L’Anarchiste

Dans ce monde, nous pouvons adopter la position du soumis résigné, du contributeur enthousiaste, ou enfin de l’anarchiste. Le soumis résigné subit, il hausse les épaules en attendant que ça passe, et ça ne passe évidemment jamais, car tout le système est fait pour durer. Parfois il s’énerve et grogne, mais la flicaille est là pour le faire rentrer dans le rang, avec toute la brutalité possible s’il le faut. Le contributeur enthousiaste est celui qui a trouvé sa place dans ce système, et qui en croit tirer les plus gros bénéfice, alors qu’en général il ne fait que récolter des miettes qui suffisent à son confort. Il a toujours un bon argument pour vous dire que tout ne va pas si mal. Il est le meilleur soutient du système, quoi qu’il dise ou fasse. Sa vie est faite de tableaux excel et de présentations powerpoint, qu’il prend pour les plus fins accomplissements de la pensée humaine. L’anarchiste enfin vit caché mais il lutte tous les jours pour ne pas céder moralement, pour ne tomber ni dans l’apathie du résigné ni dans la facilité de l’enthousiaste.

Il est difficile d’être l’anarchiste, car il faut pour cela être capable d’une discipline de fer. Se tenir droit quoi qu’il arrive. L’anarchiste est le dernier à avoir une éthique dans un monde qui ne demande que l’obéissance réjouie.

C’est la seule position viable. Celle du grain de sable, qui espère qu’un jour le système craquera sous son propre poids, sans vraiment se faire trop d’illusion à ce sujet.

C’est déjà un travail difficile que de rester libre dans un monde où tout n’est qu’asservissement mental.

De mal en pis

La police est en roue libre complète depuis presque un an. Elle cogne sans discernement tous les week-ends, sans être le moins du monde inquiétée. Les flics cachent leur visage et leur matricule. Je suis étonné de ce que personne, à ma connaissance, n’ai porté dans le débat public ce fait choquant : la police agit masquée. Cela ne devrait pas être dans un pays qui se prétend un État de droit. J’en ai plus qu’assez de voir ces vidéos de brutalités policières. Au départ, elle excitait ma détestation de la police et confirmait à chaque fois la mauvais opinion que j’ai de ces gens, dont je pense franchement qu’ils n’ont pas d’honneur. Maintenant, je ne veux même plus les voir, ni de près ni de loin, ni en vrai ni en photo.

Je ne perdrai pas plus de temps à parler de la flicaille. Ce qui est effrayant, c’est la bonne conscience tranquille – ou le cynisme froid – avec lequel les politiques assument cette violence. Et pire encore, l’absence quasi-totale de la moindre critique de la part de cette horde inculte qu’on appelle journalistes et qui semble ne vivre que pour nous bourrer le mou avec des bêtises.

La conclusion de tout cela, c’est qu’un pouvoir peut aller très loin s’il a l’appui de la presse. Soyons effrayés. Le pire est encore à venir, car la veulerie des journaliste est peut-être plus grande que la morgue des politiques.

Rien qu’un Français

Tu arrives sur les Champs-Elysées et ça sent déjà le gaz et la poudre. Les mecs tout en jaune sont dispersés, ça et là, alors tu remontes la poubelle avenue du monde et tu vois des feux rouges arrachés, et y’a même une cabane de chantier renversée au milieu de la chaussée. A côté de toi y’a un rebeu édenté, avec une canette à la main alors qu’il n’est même pas midi, qui dit à qui veut l’entendre « Les Français, y sont énervés, hein, y sont énervés les Français ». Et intérieurement tu approuves, tu te dis que, oui, pour une fois, ça vaut le coup de s’énerver, même si ça te fait bizarre toute cette casse.

Et puis les CRS se remettent à gazer, tu sens la lacrymo qui envahi ta gorge et tes poumons, alors tu relèves ton écharpe sur ton visage mais tes yeux se mettent à pleurer comme jamais, et tu n’y vois plus rien. Tu es dans une petite rue avec plein de gilets jaunes, et tu vois que les Champs sont presque déserts, alors tu y retournes et tu vois que la cabane a pris feu, et les flics qui gazent et chargent encore, au point que toute l’avenue est emplie de brouillard. Et voila les canons à eau, tu te fais shooter alors que tu essayes de renvoyer une lacrymo vers ces salopards. Tu te rends compte que tu es chaud, tout d’un coup, que tu ne veux plus lâcher le terrain. Et ça continue comme ça, dans cette ambiance bizarre de gaz et de flics qui font des allers-retours, avec tout ce monde qui va et vient, indécis, et qui gueule « Macron démission ».

Tu vois des natios qui paradent autour d’un ou deux drapeaux, tu vois tous ces gauchistes professionnels qui pillent un chantier et montent des barricades, et des demi-racailles qui s’invitent à la fête, qui essayent de faire démarrer un camion-grue de 40 tonnes, et tu te dis qu’on est peut-être pas loin de la catastrophe, mais tu t’en fous. Tu vois les mecs s’énerver, tu les vois balancer des pavés sur les flics, des putains de pavés d’un kilo qui peuvent t’envoyer un gars ad patres, et tu te dis que peut-être ces mecs font n’importe quoi, parce qu’au fond, tu sais que personne n’ira jusqu’à l’Elysée, ni aujourd’hui, ni même demain.

Et tu contemple ce chaos de gaz, de métal, de feu, de gilets et de drapeaux, et partout tu vois la France, la France bien vénère des beaufs, des natios, des rouges, des cailleras, et tu comprends que tout ce bordel, c’est une seule et même chose, c’est le jour de ceux qui ne demandent pas l’autorisation de manifester, parce que c’est un truc de soumis que de demander gentiment en préfecture la permission de se rebeller. Et tu es content que ça foute la trouille à tous ces cons, là-haut, quelque part dans les salons de la République.

Tu sens au fond de toi ce mélange d’excitation et d’amertume, cette adrénaline qui a du mal à cacher le « à quoi bon ? », tu sens la tension monter au fur et à mesure que les braves beaufs se tirent pour laisser place aux fouteurs de merde, et tu ne sais pas quel camps tu vas choisir, parce qu’au fond, c’est difficile de savoir ce qui te pousses ici, face à ces flics qui gardent la matraque au pied.

Et quand tu rentres, tu te dis que tout ça est un peu idiot, un peu trop parti en couille pour pas vraiment de résultat. Mais quelque part, tu sais que ça a été une des meilleures journées depuis bien longtemps. Et quand tu lis un touite d’un putain de macroniste qui accuse cette journée de n’avoir été rien d’autre qu’un déchaînement de hooligans, tu sais qu’il a raison. Et que c’est pour ça que c’était bon. La prochaine fois, tu seras là. Avec la France bien vénère. Celle des bourrins. Celle des gars qui ne demandent pas l’autorisation de manifester. La France, quoi.

24 novembre

Petit rapport factuel sur la journée du 24 novembre telle que je l’ai vécue. Point de littérature, juste un témoignage.

Je suis arrivé peu avant midi sur les Champs-Elysées, au niveau du rond-point. Il était très facile d’y accéder. Le blocage mis en place par la police était un véritable gruyère, à tel point que c’en était étrange. J’ai commencé par me heurter à un barrage au bout de l’avenue Franklin Roosevelt, mais un rapide détour par la rue Jean Mermoz m’a permis de passer sans encombre. Regardez sur un plan, c’est à côté. Tout le dispositif était assez lâche. Certaines rues qui donnaient dans les Champs-Elysées étaient bloquées quand d’autres étaient laissées libres.

Je suis resté de midi à 15h30 environ, quasiment tout le temps sur la portion des Champs entre le rond-points et l’angle de la rue George V, soit un tronçon d’environ 750m. Au départ, peu de monde sur le rond-point, il semblait que tout se passait plus haut en remontant vers l’Arc de triomphe. J’ai suivi le mouvement et vu une cabine de chantier retournée. Plusieurs feux avaient été arrachés. Les gilets jaunes étaient nombreux mais dispersés en petits groupes, dont certains restaient dans les rues adjacente. Apparemment, des tirs de grenades lacrymogènes avaient déjà eu lieu.

Durant les quelques heures qui ont suivi, la police a passé son temps à repousser les gilets jaunes de bas en haut et de haut en bas des Champs-Elysées. J’ignore si c’était une stratégie et qu’elle espérait que les gens se dispersent dans les rues alentours à force de lacrymogène ou si c’était uniquement parce que les autorités étaient dépassées par la situation.

La police a largement fait usage de gaz lacrymogène et a fait donner du canon à eau de temps à autre – ce qui m’a d’ailleurs valu d’être renversé une fois. Pour autant que j’ai pu en juger, il n’y a pas eu de charge violente des CRS ou des gendarmes mobiles, et je n’ai pas vu d’interpellation. De même, pas de petits groupes de flics en civil essayant de venir se livrer à des provocation ou cherchant à arrêter des manifestants. Dans l’ensemble, j’ai plutôt eu l’impression que les flics faisaient preuve de retenue, même si j’ai pu voir par la suite des vidéos de brutalité policière.

La stratégie de la police n’était pas très claire, et les CRS étaient intercalés entre des groupes de gilets jaunes. Ils formaient un cordon difficile à franchir entre la zone dans laquelle j’évoluais et la place de l’Etoile. Au fur et à mesure de la journée, des manifestants ont formé des barricades, principalement avec les éléments d’un chantier pillé pour l’occasion. Il y a eu plusieurs feux, dont le plus impressionnant était celui d’une cabine de chantier qui a d’ailleurs causé une explosion (probablement une bouteille de gaz qui était à l’intérieur).

La population était constitué majoritairement d’hommes, de 20 à 50 ans environ. Il y avait une proportion de femme que j’estime à environ 20 à 25 %. Je ne saurais dire combien de personnes étaient présentes, mais l’estimation de 5000 personnes me paraît crédible, au moins pour la portion dans laquelle j’évoluais. Les gens étaient pour la plupart déterminés, mais faisaient preuve de calme et de retenue. Au fur et à mesure de la journée, j’ai pu constater que des éléments d’extrême-gauche se faisaient plus nombreux et surtout plus actifs. J’estime leur nombre à environ 200. Ils étaient à l’origine des barricades et des départs de feu, entraînant dans leur sillage certains gilets jaunes. Ces éléments portaient eux-mêmes souvent des gilets jaunes, mais leur équipements, leur façon de bouger dans la manifestation et d’improviser des barricades ne trompaient pas. Des racailles se sont également mêlées aux événements, mais en nombre restreint. Il y avait aussi une poignée de militants nationalistes, peut-être une vingtaine – et si certains d’entre eux ont mis la main à la pâte, ils n’étaient pas à l’origine des troubles les plus importants.

Vers 15h00, les CRS ont commencer à repousser les manifestants vers le rond-point. Il y avait là un barrage infranchissable qui interdisait l’accès vers la Concorde. L’ambiance devenait de plus en plus tendue et l’extrême-gauche, épaulée par quelques racailles, était de plus en plus active. Beaucoup de gilets jaunes « ordinaires » étaient partis ou s’étaient repliés dans les rues adjacentes. Sentant que la situation menaçait de dégénérer, et ne voulant pas me retrouver coincé dans une nasse, j’ai quitté la manifestation à 15h30 par l’avenue Franklin Roosevelt.

Je pense que les flics avaient des ordres pour ne pas trop cogner, car ils auraient pu le faire en plusieurs occasions. J’ai même vu certains gilets jaunes s’opposer à l’avancée du camion à eau en s’asseyant devant : les flics se sont contentés de les repousser, sans ménagement certes, mais sans faire usage de matraque. Pas d’interpellation, alors que cela était possible et, du point de vue de la police, justifié.

Je garde une impression bizarre de cette journée : une manifestation intéressante car non-encadrée et théoriquement interdite, mais avec une police qui ne pouvait pas ou ne voulait pas réellement reprendre le terrain.

J’écrirais peut-être autre chose là-dessus plus tard.

 

Le noeud gordien

Mathilde, jeune métisse dont on a du mal à distinguer les origines polonaises mais dont les gènes africains ne font guère de doute, va incarner Jeanne d’Arc aux fêtes johanniques d’Orléans. Pourquoi pas après tout ? Elle semble bien sous tous rapports et je ne doute pas qu’elle soit très sympathique bien qu’elle ait un physique qui tendrait à laisser penser que ces fêtes johannique sont un genre de miss France pour les moches vertueuses – à part Charlotte d’Ornellas, bien sûr… Au fond, tout le monde se fout complètement de cette parade ringarde qui a des airs de téléfilm médiéval produit par le service public, et le fait de choisir une métisse aurait en d’autres temps laissé tout le monde indifférent, mais la situation démographique catastrophique du pays amène tout de même quelques interrogations sur le sens a donner à ce choix, qu’il ait été fait en toute innocence ou selon un plan de communication délibéré. Quelle que soit la réponse, ce n’est pas Mathilde qui pose problème, mais les millions de divers qui ne sont pas et ne seront jamais Jeanne d’Arc, un peu comme on est ou pas « Charlie ».

La question qui se profile est de savoir si la France est un principe moral et spirituel, qu’il soit républicain ou catholique, ou alors un pays dans lequel vit un peuple. Mathilde devient un noeud gordien qui enserre inextricablement ces deux conceptions et qu’il est difficile, sinon impossible de trancher, car y porter la proverbiale épée comporte le risque de l’existence même de cette chose aujourd’hui si difficile à saisir qu’on appelle la France. Il faudrait soit affirmer un racialisme qui est étranger à la tradition française soit se rendre à l’universalisme, fut-il chrétien ou républicain, qui pourtant creuse aujourd’hui la tombe du peuple français historique.

À vrai dire, ce fameux universalisme fonctionnait parfaitement quand il était un alibi au désir de puissance de la France – rappelons-nous Jules Ferry, parangon du républicanisme arrogant, qui, au nom de cet universalisme, affirmait haut et fort le devoir des races supérieurs à civiliser les races inférieures – et que nous avions les moyens de faire trembler le monde et de mettre au pas tout ce que le globe comptait de divers. Maintenant que certains idiots se sont mis à y croire et que d’autres, plus perfides, en ont fait un instrument d’humiliation du peuple français, l’universalisme se révèle un poison mortel. Il serait bon de se rappeler qu’en matière de politique, le respect des règles et des principes est la plus sûre façon de perdre. L’histoire est quelque chose de particulièrement cynique, et quiconque ne cherche pas à gagner doit se résoudre à vivre à genoux. Soit dit en passant, Coubertin était un aimable crétin dont aucun champion de boxe n’aurait voulu pour entraîneur, mais il semble malheureusement incarner à merveille la mentalité française.

Cette affaire a été l’occasion pour toute la droite de se montrer telle qu’en elle-même, c’est à dire de gauche. Nous sommes pris dans une toile d’araignée idéologique. La meilleure façon de réagir aurait été de ne rien faire et d’ignorer l’événement, mais la polémique a été lancée, l’air de ne pas y toucher, par un journal local qui se félicitait du caractère métisse de la jeune fille, façon de s’adonner à un « signalement de vertu » qui révèle surtout une obsession des universalistes pour la couleur de peau.

Il est bien triste qu’une jeune fille de 17 ans devienne l’otage d’une querelle idéologique qui a des airs de piège mortel, mais il est symbolique que ce soit à travers une Jeanne d’Arc métisse que ressurgisse, une fois de plus, le grand tabou actuel, face auquel nous sommes tous paralysés. Et on efface d’autant mieux notre histoire que nous n’avons plus de projet d’avenir collectif. C’est un cercle vicieux dont il sera difficile de sortir. Nous cherchons encore l’épée qui tranchera le noeud gordien de l’universalisme français. Ne tardons pas trop tout de même.

1984

Le gouvernement vient de prendre un décret qui punit la tenue en privé de propos injurieux et autres sorties politiquement incorrectes. C’est un pas effrayant vers la destruction de la vie privée et de la liberté d’expression. Car de tels propos ne pourront être punis que s’ils sont au préalable dénoncés. Il en découle deux conséquences dramatiques qui vont achever de détruire tout sentiment de communauté.

La première conséquence est la suspicion et la méfiance constante que cette loi va instaurer. Comme dans l’ex Allemagne de l’Est, n’importe qui sera un indicateur de police potentiel prêt à vous dénoncer. Votre voisin, votre collègue de travail et peut-être même vos propres enfants. Tout comme dans 1984, il sera impossible à terme de se fier à quiconque. Toute nouvelle connaissance, toute nouvelle rencontre sera entachée de méfiance. Il sera même impossible de faire de l’humour, puisque tout propos pourra être interprété au pied de la lettre une fois sorti de son contexte. Ce décret est d’inspiration totalitaire, et je pèse ici mes mots. Il permet de rentrer dans la vie privée de n’importe qui et d’y porter la punition pour toute déviance d’opinion.

Deuxième conséquence, la volonté de nuire pourra se donner libre cours. Si un voisin ne vous apprécie pas, si un collègue de travail veut vous discréditer, il lui suffira de porter plainte. Ce sera sa parole contre la votre, et la preuve sera difficile à établir, mais si le fâcheux est malin, il aura prévu quelques témoins qui pourront jurer que vous avez bien proféré les propos interdits. Pour peu que vous ayez eu par le passé quelques propos désapprobateurs sur tel ou tel aspect de la politique migratoire actuelle que d’autres témoins pourront confirmer, votre compte sera réglé, et d’autant mieux que les associations habituelles seront là pour conseiller et appuyer le plaignant et se porteront même systématiquement partie civile. Si par malheur vous vous laissez aller à la terrasse d’un café à expliquer à vos amis tout le bien que vous pensez du mariage homosexuel ou du regroupement familial, un preux gauchiste épris de justice sociale assis à la table d’à côté pourra prévenir la police – et on imagine sans peine qu’une appli pour ce genre de délation verra le jour.

Car il ne faut pas s’y tromper, ce décret – qui a donc passé outre le contrôle des représentants du peuple – est fait sur-mesure pour que les divers et autres gauchistes puissent traîner devant les tribunaux tous ceux qui auront le malheur de leur déplaire. Et tout finira à l’appréciation des juges. On imagine déjà qu’ils prêteront une oreille attentive à certains, alors qu’ils en débouteront d’autres qui pourront par la suite être poursuivis pour diffamation – comme, c’est un exemple comme un autre, quelqu’un qui aurait eu la folie de se plaindre de racisme anti-blanc.

Tout cela est effrayant. La méfiance généralisée va désormais être de rigueur. On chercherait à diviser la société en millions d’atomes individuels pour mieux les contrôler qu’on ne s’y prendrait pas autrement. La prochaine étape, c’est la loi des suspects.

Et après ? Rien, comme d’habitude

C’était mille fois prévisible mais cela laisse quand même un petit goût de désespoir. Macron est président. De quoi ? Du rien. Macron n’est même pas le représentant d’un parti politique, il n’est l’homme d’aucune idéologie ni d’aucun engagement. Il est juste le pur porte-parole de la caste dirigeante qui s’est pressée derrière lui comme un seul homme. Les journalistes ont ouvert la marche triomphale de cet ectoplasme, suivi de toute la cohorte des profiteurs du système, depuis le nain de jardin bolchévique Robert Hue, qu’on croyait exilé en Corée du Nord, jusqu’au représentant pétochard de l’ex-droite républicaine Fillon. Suivaient aussi les spectres hideux et malfaisants qui hantent la politique française depuis des lustres avec leurs faces verdâtres et leurs âmes en lambeaux. Ils étaient là, les Attali, les Minc, les BHL, les Kouchner, les Bergé, les Cohn-Bendit… Et les voila tous au soir de la victoire de s’extasier devant ce homme qui aurait tout fait seul à force de volonté, de foi et de ténacité. Menteurs jusqu’au bout, il leur faut en plus bâtir une légende dorée pour leur champion, honteux qu’ils sont. Car ils savent bien que Macron n’est là que par la grâce d’un système qui vient de jeter le masque.

Macron, c’est l’homme sans qualité, au regard qui ne porte nulle part sinon dans le vague, au sourire figé pratiqué longuement devant un miroir. Macron, c’est la politique à visage inhumain, indifférent à tout. Son mariage devrait en faire quelqu’un d’un peu rassurant, c’est en fait une union qui met mal à l’aise et qu’on ne pourrait qualifié autrement que de creepy, si ce mot avait un équivalent français. Macron va nous emmener dans le monde européiste des technocrates, des territoires à administrer, des administrés à gérer, tout comme on gère le personnel d’un usine – et bientôt comme on gère un flux de poulets destinés à l’abattoir.

Et tout cela grâce aux Français qui semblent en redemander, encore et toujours plus. Inutile d’insister, le peuple a parlé, et il veut qu’on le laisse crever tranquille, pourvu que le coursier de chez Deliveroo arrive à temps pour le repas. Après tout pourquoi pas. Il faut bien admettre la défaite, mais cela fait mal quand c’est la défaite de la France. Après tout, peut-être est-ce une lubie de vouloir rester un peuple sur une terre. La France n’a pas toujours été ce qu’elle est. L’histoire l’a vue mainte fois démembrée, envahie, aux prises avec les menées de princes hostiles. La France s’en est relevée, et pas toujours pour le mieux. Alors qu’un séide de l’empire des Habsbourg vienne nous contraindre à l’obéissance, pourquoi pas. Les Français le désire tellement !

Je ne sais pas si Marine aurait été plus auspicieuse, mais je sais que Macron sonne le glas de la politique telle que nous l’avons connue. Plus rien ne sera jamais vraiment politique, en réalité. Pour cinq ans au moins. Mais dans cinq ans, il sera encore un peu plus trop tard. Lionel Jospin avait déclaré, dans sa candeur imbécile, qu’il se fichait bien que la France s’islamise. Macron est de la même eau. Sauf qu’il est au pouvoir. Et que derrière son regard bleu d’acteur hollywoodien pour série B, il y a comme une inquiétante hystérie.

Nous croyions que Hollande et sa clique avait franchi un cap dans la restriction de nos libertés, nous n’avons encore rien vu. Macron est l’homme de la machine européenne qui broiera sans état d’âme toute opposition.

J’aimerais lui laisser sa chance. J’aimerais croire que c’est moi l’imbécile qui ne comprend rien et que grâce à lui, tout va aller mieux. Mais là, j’ai du mal.