de vivre.

Il tue, il est tué, et rien de tout cela ne peut être entaché de la moindre considération morale. L’animal domestique même ne connaît ni bien ni mal, à part peut-être certains animaux dressés qui sont capables de comprendre quand ils ont fait quelque chose qui plaît ou déplaît à leur maître. L’éducation, sous sa forme la plus simple de dressage, en fait des sujets pré-moraux : on ne peut véritablement dire qu’ils ont conscience du bien et du mal, mais ils comprennent que certaines choses se font et d’autres non. J’oserais même aller jusqu’à dire que certains animaux développe une sorte de notion du juste et de l’injuste, me basant sur une expérience personnelle. Quand j’étais jeune, nous avions un chien de bonne taille. Un jour, mon père s’énerva contre lui à tort : ce fut la seule fois où le chien se retourna contre lui et le mordit, et il était manifeste, pour quiconque assistant à la scène, que le chien se sentait en quelque sorte lésé.

Mais dans l’ensemble, l’animal n’est pas moral. Il peut connaître les mêmes émotions élémentaires que l’homme : la peur, évidemment, probablement aussi la colère, l’affection, la joie et la tristesse. Mais il ne connaît ni honte ni dégoût. Il est pure action et vit dans l’instant. Nous ne pouvons lui reprocher grand-chose, et par conséquent, il nous semble injuste de lui faire du mal. Car l’animal est sensible – et nous lui prêtons parfois à tort une sensibilité aussi complexe que la notre.

Il est bon de s’abstenir de cruauté envers les animaux et de respecter leur innocence, la seule qui soit réelle. Mais il est dangereux de vouloir en faire nos égaux : nous y dissoudrions notre responsabilité et notre morale. Nous ne serons jamais aussi innocent qu’un animal, mais c’est justement parce que nous pouvons réfréner en nous la violence sans remord dont ils sont capables.

La pire chose qui puisse nous arriver est de perdre notre responsabilité. C’est-à-dire de nous croire nous aussi innocents de tout.

Capitale

Je viens de prendre connaissance d’un enième fait-divers horrible et crapuleux. Deux racailles se sont introduits chez une octogénaire de Besançon pour la cambrioler. Ils en ont profité pour la torturer et la tuer puis ils ont pris des selfies avec le cadavre en écoutant, ô surprise, du rap (ce qui ne nous renseigne en aucun cas sur leurs origines « sociales », c’est évident). C’est exactement le genre de chose qu’on voyait dans le film à la fois pervers, dégueulasse, mais par moment génial C’est arrivé près de chez vous. Et cette fois, c’est effectivement arrivé près de chez vous. En vrai.

J’aimerais bien avoir l’opinion de Badinter là-dessus. J’aimerais voir ses contorsions dialectiques pour m’expliquer que ce genre d’individu ne mérite pas de passer par la Veuve. Face à ce genre de comportement, je ne vois aucune autre punition – d’autant plus que le risque d’erreur judiciaire, invoqué par les lâches, est ici exclu, les criminels ayant eux-mêmes pris soin de fournir toutes les preuves de leur crime.

La peine capitale est la prise de responsabilité ultime de la société et de la justice face aux criminels, et attribue au criminel la plein et entière responsabilité de ses actes. La responsabilité est une forme de courage, et à mon sens, les sociétés qui refusent la peine capitale sont celles qui refusent également le poids de la responsabilité.

Certains avancent que la peine capitale n’a que peu d’exemplarité. Je ne le crois pas. Comme tout autre châtiment, elle dissuade les moins déterminés mais laisse indifférents les plus endurcis. Elle est donc doublement utile : elle fait hésiter et renoncer les premiers et nous débarrasse des seconds qui de toute façon ne reculent devant rien ni personne et sont donc irrécupérables.

Qu’on nous rende la guillotine. Elle tuera moins que ne le font les criminels, et de moins innocents qu’eux.

AéRERoport

Ce monde ne cesse de me surprendre. Le RER B qui va vers l’aéroport de Roissy est une sorte d’appartement-témoin du grand remplacement. Entre Gare du Nord et Villepinte, on côtoie la France du futur. Puis, par une mystérieuse inversion des flux, dès qu’on approche des stations desservant l’aéroport, on se croirait dans la France des années 60 – diversifiquement parlant.

On passe d’une humanité grouillante qui ne sait se tenir et dont le langage corporel même exhale l’avachissement, le désespoir ou l’exubérance des tropique, à un univers aseptisé aux lignes claires et nettes : nous voila sorti du RER pour entrer dans le hall de la gare TGV qui dessert l’aéroport de Roissy. Tout n’est que touristes, hommes d’affaires, passagers aux valises sombres qui roulent d’une sandwicherie haut-de-gamme à un kiosque à journaux qui vend une bouteille d’eau trois fois le prix de ce qu’elle coûte dans un magasin ordinaire.

Le pire est que ces deux mondes qui se côtoient sans se mêler, qui s’ignorent mutuellement, et dont les seuls points de contacts sont les ilotes issus de la diversité qui viennent servir les voyageurs en occupant tel ou tel emploi subalterne nécessaire au fonctionnement de ce monde figé aux lignes sobres, ces deux mondes disais-je, peuvent tout-à-fait fonctionner sous forme d’une société désagréable, dystopique, mais société quand même.

Jusqu’à preuve du contraire, ce monde macronien fonctionne, et rien ne semble vouloir sérieusement l’enrayer.