Capitale

Je viens de prendre connaissance d’un enième fait-divers horrible et crapuleux. Deux racailles se sont introduits chez une octogénaire de Besançon pour la cambrioler. Ils en ont profité pour la torturer et la tuer puis ils ont pris des selfies avec le cadavre en écoutant, ô surprise, du rap (ce qui ne nous renseigne en aucun cas sur leurs origines « sociales », c’est évident). C’est exactement le genre de chose qu’on voyait dans le film à la fois pervers, dégueulasse, mais par moment génial C’est arrivé près de chez vous. Et cette fois, c’est effectivement arrivé près de chez vous. En vrai.

J’aimerais bien avoir l’opinion de Badinter là-dessus. J’aimerais voir ses contorsions dialectiques pour m’expliquer que ce genre d’individu ne mérite pas de passer par la Veuve. Face à ce genre de comportement, je ne vois aucune autre punition – d’autant plus que le risque d’erreur judiciaire, invoqué par les lâches, est ici exclu, les criminels ayant eux-mêmes pris soin de fournir toutes les preuves de leur crime.

La peine capitale est la prise de responsabilité ultime de la société et de la justice face aux criminels, et attribue au criminel la plein et entière responsabilité de ses actes. La responsabilité est une forme de courage, et à mon sens, les sociétés qui refusent la peine capitale sont celles qui refusent également le poids de la responsabilité.

Certains avancent que la peine capitale n’a que peu d’exemplarité. Je ne le crois pas. Comme tout autre châtiment, elle dissuade les moins déterminés mais laisse indifférents les plus endurcis. Elle est donc doublement utile : elle fait hésiter et renoncer les premiers et nous débarrasse des seconds qui de toute façon ne reculent devant rien ni personne et sont donc irrécupérables.

Qu’on nous rende la guillotine. Elle tuera moins que ne le font les criminels, et de moins innocents qu’eux.

Bayonne

Un octogénaire a craqué. Il en a eu tellement marre de l’islam qu’il est passé à l’action. Résultat : une voiture brûlée et deux vieux musulmans blessés. Pas glorieux. Je passe sur les amalgames qui sont en l’espèce parfaitement autorisés, et même encouragés. Ils valent brevet de citoyenneté, et ce sera sans surprise que la meute journalistique va s’en donner à coeur joie, impliquant probablement Zemmour et ses horribles discours de haine dans la manoeuvre. On connaît la chanson. Et ils n’ont d’ailleurs pas tort à mon avis. Il y a beaucoup de gens en France qui ne doivent pas complètement désapprouver l’acte de ce lundi. Papy fait de la résistance, c’est un archétype qui parle aux Français. Comprenons nous bien : je réprouve bien sûr toute forme de violence, c’est l’évidence même. Ça va sans dire mais ça va encore mieux en le disant. Il n’empêche qu’on peut quand même se demander pourquoi ce genre de chose n’est pas arrivé plus tôt. À force d’attentats autrement plus meurtriers (le Bataclan ? Nice ? ça vous dit quelque chose ?) par des sectateurs de la religion de paix et d’amour, à force de déséquilibrés n’ayant rien à voir avec l’islam mais ayant quand même une fâcheuse tendance à en citer la profession de foi, on se demande comment les Français faisaient pour garder leur calme. Ils sont d’une patience d’ange ces gens-là, voyez vous, surtout que les pouvoirs publics ne donnent pas vraiment l’impression d’une volonté inébranlable de se tenir aux cotés du peuple pour lutter contre l’ennemi. La fautes aux amalgames, comme d’habitude.

Qui sait ce qui sortira de tout ça. Peut-être rien du tout. Peut-être une détermination implacable de nos élites à protéger l’islam. Peut-être aussi que ce sera une étincelle qui mettra le feu aux poudres. Et Dieu sait si la France est une véritable sainte-barbe.

Lecture du week-end

Je viens de finir le dernier livre de Christophe Guilluy intitulé No society. Simple, rapide à lire, Guilluy y résume les idées qu’on trouvait dans ses ouvrages précédents – l’axe principal étant la déconnexion entre les couches « périphériques » et la classe dominante, qui représente entre 20 et 25% de la population.

Ici, il annonce la fin, probablement définitive, des classes moyennes qui étaient le support de la démocratie libérale occidentale. Le mouvement touche quasiment tous les pays occidentaux développés, et l’apparition du populisme n’est pas un remous passager mais une tendance de fond qui témoigne du bouleversement profond des sociétés occidentales.

Ce qui est intéressant, c’est que la classe des citoyens périphériques représente la majorité de la population. C’est à la fois encourageant et déprimant, puisque cette majorité, réduite au silence par la classe dominante qui manipule symboles et discours afin de la faire disparaître du champ de ses préoccupations, possède un certain potentiel politique. Ce potentiel n’est évidemment (selon moi) qu’une force en gestation, et Guilluy pointe avec raison le fait que le mécontentements incarné par les Gilets Jaunes n’a débouché sur presque rien car aucune fraction de la classe dominante n’a voulu accompagner ce mouvement. Il faut d’ailleurs bien garder à l’esprit que sans une partie de l’élite, aucun mouvement social et politique n’a de chance d’aboutir.

Il note que ceux qui ont fait basculer l’élection pour Macron sont les fonctionnaires et les retraités, deux catégories qui ont voté selon leurs intérêts matériels, et qui paradoxalement se trouvent dans le collimateur dudit Macron. Ils seront punis par là où ils ont péché, et cela n’est pas pour me déplaire.

Guilluy est aussi intéressant sur le problème ethnique, qu’il ne creuse pas suffisamment à mon goût. Mais il pointe le fait que même les immigrés déjà bien installés se sentent menacés par les vagues plus récentes, contrairement à la doxa de la classe supérieure pour qui les immigrés sont forcément favorables à toujours plus d’immigration. Sur le sujet des seuls musulmans, il fait siens les chiffres de Tribalat selon lesquels la population musulmane de France pourrait arriver à 14 millions d’individus dans le pire des cas – ce qui me semble négliger le fait que l’effet sur la population risque d’être majeur si cette population est majoritairement jeune.

La conclusion de Guilluy prend à contre-pied l’idée d’un affrontement entre la classe dominante et le reste de la population : pour lui, il faut réintégrer la classe dominante dans la société. Si elle ne réussit pas à se reconnecter avec le reste du peuple, elle est vouée à disparaître. C’est une façon de répondre à la question de savoir si la société « uberisée » des métropoles est viable, superposant la classe dominante et ses seuls serviteurs majoritairement allogènes. La réponse est clairement non.

Reste à savoir ce que l’on va faire des citoyens périphériques, ici comme ailleurs. Nous vivons une époque déprimante, et qui deviendra probablement de plus en plus dure. Mais c’est une époque intéressante, car nous voyons la sacro-sainte démocratie libérale, qu’on croyait être le système final et définitif de l’histoire, disparaître peu à peu. Quant à savoir ce qui lui succédera, la réponse se trouve peut-être dans une science-fiction qui reste à écrire.

Mauvaise pensée

Les effectifs de l’armée française, toutes armes confondues, sont d’environ 275 000 personnes. Ceux de la police, 150 000. En gros, le total est donc de 425 000 personnes, ce qui représentent une masse salariale non négligeable, soit dit en passant. Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse. Sur ce nombre, il est probable que les individus réellement capable de combattre ne représentent même pas la moitié, dont 20% seulement sont sérieusement aguerris. J’avais entendu dire que les troupes réellement « combattantes » de l’armée de terre arrivait péniblement à 80 000 personnes – ce qui suffit juste à remplir le stade de France. Je ne sais pas si ce chiffre est fiable, mais quand bien même il serait possible de le doubler, cela ne changerait pas grand-chose. Quand à la police, on estime que les effectifs disponibles chaque jour à un instant précis varient de 5 à 20 000 personnes sur le terrain pour l’ensemble du territoire.

Il est évident que l’armée française n’est ni capable ni pensée pour lutter contre une invasion physique du territoire français par une armée étrangère, événement d’ailleurs très peu probable. (Spoiler : depuis 45, les pays européens ont délégué la défense de leur territoire aux Etat-Unis). La police quant à elle, dont les effectifs ont augmenté de 20% entre 1989 et 2006 – et probablement plus encore jusqu’à aujourd’hui – est très nettement destinée à surveiller la population plus qu’à combattre la criminalité, puisque cette dernière augmente de façon quasi-constante bien que nous ayons un policier pour 250 habitants.

Par ailleurs, certains responsables hauts placés et bien informés laissent entendre régulièrement qu’en cas de troubles massifs que pourraient générer nos amis des « quartiers », police et armée seraient débordées rapidement. Je peux les rassurer, il est peu probable que la racaille songe à déclencher des hostilités massives pour la simple et bonne raison que ce serait très mauvais pour le business, et que les dealers et autres criminels n’ont pas l’intention de se substituer à la CAF.

Cependant, on imagine ce que 50 ou 100 000 personnes déterminées pourraient faire, sans qu’il soit seulement nécessaire qu’elles se coordonnent entre elles. Si des loups solitaires se mettaient soudain à éclore, commettant quotidiennement des attentats partout sur le territoire, ce n’est pas uniquement le gouvernement qui tomberait mais le régime tout entier, et ce en moins d’un an. La jokerisation d’un très faible nombre d’individus pourrait déclencher le chaos. Ce scénario est peu probable, au moins dans l’immédiat. Mais je reste persuadé de la fragilité du système face à une menace inorganisée mais sérieuse.

Passé hermétique

Je lis en ce moment le livre de Georges Buisson dans lequel il parle de son père Patrick Buisson. Le livre est inititulé L’Ennemi, ce qui vous donne une idée de l’esprit dans lequel il est écrit. J’en ferai peut-être une rapide critique une fois que je l’aurais terminé. Pour l’instant, si on met de côté les passages malaisants qui frisent l’obscène dans lesquels l’auteur étalent les drames conjugaux de ses parents et le style parfois un peu condescendants et truffé de formules à l’emporte-pièce qui se croient intelligentes et décisive, l’auteur raconte surtout l’histoire des mouvements d’extrême-droite en France à partir des années 60.

Il raconte assez bien comment le mouvement de mai 68 a pris naissance à Nanterre et les démêlés d’Occident avec les divers groupes gauchistes. Ce qui est frappant, c’est combien les revendications et les discours de l’époque sont totalement incompréhensibles aujourd’hui. C’est littéralement un autre monde. Les préoccupations de l’époque nous sont complètement étrangères, à quelques exceptions près. Il faut bien se souvenir que l’acte emblématique par lequel commencèrent les événements de mai 68 sont une intrusion d’étudiants dans le bâtiment réservé aux filles – les hébergements de l’époque n’étaient pas mixtes. La revendication initiale la plus claire et la plus directe était d’avoir accès au bâtiment des filles. Certes, il y avait d’autres choses autour, mais il est symptomatique que la demande-phare soit de pouvoir aller baiser. Tout cela n’était qu’hédonisme bourgeois. On prend conscience de la distance qui nous sépare de cet état d’esprit et de cette époque lorsqu’on voit qu’une revendication contemporaine des féministes est la mise en place de « safe-space » pour les femmes (et accessoirement, cette idée de « safe space » s’étend à tout ce qui se considère peu ou prou comme victime d’un oppression réelle ou fantasmé du « patriarcat blanc »).

En 68, on voulait mêler les filles et les garçons. Aujourd’hui, l’urgence est de les séparer.

Mort lente

À la longue, j’avais presque oublié les Gilets Jaunes qui m’avaient pourtant enthousiasmé à leur début. Il faut dire que cela fait quasiment un an que tout cela a débuté. Fatalement, une certaine habitude, sinon une lassitude, finit par s’installer. Ils sont venus se rappeler à mon bon souvenir en bloquant momentanément la place de Clichy.

Ce que j’y ai vu était bien pathétique et ressemblait plus à une fin de cortège de n’importe quel manif de syndicalistes. Une petit fanfare, quelques slogans, un drapeau cubain orné du faciès discutable de Che Guevara… il ne manquait que la bière et les saucisses pour qu’on se croit à la fête de l’Huma. Les flics étaient particulièrement détendus, peu nombreux et sans casque. Fini les flash-balls, les GLI et les coups de matraque, preuve que le mouvement, à Paris au moins, est devenu complètement inoffensif.

L’extrême-gauche, experte en récupération, s’est chargée de cette domestication, prenant ainsi les Gilets Jaunes en tenaille avec la police qui, elle, se chargeait de cogner. Stratégie concertée ou incroyable convergence de pensées et d’intentions, je ne m’avancerais pas à risquer une hypothèse, mais nous ne pouvons que constater le résultat.

Tout mouvement populaire est condamné à l’échec s’il ne se trouve ni chefs ni projet politique tangible. Par manque de relai dans les élites, par absence de vision d’avenir claire autre que la réduction des taxes sur le gasoil (dont les Gilets Jaunes d’origine n’ont obtenu que le timide report), le mouvement était condamné à s’enliser. Le peuple ne gagne jamais s’il est seul, quelle que soit la légitimité de sa colère. Passé l’excitation des débuts, passé le rêve d’une ambiance d’insurrection, il ne reste qu’une lente agonie.

Des meneurs du début, on n’entend presque plus parler. Seul Jérôme Rodriguez survit entouré de figures de l’extrême-gauche, gloriole insuffisante à mon avis pour le prix d’un oeil. Ingrid la rouquine, après ses tentatives avortées de se lancer dans le journalisme puis la politique, a fini par réussir à améliorer son ordinaire en publiant un livre dont je ne saurai jamais s’il est bon ou mauvais vu que je n’ai pas l’intention de le lire. Elle en tirera un petit chèque, ce qui semble avoir été une de ses motivations principale dès le début. Soyons indulgents : il faut bien vivre. Les autres, bien malin qui saura dire ce qu’ils sont devenus. C’était fatal : de meneur, il est plus difficile qu’on ne croit de se transformer en chef.

Il y a là une terrible fatalité qui semble peser sur le peuple français, qui est à la fois particulièrement intelligent et particulièrement con. Il finit toujours refait par les puissants et par l’histoire malgré un instinct politique profond qui ne le trompe que rarement. Mais après tout, fallait-il attendre quelque chose de gens qui ont voté pour Chirac non pas une, mais deux fois ?

Il y a quelque chose de profondément célinien dans tout cela.

Démocratie prescriptive

Nous vivons de plus en plus dans un régime de démocratie prescriptive. C’est le régime des « 5 fruits et légumes par jour » : nous devons voter pour des gens qui vont nous dire ce que nous devons faire, pour notre bien, évidemment. Ils nous expliquent comment nous devons nous comporter, ce que nous devons penser, dire, et même ressentir – c’est d’ailleurs souvent de la honte et de la culpabilité qu’ils essayent de nous insuffler, les bonnes vieilles recettes pour le contrôle des individus étant souvent les plus efficaces.

Cette démocratie prescriptive prend par exemple le visage de l’horripilante Brune Poirson, qui est je crois ministre de quelque chose, et qui nous explique dans une petite vidéo pleine de jolies couleurs ce que nous allons devoir faire pour le climat (ou un sujet approchant, je n’ai pas tout retenu), avec une voix posée de maîtresse d’école. Elle s’adresse à nous un peu comme si nous étions des enfants légèrement demeurés, en veillant à parler lentement et à faire des phrases simples. En langage clair, au propre comme au figuré, elle nous prend pour des imbéciles. Cela n’enlève rien à la la dimension toute prescriptive du discours, un peu comme un médecin, seul à savoir de quoi il retourne, inscrit sur une ordonnance le traitement que doit prendre le patient. Mais derrière ce ton faussement bienveillant se cache bien sûr la férule du maître d’école façon troisième république, prête à s’abattre sur les cancres et les réfractaires – en l’espèce, derrière l’incitation verbale, il y a la promesse de taxes, d’amendes et de procès.

Le climat est d’ailleurs le sujet ultime de notre démocratie prescriptive, cause idéale pour nous expliquer la façon dont nous devons vivre, et qui constitue le marchepied idéal pour que de prescriptive, la démocratie deviennent peu à peu une franche tyrannie. Le plus ridicule dans toute cette histoire, c’est que nous votons pour cela.